‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 39 sur 229 · PATRONNE · texte numérisé non relu

PATRONNE

Je suis chez une dame folle, Personne bien.

Dont la cervelle à la vanvole TRES Est tout le bien.

Elle couche dans une armoire Dont le vantail

Sur son noir sommeil sans mémoire CIôt son portail.

Je déclare extraordinaire

Le travertin

De son visage où jamais n’erre Rien d’incertain.

Sur son blanc facies rien ne flotte D'aérien

Elle s’esclaffe — elle sanglotte… Entre eux deux, rien.

Elle n’a qu’un double régistre, Son duodi

C’est l’hilare après le sinistre :

Minuit — midi.

La pâte dont elle est pilée Contient ceci :

Une rate désopilée, Un noir souci.

Le précipité dont résulte Son rare moi Alternativement exulte Ou se tient coi.

Son équilibre s’élucubre Incessamment

De jovial et de lugubre, Sans condiment.

Sans prendre la peine de poindre, Son air groguon

Verse en sa gaité, sans le moindre Trait d'union.

À jamais le pitre et l’apôtre Sont ses deux points Et, dans son âme, l’un sur l’autre Saute à pieds joints.

Point d’aurore, pas même d’aube Parmi ses traits, Champs où le coquelicot daube Le noir cyprès.

En elle point de crépuscule, Vertumne et Ver

Sont inconnus : la canicule Ou bien l’hiver.

Rien d’enharmonique ne tombe En sa vapeur.

Elle va d’un éclat de tombe, A la stupeur.

Cette association bouffe Sans fin s'y mord:

Une créature qui pouffe — Un croque-mort.

Son être où l’ange en le satyre Est volatil

Semble un pantin que toujours tire Un double fil.

Rien en elle ne s’échelonne.

Transition

Bizarre : voici Babylone, Voilà Sion.

Son front est plaisant ou sévère Sans demi-ton ;

Tantôt c’est catin qu’on révère, Tantôt Caton.

Du grave au doux, sans rien qui mêle Il est tombé;

C'est tout aussitôt Gargamelle

Que Niobé.

En elle Esope congédie Sans fin Danton ;

Son nez est la palinodie De son menton.

Jamais le grave en sa figure

Ne préluda.

C'est de suite après Epicure, Torquemada.

RS la joie en son visage Ne se dosa;

Et, d’'Horace il est lé passage Sur Spinoza.

Son masque jamais hypocrite Voit sous son tour

Héraclite après Démocrite Fuir tour à tour.

«Elle est sacrée — elle est profane; Enfer et ciel Sitôt après Aristophane, Ezéchiel.

Sans rime sa gaité s’éclipse,.

Et sans raison ; — Ou son désespoir. C'était Lipse.

| C’est un pinson.

Ni ses pleurs ne sont d’un semestre, Ni ces ris. paff! |

On contemplait Joseph de Maistre.….

On voit Falstaff.

Le soir ma couverture est faite Vice-versà,

D'un geste auguste de prophète Ou de poussah;.

Et la parmentière s’épluche * En mon brouet Sous le geste alterné de Pluche Et d’Arouëtt.

1, À cette place s’ouvrait « Calices », menu recueil sur les Tulipes intercalé dans le Chef des Odeurs suaves.

Est-ce ton bois superbe, ou ton beau parc aux daims Qui te font mettre au rang des suaves Edens?..

Pour toit ayant le ciel, et, pour ceinture, l’onde

Ce parc où de légers fauves à robe blonde

De taches d’un blanc pur cheminent tatoués,

Qui semblent des flocons qu'ils n’ont pas secoués, Ce bois où je m’en vais ouir quand le jour tombe Croasser le corbeau, roucouler le palombe.

Où la branche du hêtre ajoure sur son tronc

Le reflet de la feuille à l’effacement prompt;

Où, tandis qu’en mon front s’égrènent les mémoires Je sens, sur lui, d’en haut neiger des plumes noires.

Est-ce ton grand Rembrandt, tes petits Gérard Dou Lisses et vernissés comme un plumier Indou;

Tes Breughel, tes Shalken, tes Jan Steen, tes Ostade, Peintres qui peignent peu sur des toiles d'un stade; Tes Terburg, tes Metzu, tes mièvres Mieris,

Tes Ruysdael vétilleux dont souvent je souris,

Tes Potter, qui parfois sont d’étranges mécomptes…

S’Gravenhage, Den Haag,La Haye, Ô parc des comtes?

Or, à votre habit blond, étrange anomalie,

O daims, parfois l’habit militaire s’allie...

— Je m'explique : parfois ‘s’en viennent manœuvrer Des soldats, dans ce parc aux daims: se figurer

Ces fauves qui devraient en un champ de narcisse, Par nature, brouter! contemplant l’exercice

Et sans joie admirant, Actéons rétrécis,

Les shakos, les galons, les sabres, Les füsils,

D'un doux œil où souvent je vois luire une larme, Quand vibre — en hollandais! Fétrange : portez-arme!

XLIIT

VITULÆ

Les petites orphelines

Sur le col et sur les bras, Ont le blane des mousselines Parmi la noirceur des draps.

Elles ont des airs de nonne Dans leur marche deux à deux Et dont le sillage anonne

Un murmure hazardeux.

Elles sont bien Hollandaises Sous leur petit casaquin Qui ne sait rien des fadaises De la veste d’Arlequin.

Leur colonne blanche et noire Ondulant comme un drapeau Dans l’ombre semble un troupeau De génisses qui vont boire.

Dans leurs yeux purs comme l’eau, Nul ombrage ne se mire Sous leur béguin où j’admire Leurs figures de tableau.

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