ACTE TROISIEME
vrais sentiments qu'après nous avoir trop amollis, trop désarmés, pour que nous pussions combattre... Enfin... le mot est bète... mais il y a des fatalités, tu le sais bien.
SUZANNE
Moi qui avais tant de confiance en toi! Tu étais pour moi plus qu'une amie, plus qu'une sœur... Quand j "ai été en détresse, je n'ai pas même réfléchi, c'est à toi tout de suite que j'ai eu recours, c'est dans toi que je me suis réfugiée... Et c'est toi!... Ah! Thérèse! Thérèse! que tu mas fait de mal!
THÉRÈSE, s'ageaouiUant.
Tu as raison de m'accabler, Suzette... Ya, tout ce que tu viens de me dire, je me le suis dit, et je suis prête à en entendre davantage encore, si cela peut te soulager... Et, tiens, de t'entendre et de te voir pleurer, cela me donne du courage contre moi-même. Profites-en! car peut-être que je redeviendrai faible demain, quand je ne t'aurai plus là, sous mes yeux... Que veux-tu que je fasse? Je fobéirai... Je vais te dire où nous en sommes. Je l'aime encore, moi. (Mouvement de Suzanne.) Ah ! cc n'cst pas ma fautc ; tu l'as bien aimé, toi!... Mais, lui, il ne m'aime plus, et peut-être ne m'a-t -il jamais aimée... Tu dois me croire, car on ne fait pas volontiers ces aveux-là... Veux-tu voir sa dernière lettre? Je puis te la montrer : elle n'est pas tendre et ne le compromet guère. La voici. Il m'écrivait qu'il ne viendrait pas. Il m'écrivait ça pour la troisième fois. C'est pour cela que je suis venue ici ; je voulais lui parler. Dieu ! les tristes, les lamentables choses que nous nous sommes dites tout à l'heure!... Tu ne me crois pas? C'est vrai, pourtant. Tu en croiras mes actes. C'est moi qui vais partir... demain, ce soir, si je peux. J'inventerai une histoire... un voyage pour ma santé... n'importe quoi... Jacques est habitué à mes fantaisies et il fait ce que je veux, le brave garçon! Et,
quand je serai partie, tu sauras bien, toi, reprendre ton mari.
SUZANNE
Eh ! qu'est-ce que cela fait que tu t'en ailles ? Tu ne peux pas me le rendre, mon mari, car tu las changé en un autre homme, et tu m'as ôté la foi que j'avais en lui. Il recommencera... et il me sera encore interdit de me plaindre. Ne lui ai -je pas donné droit à une série de trahisons et de représailles? Quelle serait notre vie maintenant? Non, je préfère m'en aller, et je m'en vais.
THÉRÈSE
Soit. Un mot seulement. L'aimes-tu encore?
Qui
Ton mari.
SUZANNE
THERESE
SUZANNE
Je le hais.
THÉRÈSE
L'aimes-tu? Réponds... S'il t'aimait encore, l'aimerais-tu ?
Eh, il ne m'aime pas.
THÉRÈSE
Tu as répondu... Nous saurons bientôt s'il ne t'aime pas. Va-t'en, tu as raison. S'il te laisse partir... ou s'il ne te rappelle pas... la question est tranchée. S'il te retient... Adieu, Suzanne; je suis bien sûre à présent que tu me pardonneras.
(Elle écrit.)