NINON DE LENCLOS
bruyère, ainsy que je vous en ay parlé la dernière fois. Je vois que vous avez pris ce que je vous ay dit à lettre, mais je n’ay pas encore commencé. Je ne dis pas ouy, je ne dis pas non.
À propos de Monsieur de Labruyère, on m'a dit qu’il s’occupoit à refaire des chapitres de Montaigne. Vous devez le sçavoir, vous, car je sçay que vous estes fort en son amitié. Sans doute vous en aura-t-il parlé, et dans ce cas je vous prieray de m'en instruire et si par hazard vous aviez quelques-uns de ces chapitres là,. je vous serois très obligée de me les communiquer. Je serois curieuse de sçavoir comment il s’en seroit acquitté. Je ne vous escris rien plus. J’attens votre: réponse et vous souhaite le bonjour.
ANNE DE LANCLOS.
PASCAL
A Sa Majesté la Royne Christine.
Ce 22 septembre 1650.
Madame,
Selon moy l’art de penser est la base de l’art d’écrire.. Les rhétoriciens qui ne savent pas cela me font pitié.
30 PASCAL
M. Descartes nous a rendu le double service de donner à la pensée de la justesse et de la liberté. Sa méthode est si sûre qu'il luy doit une partie des charmes de son style. M. Descartes a été l’amy de M. de Balzac ; et le philosophe escrivoit, à mon sens, beaucoup mieux que l’homme de lettres. Je ne serois pas embarrassé de prouver, si je le voulois faire, combien l’élégante simplicité de M. Descartes est préférable à l’emphase pénible des lettres de M. de Balzac. J’examinerai cependant en son lieu le mérite de ce dernier. Mais je reviens à M. Descartes.
En écrivant pour les hommes qu’il vouloit éclairer et rendre meilleurs, 1l cédoit à un besoin impérieux : mais combien de fois il fut sur le point de s’en repentir. Souvent 1l résolut de ne rien faire imprimer et il ne céda jamais qu'aux plus pressantes sollicitations de ses amis. Souvent 1l regretta son loisir qui luy échappoit;, disoit-il, pour un vain fantosme de gloire. Je ne veux rien vous dire de plus cejourd’huy, Madame, sur ce grand homme que du reste vous avez sceu apprécier. Je termine donc cette lettre en vous assurant de mon affection.
Je suis, Madame, de Votre Majesté, le très-humble et très-obéissant serviteur,
PAsCAL.
PASCAL
IT
Au jeune Newton, estudiant à Grantham.
Paris, ce 20 may 1054.
Mon jeune amy,
J'ai appris avec quel soin vous cherchiez à vous initier aux Sciences mathématiques et géométriques et que vous dêsiriez approfondir sciemment les travaux de feu M. Descartes. Je vous envoye divers papiers de luy qui m'ont esté remis par une personne qui fut un de ses bons amis. Je vous envoye aussi divers problesmes qui ont esté autrefois l'objet de mes préoccupations touchant les lois de l’abstraction 1, afin d’exercer vostre génie. Je vous prieray m'en dire vostre sentiment. Il ne faudroit pas cependant, mon jeune amy, fatiguer trop vostre jeune imagination. Travaillez, estudiez ; mais que cela se fasse avec modération. C'est le meilleur moyen d'acquérir et de profiter des connaissances qu’on acquiert.
Je vous parle par expérience. Car moy aussy dès ma jeunesse, j'avais haste d’apprendre, et rien ne pouvait arrêter ma jeune intelligence, si je puis parler ainsy. Aujourd’huy je ressens avoir trop surchargé ma mé-