LE DOCTEUR BLANCHARD, MICHEL GLATZ
lb docteur, (fl est assis auprès d’une petite table devant le treillis, et parait occupé à feuilleter des dossitrs.)
Toujours est-il, monsieur Michel Glatz, que ces dépositions sc contredisent. Le parquet m’envoie iourpar jour l’extrait des in-i terrogatoires, et j’y vois que Jocelyne ainsi que les Goguelu ont positivement déclaré que c’était vous qui aviez emmené Kernoêl le jour de sa fuite ae chez eux.
MICHRI. G1.ATZ.
Est-ce que vous m’avez fait venir, monsieur le docteur Blanchard, pour me soumettre, de votre autorité privée, & uu interrogatoire supplémentaire ?
LB DOCtSCR.
Je vous ai fait venir, Michel Glatz, parce que j’en ai le droit. La justice m'a confié Kernoêl. Il est ici, dans cclto maison do santé, gardé à vi# non-seulement comme prévenu de complicité dans un assassinat, mais comme convaincu d'aliénation mentale. Or, la mission qui m'a été donnée a deux laces •* il
faut que je tâche do ramener le malade à la raison, mais il faut encore qu’au milieu des ténèbres descendues sur cette âme, je me tienne attentif aux plus légers indices, aux moindres étincelles qui pourraient devenir pour la justice une véritable lumière. Tout en donnant mes soins à Kernoél, j'apporte ma part d'examen dans l’instruction de son procès. Voila ce qui m autorise à vous interroger.
MICHEL GLATZ
Eh bien ! monsieur le docteur, je puis vous rassurer d'un mot sur l’apparente contradiction que vous avez remarquée. J’ai dit aux Goguelu que j’avais emmené Kernoél dans une maison de jeu, qu’il avait joué et gagné beaucoup d’argent, j'en conviens, mais l’ai inventé ce petit roman pour n’avoir pas à leur dire la vérité.
LS DOCTfUi
Quelle véritét
michsl ouïr:
La vraie! Ce soir-là, le hasard me conduisit chez les Goguelu au moment où Kernoél, pris d’un accès de fièvre chaude, allait se précipiter par la fenêtre. Je l'emmenai pour ne pas donner à ces braves gens le triste spectacle de son désordre. Je le conduisis chez moi ; mais dans la nuit le mal ayant augmenté, je sortis un instant pour aller chorcher un fiacre et remmoncr à l'hospice. Ce lut pendant mon absence qu’il s’échappa. J’aiap-
L ris depuis qu’il était devenu riche, et qu’il vivait avec Rose inon... Que s’était-il passé? je l’ignore.
18 docteur, se levant. *
hose Linon a été interrogée... Voici ses dépositions... mais l’histoire qu’elle raconte est si étrange...
MICHEL GLATZ
Ah! oui... la chose des vers... les poésies vendues à Mac Trévor... Ce petit romao est en effet bien pittoresque.
LE docteur.
Cela est étrange et mystérieux.
MICHEL CIATZ,
On ne peut plus mystérieux.
LE DOCTEUR
Ce jeune homme m’intéresse, ainsi que cette pauvre Jocelyne, qui n’a pas voulu le quitter, et qui a obtenu de demeurer ici, près de lui. C'est un ange que cette enfant.
MICHEL CLATZf
Un archange, monsieur Blanchard.
LE DOCTEUR
Vous ne sauriez croire combien ses regards baignés de larmes sont éloquents... J’attends de Londres, ce matin même, un membre de la Société royale, qui s’est fait une réputation immense dans le traitement de certains cas d’encéphalite. Je donnerais beaucoup pour qu’il arrivât.
un domestique, entrant par le fond et annonçant.
Sir William Sauuders I
LE DOCTEUR
C’est lui ! c'est la Providence qui nous l'envoie ! (/J remonte la scène.)