scène vn
KERNOEL, seul.
Dix francs ! Ma mère, à l’heure suprême, a étendu sur moi sa main glacée... le signe des douleuis cxpiatnces brillait dans scs doigts que raidissait l'agonie... elle me dit : Prends cette croix, Kernoël, et moi disparue, un peu de mon Ame te suivra. El cette croix, je l'ai vendue dix francs à Michel Glatz. J'ai vendu le Christ à un juif pour dix francs ! (// se levé.) Allons! je mérite de mourir comme Judas. ( H va pousser la porte de droite H regarde.) L’ivresse l’a emporté sur ses remords, à lui. Le voilà vaincu par lo sommeil, il dort. Endormons-nous aussi, mais pour toujours. (iluectuciJmceAEh bien ! oui, j’ai joué!... Qu 'aurais-je fuit de cette misérable somme? Il ine fallait plus que cela.. .Tout ou rien. La vie comme je la rêve... ou bien la mort. (Ilm vers la fenêtre. Un éclair brille.) L’orage! I-à-bas aussi, à Pen-Marc’h, ce fut sous le feu des éclairs qu'elle m 'apparut. Abîme de Pen-Marc h, abimo sombre que j'afïronlai pour elle, et qui ne rend personne, pourquoi m'os-tu rejeté?... Mourir!... oui, l’heure est venue... Quatre étages, et la-bas, au fond, le pavé. [Il aperçoit ses papiers épars.) Pauvres confidents de mes chimères, feuilles que le soufile de l’oubli va disperser, je vous dis adieu... Adieu à vous, douces peines de mon àmc, tristes plaintes de mes amours... Mourez avec moi. silencieux et inconnus. (On entend le tonnerre dans le lointoin.) Est-ce Dieu qui Die menace? Est ce mon arrêt que ces sillons de leu tracent dans la nuit! Mon arrêt, à moi, la victime?... à moi!... mais alors pourquoi suis-je né poète, amoureux, pétri de passions et de llammes? Pourquoi la science est-elle descendue dans mon cœur ! Eh! je D’jgnore rien de ce qui fait lu grandeur et la renommée J’ai deviné, moi, toutes les ivresses du monde, j’ai entrevu, moi, tous ces làntAmcs enchanteurs ! Et Dieu a permis cela! et c'est Dieu qui dit ensuite à l’aigle de ne pas voler, au volcan de s'éteindre, à la pensée de mourir!... Mourir! non ! non !... Ebt non. je ne veux pas mourir !... Je veux vivre, moi. vivfe à tout prix. . Ah! ces désirs qui me brûlent, Dieu les condamne et les repousse... Eh bien ! viens à moi, ange des ténèbres... viens, et ces félicités que je rêve... je les accepterai de ta main! (Le tonnerre gronde. Des pas lourds se font entendre. Onapproche. On frappe trois coups à la porte extérieure de l'atelier.) J'ai invoqué satan... est-ce lui? [Hamel prend le flambeau et va ouvrir .)