LE JUSTE
— Oui, oui, dit Fra Gaudenzio, les forces ne manquent pas à l'Ennemi. Il a des diplomates, des docteurs, des journalistes, du canon rayé.
Il est adroit, subtil, audacieux. Il ne craint point de mentir, et il sait mentir. Il ne craint point d'opprimer, il ne craint point de corrompre.
Il s'entend merveilleusement à toute œuvre mauvaise; il est passé maître en toute fourberie, en toute iniquité, en toute hypocrisie.
Il sait des prières et il les récite. Il se fait bénir. Il prend à son service beaucoup de traîtres qui persuadent beaucoup de sots.
Il est captieux et il nous embarrasse. Il répand tant d'encre, il soulève tant de poussière, il prodigue tant de serments!
Que penser, que faire? On craint de manquer de charité, de manquer de prudence. ... Et puis du sang de tous les côtés; de tous côtés des abîmes !
Où est la voie ? Nous supplions Dieu de nous la montrer; Dieu ne répond pas. Ciel voilé, nuit profonde ! C'est l'épreuve.
On sent venir la défaillance. On est près d'interroger la fausse sagesse humaine, près de lui céder: l'épreuve va jusque-là!
Mais nous avons souvent l'occasion de dire la messe des Confesseurs. Nous lisons l'Épître et l'Évangile. Ah ! pour avoir raison de nous,