‹ Le pardon; comédie en trois actesChapitre 30 sur 37 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

GEORGES

C'était de penser que cet homme avait eu la lâcheté, dans le temps même où il me trahissait, de me tendre la main. Et voilà que je fais la même chose... Ah! misère de nous !

THÉRÈSE

Est-ce que vous croyez, mon ami, que c'est d'un très galant homme, ce que vous faites là avec moi ?

GEORGES

Mais...

THÉRÈSE

Vous doutez-vous que vous venez de me dire les choses les plus dures et les plus humiliantes que puisse entendre une femme ?

GEORGES

Moi?

THÉRÈSE

Eh ! mon Dieu, oui... Tout ce dont vous vous plaignez... on n'en souffre pas quand on aime.

GEORGES

Mais je vous aime toujours, Thérèse. N'avez-vous pas été pour moi lamie incomparable, le cœur oii j'ai trouvé un refuge?...

Oui... j'ai été.

GEORGES

Mais vous êtes encore tout cela, Thérèse. Mes plaintes même de tout à l'heure en sont la preuve. Si je vous dis

tout, c'est qu'en effet je suis à vous tout entier, tel que je suis, avec toutes mes faiblesses et toutes mes misères, et que votre divine bonté m'a laissé prendre l'habitude de rejeter sur vous tous mes fardeaux... C'est à cette bonté là que je m'adresse, mon amie. Pensez quel supplice c'est, à la longue, toute cette douleur autour de moi, cette douleur dont je suis... dont nous sommes cause.

THÉRÈSE

Oui, tout cela est ma faute, n'est-ce pas ?... Avouez-le, vous me trouvez très coupable. Vous vous indignez que j'aie pu trahir pour vous mon mari et mon amie, que j'aie pu faire enfm ce que vous avez tant imploré... Ou plutôt vous êtes persuadé que c'est moi qui vous ai séduit, et vous m'en voulez de vous avoir fait manquer à votre devoir, d'avoir tendu des pièges à votre vertu?... Décidément, vous étiez fait pour être honnête, mon ami, je le dis sans raillerie. Il est seulement triste pour moi que vous ne vous en soyez pas aperçu plus tôt.

GEORGES

Thérèse ! n'ayez pas de ces paroles amères, ou je croirai que c'est vous qui êtes lasse et qui ne voulez plus de moi.

THÉRÈSE

Vous aimeriez mieux cela, n'est-ce pas ?

GEORGES

Quelles preuves voulez-vous donc de mon amour, Thérèse?... Écoutez, tant que nous resterons ici, nous nous rendrons malheureux... Voulez-vous que nous partions? que nous allions tous les deux, seuls, très loin?

THÉRÈSE, ironique.

Merci, Georges.

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