ACTE PREMIER
Eh bien, oui, là! je ne pense qu'à ça, à chaque minute, même en travaillant... Non, non, voyez-vous, ce qu'elle a foit est abominable!... Tenez, une chose qui me revient... Pendant les derniers jours, quand je ne savais rien encore, je ne puis vous dire comme elle a été tendre et aimante, et comme elle se blottissait contre moi. Jamais elle n'avait été ainsi : jusque-là, elle était douce, affectueuse, mais un peu indolente et passive. Et moi, en la voyant pour la première fois si... émue, je me disais : « Enfin, elle m'aime; elle m'aime pour de bon, elle est bien à moi, maintenant. » Et juste à ce moment-là... Ah ! la menteuse ! la menteuse !
THÉRÈSE
Qui sait?...
GEORGES
Hein?
THÉRÈSE
Je dis : qui sait? Pour moi, cela ne prouve qu'une chose c'est qu'elle cherchait en vous un asile, un secours contre elle-même; enfin, qu'elle n'a jamais cessé devons aimer. Et c'est mon premier point. Je vous dirai mon second tout à l'heure.
GEORGES
Ma chère Thérèse, je ne suis pas encore tout à fait idiot, mettez-vous bien cela dans la tête. Les démonstrations de tendresse prodiguées au mari au plus fort de la trahison... mais c'est classique, cela ! Je connais mon cas, allez. Il a été étudié et décrit par les bons auteurs. Et, n'est-ce pas? j'ai été à même de vérifier l'exactitude de leurs remarques... oh ! mais, largement !
THÉRÈSE
Pourquoi, mon ami, cette ironie qui fait mal?
Laissez donc ! cela me soulage, au contraire. Tout cela a un côté comique, on le sait bien, (changeant de voix.) C'est égal, le jour où j'ai tout appris, je suis resté comme assommé du coup. En une seconde, j'ai senti qu'elle ne m'était plus de rien. Je n'avais même pas de haine ni de colère. Quand elle est rentrée, je ne l'ai pas interrogée, je ne lui ai adressé ni reproches ni injures. Je lui ai dit seulement : « Ya-t'en ! » Elle s'en est allée, et je ne me suis pas retourné pour la regarder sortir. Je ne puis même pas dire que je souffrais. C'est singulier.
THÉRÈSE
Et depuis?
GEORGES
Ah! depuis!... L'idée est là, toujours là... vivante, oui, vivante, comme une bête qui me rongerait... C'est à devenir fou... Quelquefois, pourtant, je suis sur le point de m'apaiser. Je me souviens du temps de nos fiançailles ; je la revois... si douce, si frêle, si innocente... Puis je me rappelle de gentils détails de notre vie à deux, des gestes qu'elle avait, une phrase qu'elle disait d'une certaine façon... Et je m'attendris, et je lui trouve même des excuses : son inexpérience, sa jeunesse, son isolement pendant mes absences... Mais tout à coup Fimage de ce qu'elle a fait surgit et revit dans ma pensée, nette, précise, concrète... Dans ma pensée?... non, dans ma chair. C'est comme une morsure, une brûlure subite. Et alors je voudrais la tenir... pour l'envelopper de baisers, de baisers qui la marqueraient, qui effaceraient les autres, qui la referaient mienne... — ou peut-être pour l'étrangler.