‹ Le parfum chez la planteChapitre 3 sur 130 · PLACE DE L’ODÉON · texte numérisé non relu

PLACE DE L’ODÉON

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INTRODUCTION

Parmi les innombrables substances qu’élabore l'organisme végétal, il en est dont le rôle physiologique est si manifestement prédominant, que leur étude s’est imposée en premier à l’attention des chimistes et des physiologistes. Les mécanismes qui président aux métamorphoses et aux migrations des hydrates de carbone , la coopération de ces principes aux phénomènes fondamentaux de la vie végétale , sont connus dans leurs grandes lignes. Et alors même que l’on ignore encore la constitution chimique des matières albuminoïdes, leur rôle physiologique , leur intervention dans les actgs de la vie ont été étudiés avec soin, sinon déterminés avec précision.

Mais à côté de ces substances d’uh intérêt de premier plan, hydrates de carbone, matières albuminoïdes, matières grasses, il en est une multitude d’autres dont le rôle semble plus effacé, et qui cependant, ainsi que leur présence normale et constante permet de le supposer, doivent avoir une signification bien précise et peut-être même participer à un acte essentiel. Les composés odorants sont au nombre de ces corps. Leur apparition, leur distribution, leur évolution, leur rôle physiologique, méritent à ce titre un mouvement de curiosité scientifique. Aussi bien, les principes parfumés des plantes se prêtent de la façon la plus parfaite, grâce à la précision des méthodes de travail qui leur sont applicables, à l’étude du chimisme végétal dans quelques-unes de ses relations avec le fonctionnement de la

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matière vivante. Ces considérations, d’ordre purement philosophique, seraient en quelque sorte suffisantes pour montrer que le sujet entièrement nouveau que nous allons exposer mérite de prendre une place dans le système de nos connaissances physiologiques.

D’autres considérations, et celles-ci sont d’ordre immédiatement positif, font de notre sujet une question particulièrement intéressante. La culture des plantes à parfums alimente l’une des plus élégantes industries de notre pays, une industrie dont le Sud-Est de la France possède et gardera le monopole, si les productions d’une nature exceptionnellement généreuse et d’un climat des plus cléments continuent d’y être favorisées par un effort persévérant et éclairé.

L’industrie de la Parfumerie, qui, pour réaliser ses originales et suaves créations , recherche constamment des notes nouvelles, a subi durant ces vingt dernières années une véritable révolution. Les innombrables découvertes effectuées durant la seconde moitié du siècle dernier, dans le domaine de la chimie organique, devaient dispenser le progrès en tous points du domaine des réalisations positives. Des corps nouveaux furent obtenus , souvent avec la préoccupation de contrôler un point de théorie , qui possédaient des odeurs agréables et qui devaient recevoir des applications du plus haut intérêt dans l’art d’associer- et d'harmoniser les parfums.

D’un autre côté, les parfums des fleurs étaient captés d'une façon plus délicate, présentés sous des formes différentes s’accordant mieux avec les besoins engendrés par l’emploi des parfums artificiels. Ces derniers, habilement et discrètement utilisés, devenaient des éléments d’originalité, les matières odorantes naturelles apportant aux compositions leur finesse et leur suavité.

Là, comme dans toutes les branches de l’activité humaine, le progrès a conduit à la démocratisation. Des besoins sont nés de la possibilité de les satisfaire par l’emploi des par-

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furns synthétiques. Et alors se sont posés d’importants problèmes dont l’agriculture et l’industrie du Sud-Est de la France appellent la solution.

Pour que soit effectif et réel le développement de l’exploitation dos plantes odoriférantes qui résulte d'un usage des parfums plus large et plus général dans loutes les classes de la société, il faut que les conditions de production soient assez économiques pour permettre d’associer sans trop de parcimonie les produits naturels aux produits de synthèse. Or les exigences de la main-d’œuvre pèsent de plus en plus lourdement sur les prix de revient, et de plus en plus il faut demander au sol, au travail de la plante elle-même, si nous pouvons ainsi dire, ce que l’on attendait jadis en grande partie de l’effort manuel.

C’est en apportant plus de soin , plus de méthode à la culture, plus d’attention à la récolte, en améliorant les espèces autant qu’en perfectionnant les pratiques industrielles, que l’on parviendra à résoudre les difficultés de l'heure présente; difficultés qui, disons-le bien, ne sont pas dues à des circonstances d’affaiblissement, mais bien à un puissant besoin d’expansion.

Toutes ces cjuestions , si importantes' au point de vue positif, seront solutionnées d’une façon d’autant plus aisée et satisfaisante, qu’elles seront ramenées à des principes généraux mieux établis. La connaissance de ces principes généraux découle de celle des relations existant entre les matières odorantes et les mécanismes des fonctions essentielles de la plante.

Depuis longtemps les botanistes ont exercé leurs initiatives à étudier la localisation des essences dans les végétaux, à examiner les voies qui les canalisent ou les réservoirs qui les arrêtent. Mais lorsqu’il s’est agi de porter la question sur le terrain physiologique, soit que les méthodes de travail aient été trop imprécises , soit que les substances examinées fussent insuffisamment définies, soit que la

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recherche ail été orientée par des hypothèses trop indépendantes des faits , les résultats ont souvent laissé une grande place à l’incertitude. Nous établirons cependant une exception en faveur des recherches que quelques savants, et notamment M. Guignard, ont effectuées avec tant de méthode et de succès sur un certain nombre d’essences formées d invidus chimiques bien distincts et provenant du dédoublement de glucosides.

En même temps que se perfectionnait l’art d’extraire les parfums des fleurs, l’étude des matières odorantes enrichissait la chimie organique d’un chapitre nouveau d’une réelle importance. Des méthodes de travail, précises et sûres, pouvaient être appropriées à la recherche , à la séparation , au dosage des composés aromatiques désormais bien définis. M. Ciiarabot, soit seul, soit en collaboration avec M. Hébert ou avec M. Laloue, en lit usage pour aborder l’étude des questions dont nous avons fait ressortir l’importance.

C’est du désir de coordonner les résultats de cet ensemble de recherches, d*cn comparer les conclusions et d’en généraliser la portée, qu’est née l’idée d’une collaboration entre les auteurs de cet ouvrage. Le travail qui est résulté de cette collaboration va être présenté dans l’ordre suivant :

Le premier chapitre sera consacré à l’étude générale succincte des Produits odorants des végétaux.

Dans le second chapitre, sous le titre : Distribution des huiles essentielles dans le règne végétal, on envisagera , au point de vue de leurs productions odorantes, l’ensemble des représentants du monde des plantes. Ce chapitre comprendra un tableau, par familles des plantes ayant fourni des essences, et un tableau dans lequel seront indiqués, pour chacun des principes odorants et par famille , les végétaux qui élaborent ces principes. Ces données conduiront à examiner, dans ses rapports avec l’anatomie et la classification, la nature des corps énumérés.

Serrant de plus près la question, on traitera, dans le

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chapitre in , de la Distribution des composés odorants dans la plante. Méthodes de recherche microchimique et appareils sécréteurs seront étudiés successivement, pour arriver à la question de la distribution de l’appareil sécréteur dans les divers groupes de végétaux.

La matière odorante, sa distribution dans la Nature d’aborcl, chez l’individu végétal ensuite, étant connus, le lecteur trouvera, dans le chapitre IV, l’exposé de nos connaissances actuelles sur la Formation et la circulation des produits odorants.

Dans le chapitre V, ces produits seront suivis dans les diverses phases de leur évolution.

Enlin, pour terminer, on étudiera le Rôle physiologique des matières odorantes.

Les divers résultats que nous essayerons de rattacher par leurs liens rationnels, eL de présenter dans une succession naturelle, conduiront — tel est du moins le but auquel nous visons — à des principes généraux susceptibles à la fois de contribuer à la connaissance des phénomènes fondamentaux de la vie végétale et d’éclairer la recherche dans la voie des applications positives immédiates.

Paris, décembre 1907.

El g. Charabot et C.-L. Gatin.

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