LA FONTAINE
Tous ces pics enfarinés
Ne me disent rien qui vaille, Sous la poudre de leur nez Et leur nuage de faille.
Tous ces pics enfarinés Par la neige qui leur reste Me paraissent burinés
Par un Gavarni céleste.
Sucrenpoudrederizés
Par des flocons d’un autre âge, Ce sont des Pierrots frisés
Par la mèche du nuage.
Pour le bal de l'Opéra:
Que rythme de la tempête Le grand tradéridéra,
Ils se sont fait une tête.
L’orchestre des ouragans Taquine leur face bléme
Et les godrons élégants
De leur fraise aux tons de crème.
Le Jablockoff des éclairs
Les fait paraitre plus pâles, Nuancant leurs chapeaux clairs D'irisations d’opales.
Ce sont des Pierrots lassés Par le galop des orages
Dont s’exaspèrent les rages Le long de leurs gants glacés ;
De célestes Debureaux
Dont la tête au ciel voisine, Sur leurs masques de Paros Portant la mouche assassine,
D'un bois de mélèzes noirs Arrondissant le mystère De ses sombres promenoirs En taffetas d'Angleterre.
Ce sont de divins Pierrots,
Des Pierrots géologiques;
Les aigles sont leurs pierrots
Et les brouillards sont leurs chiques.
Ils fament matin et soir Maintes cigarettes blanches Aux spirales d’encensoir; Et crachent des avalanches ;
Un rang de Pierrots polis
Qui, pour cascader, s’écarte ; Des chaines de chienlits
Qui sont marqués sur la carte.