‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 29 sur 37 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

GEORGES

Eh bien, mon amie, voulez- vous l'attendre?... Moi, je suis obligé d'aller à l'usine. (Regardant rheure.) L'heure est même déjà passée.

Il va pour sortir, elle lui barre le chemin. THÉRÈSE, ironique.

Cela est tout à fait fâcheux, mais vous m'entendrez... n'ayez pas peur, je ne vous retiendrai pas longtemps... Seulement, voilà trois fois de suite que vous m'écrivez qu'il ne vous est pas possible de vous trouver à notre rendez-vous. Oh! vous me donnez chaque fois les meilleures raisons du monde. Je viens vous demander si vous êtes sincère. Georges, je vous adjure de me dire la vérité. Je suis prête.

GEORGES

Mais, mon amie, il n'y a rien du tout. Il y a que je ne fais pas toujours comme je veux; il y a que, n'étant libres ni l'un ni lautre, nous sommes tenus à la plus grande prudence, et que...

THÉRÈSE

Allons, Georges, la vérité?

GEORGES

Mais je vous l'ai dite.

THÉRÈSE

Non.

GEORGES

Eh bien... Je ne vous aurais jamais dit cela si vous ne m'aviez pas questionné avec cet acharnement... mais Suzanne m'inquiète; voilà ! Je ne sais pas ce qu'elle soupçonne ou

ce qu'elle devine, mais il est évident qu'elle est très malheureuse et qu'elle passe à pleurer dans les coins tout le temps oii je ne suis pas là... Et, de la voir si changée, avec sa pauvre petite figure amaigrie, ses yeux creux et rougis de larmes... enfin... cela me fait pitié à la longue, et je n'étais sans doute pas fait pour le rôle de bourreau.

THÉRÈSE

C'est tout ?

GEORGES

Mais vous devez comprendre cela, Thérèse. Il n'est pas possilîle que Jacques lui-même n'ait pas quelque vague soupçon...

THÉRÈSE

Ne vous occupez pas de Jacques, mon ami. Il est un peu tard... Je vous ai dit qu'il avait confiance en moi et j'ai eu la charité de lui épargner toute souffrance. Que votre bon cœur se rassure,

GEORGES

Pauvre garçon I

THÉRÈSE

Vous le plaignez aussi ? Vous plaignez tout le monde ! Eh bien, et moi ?

GEORGES, suivant sa pensée.

Je vous avoue que je ne peux plus rencontrer Jacque sans une gêne inexprimable... Tenez, je me souviens qu'une des choses qui m'indignaient le plus, c'était de penser que l'autre... là-bas... vous savez?..,

Oui, oui, l'amant de Suzanne.

Page 1