I. L’attraction
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moire, et elle commence à me faire défaut, au moment où j'en aurais le plus besoin.
Je ne vous dis point cela, mon jeune amy, pour vous détourner de vos estudes, mais pour vous engager à estudier modérément. Les connaissances insensiblement et avec le temps. Ce sont les plus stables. Je ne vous en dis pas davantage, mon jeune amy, si ce n’est d’estre assuré de mon affection.
PASCAL
JIT [A Gassendi.]
Ce 24 janvier 1655.
Monsieur,
Je vous ai déjà entretenu autrefois d’un jeune estudiant anglois nommé Isaac Newton qui m’avoit soumis quelques mémoires sur le calcul de l’Infini, sur le traité du système des tourbillons et sur l’équilibre et le pesanter des liquides, etc., dans lesquels mémoires j'avois trouvé des traits de lumière si sensés et si subtiles que j’en estois resté tout stupéfait, au point que je ne pouvois croire que ces travaux me vinssent d’un jeune homme encore studiant. En ayant esté assuré par nostre amy M. Boyle, alors je m’empresse de répondre à ce jeune sçavant ; et comme 1l m'a tesmoigné le désir de faire vostre connoïissance dans
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la dernière lettre qu’il m’a écrite et de vous faire parvenir une lettre qu’il vous destine, je vous l’envoye et vous recommande ce jeune sçavant comme une jeune plante qu’il faut cultiver avec soin dans l’intérest de la science. Je vous envoye aussi diverses notes, fruit de mes observations depuis quelque temps, que je vous prie avoir pour agréable.
Je suis comme toujours, Monsieur et cher Gassendi, vostre bien affectionné,
PASCAL
Au jeune Newton, estudiant.
Ce 2 décembre 1657.
Mon jeune amy,
Je vous fais parvenir par l'intermédiaire d’un de mes amis qui va faire un voyage en Angleterre une liasse de petits escrits que j’ai réunis à votre intention et pour servir à votre instruction, ainsy que vous me l’avez tesmoigné par une de vos lettres. Ce sont des notes, réflexions et pensées touchant les sciences, entr'autres les lois de l’attraction et de l'équilibre. Je vous engage à les lire avec attention et j’ose espérer que vous y trouverez quelque chose qui vous sera agréable et vous portera à réfléchir sur le système du monde. Tel est mon désir. Je vous prie, mon jeune
ami, m'escrire chaque fois que vous en trouverez l’occasion. C’est vous dire assez combien vos lettres me sont agréables.
Je suis comme toujours votre bien affectionné,
PASCAL
PASCAL
y [A Newton.]
Ce 20 mars 1650.
Je vous avois déjà dit, Monsieur, que j’avois abandonné mes anciens travaux scientifiques pour me livrer à d’autres études. Mais le désir que vous me témoignez de connaître mon sentiment sur feu Monsieur Descartes et l’hommage que j'aime lui rendre, parce qu’il a agité le flambeau du génie dans l’abîme de la science et qu’il en a éclairé les profondeurs, me fera quitter de temps à autre mes nouvelles estudes pour reprendre les anciennes. C’est vous prouver combien je tiens à vous être agréable. Je fixeray d’abord vos regards sur les travaux et les découvertes de ce grand génie ; ensuite je vous les feray porter sur sa morale qui a le rare avantage d’avoir été confirmée par l’exemple de sa vie.
Avant Descartes, les ténèbres étoient répandues sur a face de l’Europe ; les hommes, aveugles adorateurs
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d’Aristote, rampoient devant ses décisions obscures et se traisnoient depuis deux mille ans sur ses vestiges. La raison condamnée au silence se trouvait abattue sous l’autorité qui protégeait l’erreur. Une démence plus triste qu’une ignorance absolue faisoit croire qu’on pouvoit dans des livres inintelligibles embrasser la science universelle. Une espèce d’idolâtrie consacrait des mots vuides de sens comme des oracles. Ceux qui par estat devoient éclairer la nation lui présentoit des mots sans idées et dont ils se payoient les premiers. La logique, confuse, embarrassée, était barbare et ridicule ; la métaphysique, un assemblage de questions bizarres et frivoles ; la physique, malgré quelques lueurs, un enchaînement de rêveries. C’estoient des qualités occultes qui régissoient la nature, une doctrine subtile et raffinée. T'el étoit l’aliment, vuide de substance, dont se nourrissoient des esprits opiniâtres et surtout violemment amoureux de la dispute, au moment où Descartes fit briller une nouvelle clarté, ainsy que nous le verrons.
Je ne vous dit plus rien cejourd’huy, Monsieur et jeune amy, et suis vostre bien affectionné,
PASCAL
PASCAL
[A Newton.]
Ce 29 may [1659 ?1.
Je vous ay dict, Monsieur et jeune amy, que Descartes nous avoit donné la clef des hautes sciences. Et en effet, c’est luy qui appliqua l’algèbre et la géométrie à la physique. Avec de telles connaissances, nous pouvons maintenant pénétrer dans les routes de l'infini, nous tenons le fil de ces connaissances sublimes qui estonnent ceux mesmes qui les trouvent. Par ce moyen, la marche de l’univers maintenant sera réglée et l’esprit de l’homme est agrandi.
Descartes a plus fait en un instant que n’ont fait les siècles précédents. Il a découvert un nouveau monde. L'Europe est partagée entre l’étonnement et l’admiration. Sa vue profonde et sa sagacité l’ont déjà élevé au-dessus de tous les esprits de nostre siècle. Ils ne conçoivent pas même ce qu'il a imaginé. Il a fait ces grandes choses, et je le vois encore dans sa première Jeunesse, au milieu des murs de l’école, toujours guidé par cette justesse d’esprit qui le caractérisoit. IT forma le projet d’applanir les difficultés qui croisent les opérations de l’esprit, ainsi que je vous le démontreray dans une autre lettre.
Je suis, Monsieur et jeuneamy, vostre bien affectionné.
PASCAL
NEWTON
NEWTON
Ï À Monsieur Pascal.
Ce 12 mars 1661.
J'ay appris, Monsieur, à mon grand déplaisir, que vous estiez toujours souffrant. C’est sans doute là le motif pour lequel puis long temps je n’ay reçu de vos lettres. Me sera-t-il possible d’en recevoir encore ? Ce seroit cependant un grand plaisir pour moi. Si ce n’est la cause de vostre maladie qui vous empesche de m’escrire, serois-ce que vous auriez à vous plaindre de quelque chose à mon vis à vis ? Je ne crois l’avoir mérité en rien. Les services que m'avez rendu sont trop grands pour que j’aye usé d’insivilité envers vous ; ou alors ce seroit par ignorance, mais non par volonté. Je sçay que vous m'avez escrit autrefois que vous aviez abandonné les sciences pour vous livrer à d’autres estudes qui ne sont sans doute plus en rapport avec les miennes. Si c’est là le motif, je le regrette ; mais n’en suis et n’en seray pas moins toute ma vie votre admirateur et votre très humble et très affectionné
serviteur.
ISAAC NEWwTON.
CE
NEWTON
Il ;
À Monsieur Blaise Pascal, à Paris.
Ce 8 may 1661.
Monsieur,
J'ay appris par un de vos amis, et cela avec beaucoup de peine, l’estat de souffrance où vous vous trouvez. J'en suis très affecté, je vous assure : vous à qui je dois. tant de bons conseils et de bons enseignements ; aussy soyez bien assuré que je vous en garderay une éternelle reconnaissance.
Monsieur, je n'ai pas oublié qu'il y a quelques années vous m'avez fait remettre plusieurs manuscrits et un grand nombre de Notes : 200 pour le moins. J'ai consulté et compulsé avec soins et beaucoup d’intérêts tous ces documens qui m'ont initiés à certaines connaissances que j'ignorais et auxquels j'en suis redevable. Mais je ne me rappelle plus si vous m’avez permis de garder ces précieux documents ou si je dois. vous les retourner. C’est à quoi je vous prie de me faire une réponse, s’il vous plaist. Car j’aurois un remord de conscience de les garder, sans estre bien assuré de vostre intention à ce sujet. J’attens, Monsieur, votre réponse avec grande impatience, et l’attendant,
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soyez assuré que je suis et seray toujours vostre très. humble, très obligé et très affectionné serviteur.
ISAAC NEWTION.