ABSINTHE
Au cours de leurs recherches sur la formation et la circulation des composés odorants, MM. E. Charabot et G. Laloue1 ont été amenés à faire connaître la composition des essences contenues, à différentes époques, dans les divers organes de la plante. En outre, ils ont poursuivi leur étude sur des huiles essentielles obtenues
1 E. Charabot et G. Laloue, 1, 1907, lre série, t. I, p. 48*5 ; 2,
1907, t. CXLIV, p. 435.
en distillant la plante avec la vapeur et extrayant la totalité des produits odorants, c’est-à-dire en ayant soin d’épuiser les eaux de distillation.
Des le début de la végétation , avant que l'influence de la floraison ne se soit manifestée , on trouve dans les organes chlorophylliens une essence déjà riche en éthers du thuyol , et l’on est par contre frappé de la faible teneur de cette essence en thuyone.
Examinant l’huile essentielle contenue dans la totalité de la plante, on observe que le rapport d’éthérification y croît jusqu’à la floraison pour décroître ensuite , jusqu'au moment où, une nouvelle poussée se produisant, une éthérification plus active coïncidera avec l’apparition et le développement d'organes verts vigoureux. Constamment l'on verra la proportion de thuyol total diminuer pendant l'évolution continue de la plante ; mais cette proportion augmentera finalement lors du rajeunissement résultant de la formation de nouvelles tiges. Enfin la teneur de l’essence en thuyone augmentera sensiblement lors de la floraison, pour diminuer ensuite dans les inflorescences, organes de consommation.
Ces observations conduisent à penser que, ici encore, l’alcool a pris naissance en premier, qu’il s’est ensuite éthérifié et oxydé, enfin que l’éthérification a été particulièrement active dans les organes verts. Quant à l’oxydation, elle s’est manifestée avec une intensité toute particulière au moment de la floraison.
Les recherches qui précèdent ont montré le rôle de la floraison dans la formation des cétones terpéniques. Ce rôle se manifeste encore ici, en ce sens que la proportion de thuyone était insignifiante avant l’apparition des inflorescences et qu’elle est devenue ensuite bien
supérieure. Mais, tandis qu’en étudiant la Menthe poivrée il a été trouvé que la menthone s’accumulait dans l’essence d’inflorescences, tandis que c’est l’essence d’inflorescences, qui, chez laVerveine, renferme le plus de citral, on constate ici la présence dans l’essence de feuilles d’Absinthe d’une proportion de thuyone supérieure à celle trouvée dans l’essence d'inflorescences. Il est probable que la thuyone, comme d’ailleurs les autres cétones ou aldéhydes , est détruite par oxydation dans l’inflorescence, où une quantité importante d’huile essentielle est effectivement consommée. De plus, tandis que le citral, par exemple, est un des principes les plus solubles de l’essence de Verveine, la thuyone est, au contraire, un des constituants les moins solubles de l’essence d’Absinthe. Aussi conçoit-on que la proportion de cette cétone puisse augmenter dans l’essence de feuilles lorsque les composés terpéniques circulent depuis ces organes jusqu’aux inflorescences, où les produits arrivent dans des proportions d’autant plus faibles qu’ils sont moins solubles. En résumé, la circulation d’une portion relativement soluble de l’essence a pour effet l’accumulation, dans la feuille, de la petite quantité de thuyone qui se forme dans cet organe. La consommation des matières odorantes pendant la fécondation tend à réduire, au contraire, dans l’essence d’inflorescences la proportion de la thuyone, substance qui se trouve, d’ailleurs, constamment diluée par suite de l’arrivée d’une fraction relativement soluble et par conséquent riche en thuyol.
A l’appui de la thèse que la formation des aldéhydes et des cétones est favorisée par le fonctionnement des organes chez lesquels l’oxygène est fixé
énergiquement, nous citerons l’observation que voici relative à l’huile essentielle de Carvi (Carumcarvi L.)1. Cette essence renferme notamment : un terpène, le limonène droit, C,0H16 ; un alcool, le dihyodrocarvéol, C10H18O; deux cétones : la carvone droite, ClüH,40, et la dihydrocarvone, C10H16O. Le limonène et la carvone sont les deux constituants les plus abondants, et cette dernière peut aisément s’obtenir en partant du
premier corps :
HCf^NcH- HCfNcO