SCENE m
les mêmes, MAC TRÉVOR, sous les traits et dans U costume d’un gros docteur anglais.
LE DOCTEUR
Sir William, soyez le bien-venu; un de mes bons nmis de Londres, le docteur Wild, m’avait annoncé votre usité.
MàC trévor, avec l'accent britannique.
Je sious très-honioured de la récepchion toute ttralclouse.... Voici une lettre de notre ami commun, sir John Wild.
LE DOCTEUR
Je la lirai avec plaisir, sir William; mais vous me permettrez d aller auparavant donner des ordres poui votre installation, car j espère quo vous me ferez l'honneur de ne pis avoir d'autre demeure que celle-ci, pendant Vbire séjour à Paris.
MAC TRÉVOR
En verided... oh ! oui... vous me comblez certainement.
LS DOCTEUR
Alors, je vous laisse un instant... Vous, monsieur Michel Glatz ne vous éloignés pas, j'ai besoin de voire présence... l'alleudà vue lettre du parquet, y I tort.) ‘
SCF. NI! H.
MICHEL GLATZ , MAC TflÉVQR. UieM Glati i‘at a nu prit Je la table et lit les journaux.
Hic trévor, après s’être assuré que toutes Us portes sont bien closes.
Eh bien ! vieux drôlo, tu ne me reconnais donc pas!
Michel SUTI, surpris.
Monsieur ?
mac tbévoh;
Ah ! ah !... Sommes-nous bien déguisé... hein? je suis admirable pour ces choses-là-
MICHEL GLATZ
Mac Trévor!
MAC TREVOR
Chut! Veux-tu bien ta taire... Ce farceur-là, Ven tendez-vous, il prononce mon nom avec un sans-gène... absolument comme si celui de Michel Glatz. celui de l’espion, celui du juif, ne cachait pas mon ancien lieutenant dans les traboucuires de Naval re, et mon complice de la rue Thérèse.
MICHEL GUTZ.
Silence I
MAC TRÉVOR
Silence... réciproque?
MICHEL GLATZ
Mais oui ! . , . ,
Mac trévob, allant $ awoir sur un banc a droite.
Tope!... Alors je m'en vais te dire comment je me suis sauvé.. Je dois cette bonne fortune aux poésies de notre ami Kernoél !
Kernoél ! mais, malheureux...
MAC TRÉVOR
Mon cher, c’est à mourir de rire... Figure-toi que tout ce que Paris renferme d’hommes du monde cl de jolies femmes taisaient à chaque audience nouvelle l’assaut du prétoire. C’était une foule, une cohue... je puis dire que j’ai épuisé la coupe de la renommée ... et que je m'en suis donné pur mon argent.... Avec cela qu’on possède une tête !... Bref !... j'avais une cour, on se pressait à la police pour obtenir des autorisations de me voir. .. on me faisait des petits levers comme à LouisXlV Enfin, je me divertissais comme un fou ! Mais voici Vondreit fabuleux de mon histoire. Un vieux savant* d’une physionomie et d’une perruque très comme il faut, obtint l’honneur de m être présenté. La Fouine était mon graud-maitre descéiémouies, tu sais bien, la Fouine ?
MICHEL GLATZ
Oui, oui, après?
MAC TRÉVOR
C’était un phrénologue.
MICUBL GLATZ.
La Fouine?
mac trévoh, se levant.
Non* le savant... mais lé un phrénologue enragé, féroce, un tâteor de hosses à la douzième puissance. U me demanda la permission d’examiner ma tête. Moi, qui ne suis pas chiche de ma tétp, et qui étais sur le point de la risquer dans une autre expérience heaucoup plus chanceuse, je dis au bonhomme d’en prendre tout à son aise... Voilà que tout k coup le savant jette sa perruque au plafond et sc met à danser une tarentelle dans mon i chut. Ensuite il nie prend dans ses bras, et s’écrie, avec un accent de poème épique: « Pauvre martyr, mal heureuse victime, vous allez être jugé, condamné, exécuté, cl vous n’avez pas la bosse du meurtre. — Bail ! lui dis-je... quelle bosse ai-je donc? — Vous avez celle de la poésie et de la religiosité... *
U o».) Oui, Michel Glatz, j’ai la bosse de la religiosité.
HICBEL GLATZ.
C'est drôle 1
MAO'YHBVOB.
Très-drôle. Lo savant pleurait, je me mis aussi à pleurer et nous fûmes très-attendrissants pendant près d’un quart d’heure. « Ainsi donc, lui dis-ie, vous êtes persuadé que je n’ai jamais eu de vivacités coupables envers ce garçon de caisse ! — Moi ! Allons dune ! je donnerais un démenti pareil au grand Gall, à l'immortel Spurzheim ! J'aimerais mieux mourir à voire place. —Alors, repris- je en m’essuyant les yeux, soyez assez bon pour me prêter votre perruque... • U comprit !.. il n’y a que les sa-
SU
vants pour s’élever ainsi aux plus hautes régions de l'enthousiasme. il me prêta sa perruque, il y joignit ses lunettes bleues, sa douillette et ses galoches fourrées.... et commo la Fouine a deux petits enfants en bas âge... il voulut bien n'y pas regarder de trop près... et voilà.
MICHEL CLATZ.
J'avais eu ventde l’histoire. .. mais comme l’aventure comprol met une espèce de vieillard imbécile, membre de l’Institut, la police a étouffé l’affaire... C’est la Fouine qui a payé pour le savant. On l’a destitué. Mais ce travertissement P
MAC TnÉTOR.
Aliî je vais te dire. Sir William Saunders est mort d’apoplexie dans la traversée de Londres à Boulogne... Un de nos amis nui se trouvait là, eut la curiosité d’examiner les poches de sir William. Entre autres bagatelles, il y trouva des lettres et un passeport... Un passeport c’est toujours ulile, et c’est ce prudent compagnon que j'ai rencontré la nuit dernière dans une carrière de Montmartre, où j'avais élu domicile faute de mieux. Ma foi, je lui a» emprunté ce passeport... Le corps de sir William étant retourné en Angleterre, ce n’est pas avant huit jours au moins qu’on saura son accident, et d’ici là j’aurai le temps de sortir de France... et me voilà chez le docteur Blanchard... Dismoi, a-t-il une bonne table ?
MICHEL CLATZ.
Mais il y a un signalement sur le passeport?
MAC TRÉVOH.
Sans doute... je l’ai copié... Tu vois sir William au naturel. Voici son signe particulier. ( II lui montre une loupe qu'il a sur le rus.)
MICHEL CLATZ.
Et si l’on to parle anglais?
MAC TRÉVOIl.
Je répondrai en anglais... N’ai-je pas habité les Indes?
MICBBL CLATZ.
En attendant, tu as fait de belles sottises... Dans les papiers que tu as laissés en te sauvant, on a trouvé la quittance de Kernoél. Et puis ccs malheureux billotsdc banque... je n’avais pas pris garde que quelques-uns venaient de la rue Thérèse... on a reconnu les numéros, cela a fait une esclandre, et le malheureux Kernoël en a perdu la raison. Il est ici.
MAC TRÉVOR
Ah! mon Dieu t que me dis-lu là? Pauvre garçon! Je suis d’une étourderie ! je no pensais plus à celle malheureuse quittance... Et tu crains qu’il ne soit incurable?
MICHEL CLATZ,
Je le crains... c’est-à-dire que je l’espère... C’est ta manie, à toi, de me fourrer toujours dans des bêtes d’histoires... Je suis entortillé dans celle-ci à ne pas savoir comment j‘en sortirai. Tout cela me fait faire des réflexions. Cette existence à trentesix faces ne me va plus, j’ai fini par avoir des inquiétudes, des remords...
SAC Tnévon.
Tu veux te convertir ?
MICHEL CLATZ.
Oui... et si tu faisais bien, tu suivrais mon exemple.
MAC TRKYOR.
Moi !
MICHEL CLATZ.
Pourquoi pas?... Te voilà libre; tu es encore jeune.. Eh bien! crois-moi, tachons de fréter un bon petit voilier, «avec uno double cale, une demi-douzaine de jolies couleuvrincs; des passeports... d’occasion... et liions ensemble sur les côtes d’Afrique, nous recommencerons les affaires.
MAC Tnévoti.
Ab ! c’est ce que tu appelles une conversion?
MICHEL CLATZ.
Sans doute.
MAC Tfiévoo.
Une conversion A gauche,
MICHEL CI.ATZ.
Seulement, il nous faudrait des fonds. Tu es allé donner cent mille francs à ce petit Kernoël! Quelle folie !
MAC TRÊVOR.
Ah! que veux-tu? Nous avons des ministres si pleutres et qui encouragent si médiocrement les lettres!... Mais toi, tu as de l’airj.'nt. vieux drôle; tins d’abord celui qui t’est revenu pour ta paît dans l'affaire de la rue Thérèse...
iiicml CLATZ.
J’ai trouvé un bon petit placement dans les tontines.
MAC tbèvor.
Ah ! vous placez votre argent? — Crasseux ! — Fichtre ! recommencer, cela me sourit- Mais des associés, il nous faut des associés.
MICHEL CLATZ.
J'ai d’abord la Fouine, un ancien. Maintenant qu’il n’a plus sa place, il faut qu’il fasse quelque chose.
mac Tirëvon.
Sans doute. Il est père de famille !
MICHEL CLATZ.
Ensuite, j’ai Chavannes.
MAC TRÉVOR
Chavannes, mon ancien ami !
MICHEL CLATZ.
Tous tes amis finissent comme cela. — Par Chavannes, nous aurons Bobœuf.
MAC trévob:
Bobœuf, un honnête homme ! Et que veux-tu que nous en fassions?
Micnei CLATZ.
Je veux dire son argent. J’ai vu Chavannes, il l’emmènera à Brest, sous prétexte d’une grande entreprise de semailles d’hultres, et avec l'argent de ce digne homme il nous achètera un bon petit brick, orné de scs accessoires... Ensuite...
MAC TfitfVOB.
Chut ! je crois qu’on vient.
Michel glatz, allant jeter un coup d’œil 1 1 la fenêtre.
C’est le docteur, avec cette satanée petite Bretonne.
MAC TRiVOR.
La petite Bretonne ! qu’est- ce que c’esLque ça ?
MICHEL CLATZ. ,
Eh bien I c’est la jeune fille qui a suivi T Kcrnoél à Paris.
MAC TRéyol. V*
Ah! c’est vrai, je me souviens, tu m'en as parlé... Elle est de Pcn-Marc'b?
MICOHL GLATZ.
Je crois que oui.
MAC TRévûn.
Tiens, je m’en vais alors lui demander des nouvelles de ma fille... Tu sais bien, cotte pauvre enfant que j’ai laissée là-bas, dans mon pays, lors de ma première affaire. Pauvre petite !
Oui 1 c’est cela, toujours le même ! des imprudences. Chutl