‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 23 sur 37 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

THÉRÈSE

lleul

GEORGES

En somme, cela aurait très bien pu arriver. Je vous ai connue longtemps avant Suzanne. Vous étiez aussi jolie qu'elle... A'ous l'êtes toujours... Plus même... Mais si!... Pourquoi gardez- vous votre voilette?

THÉRÈSE

Cela vous gêne beaucoup?

GEORGES

Mais oui, cela me cache vos bons yeux.

THÉRÈSE

Alors...

Elle ôte sa voilette et la jette sur une chaise. GEORGES, la regardant.

Oui, c'est bien vous... Je vous reconnais... Je vous revois jeune fille... Vous n'avez presque pas changé... Vous aviez déjà cet air calme et doux, ce charme qui enveloppe et qui apaise... Seulement, comme nous jouions ensemble depuis notre enfance, vous n'étiez pas une femme à mes j'eux et j'ai passé auprès de mon bonheur sans m'en douter... Mais je suis bien fat ! Sais-je si vous auriez voulu de moi?

Eh! peut-être.

Vraiment?

THÉRÈSE

Mon Dieu, oui... Je vais vous dire un secret. Il n'y a pas

GEORGES

d'inconvénient à cela : c'est si loin... Eh bien, quand vous avez demandé Suzanne... oh! sans doute ce n'a pas été un de ces désespoirs... J'étais déjcà très raisonnable, comme vous dites... mais tout de même, j'ai eu un peu de dépit. Il n'y a pas à dire, j'avais déjà beaucoup de sympathie pour vous, mon ami Georges. Et si, dans ces derniers temps je me suis donné tant de mal pour vous, c'était bien par franche et bonne amitié, mais peut-être aussi qu'il y avait dans ce beau zèle un ressouvenir des trois ou quatre petites larmes que vous m'aviez coûtées autrefois... Mais parlons d'autre chose, voulez- vous?

GEORGES

Parlons de cela, au contraire... Quel malheur, Thérèse! quel malheur! Nous aurions été si heureux ensemble! C'était vous, ma vraie compagne. Comment n'ai-jc pas vu cela ? Avec votre ferme raison, vous auriez été pour moi non seulement la femme, mais la chère associée. Votre vaillante gaieté m'aurait fait la vie légère... Et vous ne m'auriez pas trahi, vous ! Vous m'auriez aimé doucement et solidement... comme je vous eusse aimée... et pour toujours...

THÉRÈSE, rêTeuse.

Oui... je le crois...

GEORGES

Au moins, puisque tout cela n'est pas, qui eût été si bon, ayez bien pitié de moi, mon amie... (n lui a pris la main; eiie la relire.) Qu'cst-ce quc VOUS avcz?... Vous pouvez bien me donner votre pitié... et votre tendresse. Jy ai droit... car enfin, Thérèse, c'est votre faute si je me trouve aujourd'hui un peu plus à plaindre qu'il y a quinze jours... Soyez-moi donc meilleure encore, puisque, sans le savoir, vous aussi

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