ACTE PREMIER
THERESE
Mon Dieu, oui. Nous sommes riches et d'humeur gaie tous les deux. Nous savons nous occuper, lui dans ses fermes, moi à la maison ; nous nous retrouvons toujours avec plaisir, et nous vivons comme deux bons compagnons... Non, je n'ai jamais été tentée... Et cependant, tu sais? on me fait beaucoup la cour, ici, mais beaucoup! Eh bien, cela ne m'a jamais rien dit. Mon opinion, c'est que, quand on a un mari passable, c'est vraiment folie d'aller chercher ailleurs ce que l'on a chez soi, et que tous les hommes se ressemblent... ou finissent, à un moment, par se ressembler.
SUZANNE, naïvement.
Non, Thérèse.
THÉRÈSE
Enfin, si je me trompe, je n'ai aucune envie d'y aller voir .
Un silence.
SUZANNE
Thérèse !
THÉRÈSE
Quoi?
SUZANNE
Est-ce qu'il ne va pas bientôt venir?
THÉRÈSE, regardant l'heure.
Si. C'est à peu près l'heure où il rentre.
SUZANNE
J'ai peur. S'il allait me chasser encore !
THÉRÈSE
Mais non ! mais non !
SUZANNE
Si tu savais, là-bas, de quel air il m'a parlé en me quittant, et comme j'ai senti que je n'existais plus pour lui, que, tout d'un coup, il me rayait de sa viel... Ah! que j'ai peur! que j'ai peur !
THÉRÈSE, prêtant l'oreille.
Écoute!... C"esl lui. Cache-toi vite; va, ma chérie, et laissemoi faire.
Elle fait entrer Suxanne dans une pièce voisine, par la porte de droite.