ANNE
Puisque tu ne veux pas de moi
O Haarlem, à ville fermée,
Que c’est en vain que fut hanteel Mon âme, de ton peu d’émoi;
Puisque ton citoyen étrange Craindrait de se voir déranger, Dans son.fromage jaune orange, Par un si paisible étranger;
Puisque l'oignon de la tulipe, . O0 mes larmes, où vous vouliez Vous épancher, vous fait la Hppars
O mes ee restez sur Ma joue...
Et dans ce cœur je ne secoue Que la poudre de mes souliers!
XX VI
La porte n’est pas fermée ici de trois verrous. comme en Hollande...
MIiICHELET.
Tu te clos comme une tulipe,
O Haarlem ! et tes habitants
Au noble étranger font la lippe, Comme des pistils mécontents.
Ils s’enferment dans les fromages De leur petit palais ingrat;
Et, sages comme des images, Sont hospitaliers comme un rat.
Derrière leurs fenêtres closes, A l’on ne sait quels attentats, On voit des visages peu roses Qu'un rien met dans tous leurs états.
A l’arbri de roides corbeilles
De fleurs qui paraissent sans mie}, Ils bougent comme des abeilles
À qui l’on offrirait du fiel.
XX VII
Ces fenêtres ont des airs sombres Sous leur bourgeois vélarium :
Derrière on voit passer des ombres, Comme dans un aquarium.
1. À vrai dire, tout au plus quelques difficultés de logement.
re
Des figures rébarbatives,
Au teint de froideur aspergé ; A s'occuper, très peu hâtives, De faire qu’on soit hébergé.
Mais si par quelque filière
Se trouve L’Eppheta cherché, Vous diriez une fourmilière Dans laquelle on aurait marché.
Si parfois de ce petit Louvre
Par qui l’on se laisse charmer,
L’huis s’entrebaille, ou l’œil s’entr’ouvre, Ce n’est que pour se refermer.
Un fac-similé de Tourière
Montre à peine le bout du nez, Pour vous conseiller la fourrière, Ou bien le lieu dont vous venez.
Et nonobstant, une sainte âme Réside encore en ce rûcher;
Et j’excepte une vieille dame Dont le souvenir m'est fort cher.
« Si vous voulez de cette ville, Monsieur, ne pas être martyr, Me dit cette femme civile,
Il n’est moyen que d’en partir. »
Et pour l’amour de cette juste Pleine d’impartialité,
Mon pardon tout entier s’ajuste
A ton inhospitalité. :
Je (épargne mon anathème, Reste parmi mes idéals,
Cité fermée, Haarlem, je t’aime, Auguste mère de Franz Hals.
Car ton hôtelier est maussade,
Mais ton esprit n’est pas malsain Et monsieur le marquis de Sade Ne saurait que faire en ton sein.
XX VIII
O Haarlem la bourgeoise Je te violerai
Et je dévoilerai
Ton âme villageoise.
O Haarlem, vieille nymphe, J'aurai plus de pardon Pour Tyr et pour Sidon Que pour ta froide lymphe,
J’aiguiserai mes armes Sur tes aigres pignons Pour extraire des larmes De tes plus purs oignons !
Malheur à vous, à ville!
Honte sur vous, Haarlem, .
Qui fûtes peu civile Comme Jérusalem.
Si Tyr ou Sidon même M’avait eu dans ses murs, Elle eut dit qu’elle m'aime, Et servi des fruits murs.
C’est pourquoi je te jure, Sidon et même Tyr
- Auront en ma brochure Moins à se repentir.
Les dames Haarlemières N’ont point de fâcheux termes...
Mais ce sont des fermières
Qui vous ferment leurs fermes.
Elles sont sous’le voile De leur chambre imprégnée D’ombre, comme en sa toile, Une grosse arraignée…
Attendant qu’il y tombe
Un vain caquet quelconque...
Leur vie est une conque
Qui serait une tombe!
Dans les bornes précises .
De leur vaste fauteuil, Dès qu’elles sont assises Elles se font tout œil:
Elles sont tout ouïe Guettant sans se lasser Cette chose inouïe :
Quelqu'un qui va passer.
Leur attente est accrue Par l’ennui terrien.….
Elles voient en la rue...
Et ne veulent plus rien.
Une dame Haarlemoise
Chez qui l’on vient sonner, Sans chercher plus de noise, Veut vous assassiner.
Nulle féroce idée
En son cœur ne la mord, Mais elle est décidée
A goûter votre mort.
Par sa preste servante Elle fait se jucher
En pratique savante Un rapide bûcher.
Elle vous prie ensuite
D’y grimper sans délai, Pour voir votre chair cuite Et votre corps brûlé.
Puis elle fait sans lippe Flamber l’auto-da-fé Tandis qu’en sa tulipe Elle prend son café.
Il faut faire justice
De cet audacieux
Qui par un interstice S’immisçait dans les cieux!
Des murs il faut extraire Ce simili bourgeois
A ce point téméraire D’en avoir fait le choix.
Cet être parasite, Ce Flavien Rémi
KT Qui prend souci d’un site Doit être un ennemi.
N’espère pas, poëte, Déposer ta langueur Dans la vieille boëte Qui t’avait pris le cœur.
Remets sur ton épaule
Les antiques fardeaux,
Dont, sous les pleurs d’un saule Tu reposais ton dos.
Pour sortir des tenailles
De ce joujou savant
Il n’est que tu t’en ailles
Gros Jean comme devant.
Non ! il n’est pas dix justes En ton flanc importun
Et sous tes seins robustes.
Mais certe! il en est un.
Ce fut cette bonne âme Qui m'a pris en pitié, Et.de ma croix infâme Soutenu la moïtié.
Elle a de porte en porte, A mes côtés dingué, Disant : « Je vous apporte Un hôte distingué. »
Mais dans les Louvres sombres De tous ces menus rois
Nous voyions fuir des ombres Aux visages d’effrois.
Je ne suis pas sauvage, Mais je voudrais un jour Sur ce follet rivage Avoir aussi mon tour.
Je prendrais une Dame Native de Haarlem
Et je lui dirais : « Femme, Chantez un requiem.
« Avez-vous, Desdémone, Prié ce soir ? Avez
Vous, à Bavo!, Démone, Prodigué des avés ?