‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 4 sur 92 · II B · texte numérisé non relu

II B

lesquels l'homme est sauvé et Dieu glorifié; elle place des fleurs sur ses autels; elle reçoit dans ses symboles jusqu'à la figure des animaux. Tout lui appartient; elle use de tout en souveraine, avec une sagesse qui ne craint pas d'ouvrir la porte à l'idolâtrie. L'attouchement qu'elle donne aux choses les rend pures et saintes.

Avant de dire que ce n'est rien, il faut considérer ce que le Paganisme faisait de la nature en la consacrant au démon, et ce que la nature à son tour faisait de l'homme. Souvenons-nous du Cirque, et souvenons-nous que ces jeux horribles avaient un caractère religieux. Toute la nature y était convoquée au supplice de l'homme; la chair humaine était pétrie dans le sang sous le pied de l'homicide et sous le pied de la bête, comme pour devenir un sacrement du démon. Souvenons-nous des voluptés romaines et des voluptés asiatiques, et regardons encore aujourd'hui les voluptueux.

Ceux qui savent quelque chose des rites de la magie ont déjà reconnu qu'en cela, comme en tout, le démon se rend parodiste des choses de Dieu. Shakespeare, dans Macbeth, a donné une esquisse de ce culte infernal. Pour composer VŒttvre sans nom, qu'elles destinent à enfanter le crime et la mort, les sorcières rassemblent des poisons, des reptiles, des pourritures, tout ce que la matière fournit de plus hideux. Ainsi faisaient les magiciens de l'antiquité. Le culte public, qui n'était lui-même qu'une grande sorcellerie, ajoutait le sang. Dieu, la nature et l'homme étaient insultés à la fois, dans le but de perdre à la fois les corps et les âmes.

L'Église veut tout relever, tout sauver, tout unir. Le péché a détruit l'harmonie entre Dieu et l'homme, entre l'homme et les autres créatures de Dieu : l'Église veut réconcilier l'homme non seulement avec Dieu, non seulement avec l'homme, mais avec la nature. Les Apôtres disaient que Dieu leur avait donné « une parole de réconcihation. » L'Église prend donc ce que la nature a de plus innocent et de plus bienfaisant, elle le purifie encore pas ses exorcismes, elle y surajoute une bonté supérieure par ses bénédictions, elle en fait un agent qui porte à l'homme la grâce de Dieu.

Un protestant illustre, contraint par le seul spectacle de l'histoire, s'écrie que « l'Église est la plus grande école de respect qu'ait vue le monde. » La plus grande, et la seule! Avant l'Église, il y avait eu dans le monde des écoles de crainte et de terreur, point d'école de respect. Et l'on peut prévoir aujourd'hui ce que deviendrait le monde si cette école était fermée.

L'Église a enseigné à l'homme le respect; le respect de tout, même de la matière, traitée par elle en œuvre de Dieu; et l'homme se respecte luimême devant cette matière respectée et qui ne lui doit plus que le service.

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