ACTE DEUXIÈME
THÉRÈSE, de même.
Mais oui, parfaitement.
GEORGES
Jugez ce que j'ai du souffrir !... Ah! ma pauvre Thérèse, que cela est triste !
THÉRÈSE
Oui, bien triste... j"y songe souvent... Car, Dieu merci, depuis un mois, j'ai vécu absolument de votre vie. Hélas! je voudrais tant vous être bonne à quelque chose ! Cela me fait tant de peine de vous voir ainsi !... Mais que vous dire? Le seul moyen que j'aie de vous soulager un peu, c'est de vous écouter... Et je vous écoute avec tout mon cœur. Qui sait ? A force de vous plaindre et de vous confesser, vous souffrirez moins... Puis, à voir les efforts de Suzanne, vous arriverez peu à peu à la juger dans un sentiment de justice, comme un homme, puisqu'il parait que vous autres hommes vous êtes plus justes que nous. Laissez agir le temps... Je vous jure que vous pouvez encore être heureux.
GEORGES
Non, allez... J"ai voulu me faire illusion... Mais entre elle et moi, il y a l'irréparable; et ni le temps, ni ma raison, ni son repentir n'y peuvent rien... Il faudrait autre chose...
THÉRÈSE
Quoi donc?...
Je ne sais... Mais, moi non plus, je ne suis pas le même qu'auparavant. Je vaux moins, cela est certain... Même dans les instants oii il m'arrive de croire que je l'aime
encore, ce n'est plus du même amom' qu'autrefois... Oh! non... C'est très mystérieux ces clioses-là... Vous ne comprenez pas cela, yous, Thérèse?
THÉRÈSE
Pourquoi dites-vous toujours que je ne comprends pas?
GEORGES
Vous êtes si tranquille si naturellement raisonnable ! Vous avez d'ailleurs pour mari le meilleur garçon du monde... Ah! vous êtes heureuse, vous !
THÉRÈSE
Heureuse? Évidemment je le suis. Je l'étais même complètement avant toutes vos histoires. Nous jouissons, Jacques et moi, d'une excellente santé morale... j'en suis presque honteuse... Ah dame! nous n'avons pas vos grands mouvements de passion, ni vos violences, ni vos déchirements, ni votre talent pour souffrir. Nous sommes très paisibles, très ordinaires... Quand vous me racontez comment vous aimiez Suzanne... enfin, il est certain que je n'ai jamais été aimée comme ça, moi... Oui, je suis heureuse... à condition peutêtre de ne pas trop réfléchir sur la qualité de mon bonheur. Aussi, je n'y réfléchis pas.
GEORGES
Vous êtes la sagesse, Thérèse; vous êtes la sérénité et la bonté...
Oui, oui, c'est entendu.
GEORGES
Ne vous moquez pas... Voulez-vous que je vous dise?..* C'est une femme comme vous qu'il m'aurait fallu.