SCÈNE V SUZANNE, GEORGES
GEORGES
A qui écris-tu?
SUZANNE, après un moment d'h.'-sitalion.
A loi. Ta peux lire.
GEORGES, après aroir lu.
Tu veux pailir?
SUZANNE
Oui.
GEORGES
Tu es bien décidée?
Oui.
GEORGES
Dis tes raisons.
SUZANNE
A quoi bon? Qu'est-ce que cela changera aux choses?
GEORGES
Dis toujours.
SUZANNE
C'est bien simple. Je croyais en toi ; je n'y crois plus. Tout me manque, et ma vie est finie. Je deviendrai ce que je pourrai; mais chaque heure passée avec toi ne me serait plus désormais qu'une torture.
GEORGES
Oui... j'ai connu cela.
SUZANNE
Je ne puis exprimer ce que tu étais pour moi... Quand je suis revenue, je débordais de reconnaissance et d'amour... et j'espérais ; je te croyais si bon, et si grand! J'ai remis entre tes mains mon cœur renouvelé. Tu ne l'as pris que pour le briser. Et je me suis vue dédaignée et méconnue au moment même oij je valais peut-être le mieux.
GEORGES
Oui... comme moi.
J'ai senti l'amertume d'être trahie par ce que j'aimais et estimais le plus au monde... Et c'était si imprévu, et cela m'a paru si abominable... Enfin, tu vois bien qu'il faut que je m'en aiJle.
GEORGES
Non. Ce que tu viens de dire, je l'ai souffert. Et pourtant j'ai eu pitié ; j'ai essayé du moins de n'être pas implacable. Ici même, il y a deux mois, — je te vois encore, — tu t'approchais de moi, tremblante et suppliante; tu me disais : « Laisse-moi vivre à tes côtés, ne me regarde pas, mais supporte-moi. » Et je ne t'ai pas repoussée, Suzanne...
SUZANNE
Toi, tu pouvais... justement parce que tu m'étais supérieur. Je devais t'inspirer autant de compassion que de colère...