‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 40 sur 229 · SUPER FLUMINA · texte numérisé non relu

SUPER FLUMINA

Je suis heureux, je me promène Dans de beaux bois,

Plus trop en moine se démène De vieilles voix.

Je dis à ces rumeurs anciennes :

« Apaisez-vous,

Pleureuses, Paix! musiciennes À vos chants fous!

« Je dis à ces langueurs lointaines :

« Pourquoi voiler

Le chuchotement des fontaines D'un vain parler?

« Que l’écho des grottes voisines, . Plein de candeurs,

Ne sache rien, à tibicines, De nos ardeurs.

« Pour oublier les pentes raides Et les longs pleurs,

L’ombre vous tend, à citharèdes, :

Ses bras en fleurs. :

« De la fuite dans les orages De noirs oiseaux,

Ne voyez plus que les mirages Dans l’œil des eaux.

MODLEN.

« Cet œil dont la. paupière couvre Sous son vert scel De feuillage, l’azur qui s'ouvre D'un second ciel!

« Suspendez vos lyres arcanes À ces rameaux :

Qu'en eux s’apaisent ces organes De vos longs maux;

« Confiez vos luths et vos flûtes Aux vents souffleurs :

Qu’en eux s’envolent les volutes De vos douleurs,

,.« Si.de leurs flancs un lied émane, Désavoué, Que ce soit l’autan mélomane Qui l’ait joué.

« Si quelque larme encor déferle Sur leur contour,

Que ce soit la première perle De l’œil du jour.

« Cet œil dont la paupière couvre % Sous l’entrelac Du nuage, l’azur qui s’ouvre D'un autre lac! »

J'entends au loin la vie humaine Et ses abois.

Je suis heureux, je me promène Dans de beaux bois.

Je vois se découper leurs ombres Sur leurs troncs verts,

Et je sens affluer les nombres Dans mon doux vers.

En des lacs dont les aquarelles N'ont point fait las

Je vois la naïade en querelles Avec Hylas.

En des étangs que des lentilles Ont dépolis,

J'écoute tomber les brindilles En bruits jolis.

En son mirage je vois paitre.

Dans un flot clair

Un daim, tête en bas, sous un hêtre Racine en l’air.

Sous des sous-bois où la critique D’art ne va point,

Je vais voir le soir qui s’indique.

La nuit qui point.

Je sens flotter sur mes épaules Le voile fin

De larmes grises que les saules Pleurent sans fin.

Dans l'ombre je vois qui s'allume Sous leurs réseaux

La chute lente de la plume Des blonds oiseaux.

Qui, tombant sur la terre rousse, A flots petits,

A mesure brode la mousse Au plumetis.

Tandis que sur mon front que moire Un regret beau,

Je sens neiger la plume noire De maint corbeau.

Que la prévoyante nature Dans le mi-jour,

Députe pour la sépulture De mon amour;

Car l’écorce de maint érable S’initia

Au nom de mon inaltérable Mostilia !

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