ACTE PREMIER
THÉRÈSE
Qu'est-il devenu ?
SUZANNE
Je n'en sais rien.
THÉRÈSE
A-t-il essayé de te revoir? ou de t'écrire?
SUZANNE
Non.
THÉRÈSE
Il est discret. — Et, à présent, tu aimes ton mari ?
Absolument et uniquement. Je laime pour lui-même, parce qu'il est le plus loyal et le meilleur des hommes, et aussi pour le mal que je lui ai fait. Je l'aime de tout mon repentir, avec un cœur nouveau, et un infini désir de me sacrifier à lui tout entière.
THÉRÈSE
Comme tu dis cela, Suzanne I... Je suis tout émue en t'écoutant.
SUZANNE
Va, je suis bien changée... J'ai plus appris en quelques jours que dans tout le reste de ma vie.
THÉRÈSE
C'est vrai, tu n'es plus du tout la même.
Uu silence.
SUZANNE
Pourvu qu'il me croie, lui !
THÉRÈSE
Cela dépendra surtout de toi, ma chérie. Je te le répète il t'aime encore, quoiqu'il s'en défende; et c'est pour cela que je fai fait venir. Je ne dis pas que tu le reprendras sans peine. Les premiers temps seront durs. Sa blessure est si vive encore ! Mais l'essentiel est que tu sois là, près de lui, fut-ce un peu malgré lui. Sois bonne, patiente, soumise; et qu'il te sente sincère. Qu'il retrouve en toi, avec plus de sérieux et de réflexion, ce que tu as été pour lui au commencement de votre mariage : et aloi^s le souvenir des jours heureux refoulera lentement les autres souvenirs. Puis, le charme même de ta présence opérera insensiblement sur son esprit... Mais je suis là à te donner des conseils ! Tu sauras bien mieux que moi ce qu'il faut faire. Au fond, les choses de la passion, je m'aperçois que ce n'est pas mon fort, à moi.
Un silence.
SUZANNE
Tu n'as jamais été tentée, toi, Thérèse?
THÉRÈSE
Non.
SUZANNE
Ton mari ?...
THÉRÈSE
Il est excellent. Oh ! ce n'est pas comme le tien, un grand savant, un inventeur... Mais il est très bien ; pas laid, pas bête; et j'ai pour lui une vraie affection.
SUZANNE
Vous êtes heureux?