‹ Le parcours du rêve au souvenirChapitre 89 sur 229 · EN FAMILLE · texte numérisé non relu

EN FAMILLE

Le Pic, cet horrible singe, * Cet atroce sagouin, Éprouve enfin le besoin De changer un peu de linge.

On ne saurait s’affranchir

De cette coutume oiseuse :

La neige sa blanchisseuse, Se décide à le blanchir.

NIVOSES D'ÉTÉ

Ces neiges de Seplembre

Sont des coquelteries

Comme en ai dans ma chambre De japonaiseries.

LE

C’est pour voir une fleur Sous des mouffles d’ouate, D'un flocon boursouffleur De sa ligne adéquate.

Que j'ai sur des écrans Vu cette anomalie !

La voici, je la prends En ses délits flagrants, Sur nature, et la rends Encore plus jolie.

De Septembre la neige

Fait des coquetteries.

Tel, en ma chambre, en ai-je De japonaiseries.

C’est pour voir s’alourdir Le délicat corymbe

Qui rit de s’engourdir D’un intempestif nimbe.

C’est pour voir sur un lys Qu'un lys en givre pose; C’est pour voir d’une rose Les traits un peu pâlis Tel en flagrants délits

Je l’y prends et j'élis

Ce caprice morose.

C’est pour voir sur un pleur De rosée un de neige,

Pour ouïir un arpèêge

D’hiver sur une fleur

D’été; sur la chaleur Le froid; sur la couleur La douleur qui l’abrège.

Que j'ai, sur des satins, Noté ce paradoxe.

Le voilà, je l'atteins

A ce fol équinoxe.

Que, sur des paravents, J'ai d’hivers tels, pour rire.

Comme Naples, tu vends Des glaces qu'on fait frire.

C’est pour voir d’un oiseau Brun, les ailes fourrées

De blanc; sous le réseau Des branches rembourrées De coton; le museau

Des biches velourées.

C’est pour voir le baiser Da frimas sur le moite Du calice, et l’ouate Choir jusqu’à l’abaisser.

C’est pour voir la fraîcheur Se remplir de froidure Et ce mythe qui dure

De blancheur sur blancheur.

Que j'ai d'objets garants De cette anomalie La voici, je l'y prends

En ses délits flagrants, Sur nature, et la rends À sa douce folie.

La neige blanche sur la terre, Comme elle est noire sur le ciel.

Éternellement le mystère

Est double, et le vrai partiel.

Que nos âmes sont désolées Sur la terre, et que sur le ciel Vite elles semblent consolées!

Le mal est sombre sous le ciel; Sur le ciel il s’auréolise Et s’améliore et s’alize.…

Aïnsi le ciel, ainsi le miel

Selon le regard s’oblitère….

La douleur noire sur la terre, Comme elle est blanche sur le ciel.

Le ciel éclairait la terre

Tout à l'heure... — Quel mystère!

La terre éclaire le ciel.

Que de neiges sont tombées!

Les combes en sont bombées

C’est le candide et pur miel

Qu’ont déposé les abeilles Qui dépouillent les corbeilles Mortes du ciel incliné,

Défunte abeille des flores Inodores, incolores Qui déconcertent Linné.

Essaim des pleurs de la brune, Essaim des fleurs de la lune,

Dessin des fleurs du tapis

Dont les cotons qui floconnent Emmitouflent, encoconnent La gentiane en lapis.

On se croit lêtes tournées Ces indicibles journées

Où le sol luit sous le ciel; Où le ciel qui s’enténèbre Devient un terrain funèbre Suspendu sur le mortel.

Où le sol qui s’illumine

Se creuse comme une mine De lumière sous nos pas.

On croit marcher sur la voûte Céleste, et voir fuir la route Terrestre, là-haut, d’en bas.

On adresse ses prières

Là que luisaient les bruyères; Et, la poudre des souliers,

On la secoue où les astres

Brillaient... — Que font les cadastres

Des firmaments oubliés.

Mais si quelque pâquerette

Perce de sa collerette

La neige blanche du sol,

On la prend pour quelque étoile.

On va jusqu’à mettre un voile

Si l’aster est tournesol.

A son tour, l’étoile hérite; Est prise pour marguerite,

Et rien ne peut dépister

Ce bouleversé désastre :

L’aster est pris pour un astre, Et l’astre pour un aster.

Comme de chèvre du Thibet La campagne est toute frisée De cette neige qui tombait Tout hier — et tout irisée.

Comme de cygne au brin si mol Les campagnes sont duvetées Sous cette neige au flocon fol, Ici, par l'été brévetée.

Comme d’hermine au poil si fin Se vêtent les montagnes bleues Sous la neige où le sombre pin Espace ses petites queues.

Et quand sur les fonds de glaciers, Leurs symboles et leurs tentures,

O Léonard où vous placiez

Les femmes sphynx de vos peintures,

L'ombre, vers ce vallon s’abat

Où les neiges, fondant, fléchissent… On croit voir des os qui blanchissent Dans le vallon de Josaphat.

Ou devant ces fols cimetières Qui font ouvrir l’œil aux enfants, Les mille et une nuits entières.

Cimetières des éléphants!

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