MODIFICATIONS BIOCHIMIQUES DUES AU PARASITISME CHEZ LA MENTHE POIVRÉE
On trouvera formulés, p. 45, les résultats de l’analyse de l’essence extraite de plantes saines, et ceux de l’analyse de l’essence extraite de sujets modifiés. Nous ajouterons, à ce propos, que chez la plante malade le rapport d’éthérification du menthol est très élevé, beaucoup plus élevé que chez la plante saine. De plus, l’huile essentielle de la Menthe dite basiliquée ne renferme que des traces de menthone. Ces faits , rapprochés dé ceux [relatifs à la vigueur et au développement exceptionnels des organes verts chez la plante modifiée, ainsi qu’à l’atrophie des organes de
reproduction chez cette plante . mettront en évidence le rôle de l’appareil chlorophyllien dans l’éthérification et celui de la fleur dans la métamorphose des alcools par voie d’oxydation.
En résumé, sous l’influence du parasitisme, les fleurs ont disparu, l’énergie des oxydations internes a été réduite d’autant, si bien que la transformation du menthol en menthone ne s’est produite que dans une moindre proportion. Par contre, les organes verts ont acquis un développement considérable, l’éthérification est devenue très active. Effectivement les rapports
Menthol combiné Acide volatil combiné
Menthol total et Acide volatil total ’
sont respectivement et pour la Menthe basih-
1 ioo ioo r
quée au lieu de et — — pour la Menthe saine.
u ioo ioo 1
Pour établir d’une façon bien rigoureuse que l'éthérification est réellement plus active chez la Menthe modifiée, il été nécessaire d’élucider le point que voici :
La Menthe renferme , à l’état de combinaison avec le menthol , deux acides : l’acide acétique et l’acide valérianique. Le premier s’éthérifiant plus facilement que le second, toute condition favorable à la formation de l’acide acétique au détriment de l’acide valérianique doit aussi se montrer favorable à l’éthérification. Y at-il lieu, dans le cas de la Menthe modifiée, d’envisager la plante comme réellement mieux organisée pour l’éthérification par -suite du plus grand développement des parties vertes, ou bien le fait d’une éthérification
plus intense est-il dû uniquement à la formation d’une proportion plus abondante d’acide acétique et relativement moindre d’acide valérianique ?
Pour répondre à cette question, M. Charabot a étudié comparativement les acides combinés au menthol dans les deux cas. Voici les résultats qu’il a obtenus : dans l’essence de Menthe normale, pour ioo gr. du mélange d’acide on trouve 62,6 d’acide valérianique et 37,4 d’acide acétique. Parmi les acides de l’essence basiliquée au contraire, il y a 60,8 °/o d’acide valérianique et 49,2 d’acide acétique. Donc, le mélange des acides combinés est moins riche en acide valérianique dans la Menthe basiliquée que dans la Menthe saine. Il convient, dès lors, de voir si cette différence de composition, qui dans le cas de la Menthe basiliquée doit se montrer favorable à l 'éthérification , est suffisante pour expliquer la formation si active des éthers dans ce cas, ou bien si, réellement, l’organisation chlorophyllienne de la plante joue le rôle présumé.
Soit e la proportion d’éther qui se formerait chez le produit normal, si la totalité de l’acide était l’acide acétique. Soit e' la proportion correspondante chez le produit modifié. Il s’agit de démontrer que la proportion plus notable d’éther dans l’essence des plantes modifiées n’est pas due uniquement au fait que la proportion d’acide acétique par rapport à celle d’acide valérianique y est plus élevée. Si nous démontrons que l'on a e'^>e, même en supposant que l’acide valérianique ne s’éthérifie pas du tout dans les deux cas, nous aurons démontré a fortiori que l’activité de l’éthérification est plus grande dans le cas de la Menthe basiliquée que dans le cas de la Menthe normale.
En laissant de côté les quantités indiquées, on trouverait :
ioo
(teneur en éther du produit normal).
xoo '
(teneur en éther du produit basiliqué) ; D’où :
e' ~y> e ; donc, même avec une proportion d’acide acétique moindre, l’éthérification se poursuit avec plus d’activité dans la Menthe modifiée par une piqûre d’insecte que dans la Menthe saine.
L’activité de la formation des éthers dans la Menthe basiliquée est par conséquent bien en relation avec le développement considérable qu’y ont pris les organes chlorophylliens.
De même que l’essence de Menthe renferme du menthol , des éthers du menthol et la cétone correspondante, de même on trouve dans l’essence d’Absinthe (. Artemisia Absynthium L.) un alcool secondaire, le thuyol, des éthers du thuyol et une cétone, la thuyone, qui peut s’obtenir par oxydation du thuyol. Les for-
mules de constitution le plus fréquemment admises pour le thuyol et la thuyone sont les suivantes :
CH
CH
HC,/ iGHOH
Hc/XjCO
H2C\\ yCH2
CH
CH
Étudier les modifications de l'essence d’Absinthe au fur et à mesure de la végétation sera réunir les éléments de généralisation des conclusions formulées dans ce qui précède et, en particulier, au sujet des composés de la série du menthol.