ACTE I. SCÈNE VIT
Quand tout enfant nous menions brouter nos chèvres, je l’aimais déjà de toute mon âme et .je rêvais pour elle des vêtements d’or et d’argent comme ceux d’une madone!... Plus tard, mes profits de trois années ont passé à lui acheter un collier de corail que je lui donnai en souvenir de ces premiers rêves. Devant sa maison écroulée, je songeai que nous étions pauvres et que je ne pouvais plus prétendre qu’à lui gagner un morceau de pain.
CORENTIN, k part.
Qu’est-ce qu’il me raconte là?
H O EL
Et penser, disais-je en frappant du pied avec colère sur ces débris encore fumants, que le sol où je marche contient dans ses flancs des richesses sans nombre, des trésors inconnus, éternellement cachés aux yeux des hommes!... Le vieux Tonvk passa alors près de moi en ricanant, et mettant un doigt sur sa bouche, il me fit signe de le.suivre.
COR F.NTIN.
Le vieux Tonyk?...
HO EL
C’était un malin compère, que les gens du pays appelaient sorcier. (s’approchant de la table et faisant asseoir Corentin en face de lui.) Il me
conduisit au cabaret du voisin Yvon, et là, m’ayant fait asseoir en face de lui, comme toi à cette table, (remplissant tes ▼erres et s’asseyant), il remplit nos deux verres et me dit: « Puisque tu crois aux trésors, « mon fils, il ne tient qu’à toi de t’en passer l'envie. »
CORENTIN
HOEL.
CORENTIN
(ils boivent )
« Viens avec moi! continua-t-il en baissant la voix; nous parti— « rons cette nuit même, nous quitterons le pays sans dire adieu à « personne, nous nous cacherons au fond de quelque ravin inconnu.
Bah!...
A ta santé.
A la votre.
« parmi les broussailles et les pierres, et si, au bout d’un an, à « pareil jour, nous n'avons touché la main d’aucun homme, si nos « yeux n’ont rencontré les regards d’aucune femme, le trésor nous « appartiendra. »
CORENTIN
Quel trésor?
HOEL.
Un de ces trésors enfouis sous les pierres noires de la lande, gardés jour et nuit par les nains et les korigans, défendus par d’invisibles génies ou de monstrueux dragons aux yeux de flamme.
CORENTIN
Diantre !
u o EL.
En ce moment je crus voir Dinorah m’apparaître dans un nuage d’or, parée comme une sainte, telle que mon esprit d’enfant l’avait rêvée. «Tu penses à ta fiancée, reprit le vieux Tonvk; eh bien! « prouve-lui que tu l’aimes, on l’enrichissant. »
CORENTIN
Et le trésor?
HOEL, lui versant à boire.
Ces derniers mots me décidèrent. J'avisai Perronick le tailleur : « Tiens! lui dis-je en lui glissant dans la main le peu d’argent que « j’avais amassé pour entrer en ménage, tu remettras cela au père « de Dinorah; c’est do quoi l’aider à rebâtir sa maison détruite. « Dis à ma fiancée que je pars pour l’amour d’elle et que je la prie « de m’attendre jusqu’au prochain pardon ! »
CORENTIN
Et le trésor?
HOEL.
Le soir même nous étions dans la forêt de Brocelvande. ( Corentin fait un geste d'impatienco ) C’est là que nous avons vécu seuls, pendant un an, loin de tout être humain, avec les corbeaux et les loups.
CORENTIN, a part.
Bon 1 nous voilà avec les loups, maintenant!
HOEL, remplissant les verres.
Mais jarnidieu, mon gars, tu ne fais point honneur à ce petit vin