VILLON
Les neiges d’antan sont ici.
Ce sont de fort vieilles commères ;
Et sous leur flocon endurci
Sont leurs mères et leurs grand’mères :
Les neiges d’antan sont ici.
Les neiges d’antan sont ici.
Il en est de contemporaines D’Allys, Bietrys et Berthe aussi,
Et de bien plus antiques reines Qui chantaient à voix de sereines… — Les neiges d’antan sont ici.
PARA HASEREES
La Suisse qui n’est mauvaise Me rappelle en son vallon, S’étendant tout de son long, Cette Diane d’Éphèse
Qui sur son torse étageait Un triple rang de mamelles, Inépuisables gamelles
Que la foi se partageait.
L’Helvétie est très pareille; Ses piz ne sont que des pis Que sur un ciel de lapis Rose l’aurore vermeille.
Sur ses versants mamelus
Le lait neigeux qui ruisselle - Roule jusqu'aux pins poilus Abrités sous son aisselle.
Errant le long de son buste Le nuage en marabout Parfois effleure le bout De ce sein droit et robuste.
Ou s’il prend à ce rocaille Souci de sa nudité, Le voilà vite abrité Sous une brume de faille.
Or, les nourrissons amis De ces biberons puristes Sont les aigles, les touristes, Les ouragans et la miss;
Qui tour à tour vont mordant
De leurs becs ou de leurs pointes, Les cimes de flocons ointes
De leur rage ou de leur dent ;
Et qui vont éperdûment Têter les piz séraphiques Des tétins typographiques De la Suisse, leur maman.