ACTE I, SCÈNE VII
blanc; ce n!es* pourtant point là du jus de nos pommes. Ne le trouves-tu point bon?
COHEN TIN, bavant.
Si fait! mais le trésor?
Le trésor vaut que nous buvions à la mémoire du vieux Tonyk ! Queüieu ait son âmel
COHENTIN.
Comment! Il est donc mort?
« HOEL, s o levant.
Le pauvre homme n’a pu supporter cette vie de privations et de souffrances, et voilà trois jours quo la fièvre l’a emporté; mais avant do mourir, il m’a appelé et m’a dit : « Je vois bien que tu pro- « fiteras seul de mon secret ; il est temps que je te le livre tout « entier; quand le jour sera venu, tu prendras cette baguette de « noisetier qui écarte les korigans ; la chèvre blanche t’apparaîtra. « Le tintement lointain de sa clochette magique t’indiquera le che- « min, tu trouveras à tes pieds l’herbe de la croix qui doit te prête server, et tu pourras aller sans crainte vers le val maudit! Les « pierres noires se dresseront alors autour de toi comme autant de « fantômes. Au dernier coup do minuit, l’une d’elles s'éclairera a d’une croix de feu, c’est là ! »
CORENTIN
Là!
.HOEL..
« Défie-toi du diable, a-t-il ajouté; les esprits qui gardent le « trésor chercheront à te détourner de ton chemin ; n’écoute pas et a marche I »
« Si tu crois revoir ton père expirant,
•< Si ta mère en deuil t’appelle en pleurant,
« Si ta belle enfin passe en soupirant,
“ Infernal mensonge!
« Prestige trompeur,
« Folle erreur,
« Et vain songe « Qui fuit >• Dans la nuit. »
Le fond du théâtre se plonge peu à peu dan* l'obscurité.)
LE PARDON DEPLOERMEL.
CORENTIN, se levant.
Et les lutins, qui gardent le trésor, s’en iront-ils aussi pour vous livrer passage ?
HOEL.
Tonyk m’a dicté les paroles qui doivent les mettre en fuite.
CORENTIN, tremblant.
Et ces paroles?
HOEL.
Les voici :
*• Disparaissez, vaines ombres,
« Lutins qui gardez ces lieux !
•* Au fond des cavernes sombres « Cachez-vous à tous les yeux !
** Au dernier coup de minuit,
•• Le coq chante, la croix luit!
A moi ton riche trésor !
u O Satan, à moi ton or ! >• •
Ainsi vous croyez?...
HOEL, lui saisissant le bras.
Le jour est venu ; j’ai marché jusqu’ici sans m’arrêter, la chèvre blanche a passé près de moi, et maintenant... (pondant ce» dernier» mot»
Dinorah a paru à la fenêtre ; elle jette dans la chaumière un bouquet d herbes sauvages en poussant un éclat de rire et disparaît.)
CORENTIN, faisant un bond en arrière* %
Hein ? Qu’est-ce que cela ?
IIOEL, ramassant le bouquet.
C’est l’herbe de la croix qu’une fée invisible a jetée à mes pieds pendant que je te parle !
CORENTIN
Gageons que c’est encore la dame des prés qui rôde dans les environs! — Quand je vous le disais, qu’elle a une idée sur moi !
HOEL.
Eh bien ! avec cétte baguette de noisetier, tu n’as rien à craindre. Veux-tu me suivre ?