‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 10 sur 37 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

qu'est-ce que ça vous fait ce qu'on raconte à deux cents lieues d'ici ?

GEORGES

Mais, ma chère amie, comprenez donc que ce rapprochement serait une chose infiniment sérieuse... qui ne pourrait se faire qu'à certaines conditions... Il faudrait, maintenant, que je pusse compter absolument sur elle. Il faudrait... Non, allez, cela est impossible. J'admets son repentir, j'admets ses bonnes résolutions : mais vous savez ce qu'on dit?...

THÉRÈSE

Quoi?

GEORGES

Qu'il est plus difficile à une femme de... enfin de s'en tenir à un premier amant que de n'en pas avoir du tout.

THÉRÈSE

Quel est le grand moraliste qui a dit ça ? Eh ! qu'en savaitil? En voilà encore un qui a perdu une belle occasion de se taire I On dirait que, pour ces gens-là, le cœur des hommes et des femmes est réglé comme un papier à musique!... Je vous réponds, moi, de Suzanne : elle connaît son devoir, elle l'accepte dans toute son étendue ; elle sait qu'il ne suffira pas qu'elle soit désormais irréprochable, mais qu'il faudra qu'elle vous en communique à chaque instant la certitude... C'est de vous que je voudrais pouvoir répondre. Car, ne vous y trompez pas, c'est vous qui aurez les plus grands devoirs et les plus difficiles. Il est plus aisé de se repentir que de pardonner. Sentez-vous bien ce que cela veut dire : pardonner, remettre la faute?... Il faudra, mon ami, vraiment oublier, ou ne' se souvenir que pour plaindre, et encore sans le dire, sans en ouvrir jamais la bouche. Serez-vous capable de cela ?

Eh! oui, si j'étais sûr...

THÉRÈSE, souriant.

Mais je suis sûre, moi, qui suis une personne très raisonnable. Allons, mon ami, ayez le courage de consentir tout de suite à ce que vous auriez fait tôt ou tard. (Mouvement de Georges.) Mais oui ! Car enfm, pourquoi, malgré vos déclarations du premier moment, n'avez-vous pas demandé le divorce? Pourquoi, arrivé ici, avez-vous imaginé, de vousmétne, cette histoire de la maladie et de la villégiature de Suzanne, si ce n"est parce que, dans le secret de votre pensée, vous admettiez la possibilité de la réunion et du pardon ? Et comme vous avez bien fait ! Non, non, tout n'est pas perdu. Rien n'est irréparable quand on a la bonne volonté et la simplicité du cœur. Ne vous appliquez plus à vous torturer vous-même. N'y a-t-il pas de l'orgueil et... qui sait?... quelque cabotinage intime dans cette complaisance à considérer, à couver, à entretenir son propre mal ? Vous guérirez, rien qu'en vivant et en aimant. V^ous êtes jeunes tous deux, et vous pouvez vous faire encore un joli bonheur en raccommodant les morceaux du passé... A quoi pensezvous ?

GEORGES

Je pense... que vous êtes la meilleure des amies; que je ne puis rien vous cacher; que vous connaissez toutes mes plaies et le baume qu'il leur faut; enfm que j'ai envie de vous croire et de vous obéir.

THÉRÈSE

L'envie ne suffit pas, monsieur. Que décidez-vous?

GEORGES

Eh bien... écrivez-lui, et faites-lui espérer que peut-être...

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