LES GUIDES DANS ROME
Voici des livres que j'ai lus avec plaisir et profit:
'L'Histoire des États du Pape, par le R. John Miley; Rome chrétienne, par M. de La Gournerie; Les Trois Rome, par M^"" Gaume, protonotaire apostolique! les agréables Lettres d'un pèlerin, par M. Edmond Lafond. Ces ouvrages sont remplis du sentiment catholique, ils font connaître Rome d'une manière aussi facile que sérieuse. Le plan heureux de M. de La Gournerie lui a permis de donner une histoire de Rome moderne par les monuments; on y voit quels ouvriers, quels architectes sont les Papes. L'ouvrage de M^"" Gaume, fruit d'un voyage intelligent et d'une vaste lecture, est le plus complet; c'est un vrai guide religieux dans Rome et dans l'Italie.
Les Césars et les Antonins, par le comte Franz de Champagny, sont le résultat d'une profonde étude de l'antiquité romaine, éclairée par une foi vive et par un sens politique parfait. On y apprend plus que l'histoire de Rome, et ces livres si sérieux sont écrits avec toute la vivacité qu'un homme de mérite pourrait apporter dans la discussion des questions modernes.
Les Sept Basiliques, par Th. de Bussière, racontent les richesses accumulées dans ces temples illustres. Le modeste savant n'a voulu que dresser un catalogue, et son travail volontairement aride
laisse pourtant deviner une main pieuse et un cœur ému.
Mais le meilleur livre sur Rome est aussi l'un des moins connus. Je veux parler de l'Esquisse de Rome chrétienne, par M. l'abbé Gerbet, évêque de Perpignan. Publiés sans bruit, à de longs intervalles, les deux volumes de l'Esquisse de Rome chrétienne sont à peine moins ignorés des catholiques eux-mêmes que du grand et épais vulgaire qui a dévoré en quelques mois les éditions de certain pamphlet lancé pour frayer la route à Garibaldi. Cet empressement autour d'une fangeuse pasquinade et cette indifférence pour un noble chef-d'œuvre caractérisent l'époque. L'époque ne veut pas admirer, ne veut pas aimer, ne veut pas voir: noluit intelligere ut bene ageret. Et les pasquins et les faquins sont ce qu'il lui faut. Mauvais signe!
La postérité, s'il y en a une pour cette époque, mettra les choses à leur place. Le livre de M^"" Gerbet brillera dans la glorieuse élite des modèles de l'érudition littéraire, également honoré des savants, des poètes et des sages. Sous ce modeste titre A'Esquisse, on reconnaîtra le plus noble et le plus vivant tableau de Rome chrétienne.
Rome, notre Rome, est vivante dans ces pages toutes vibrantes de ses profondes et majestueuses harmonies. L'auteur ne possède pas seulement les connaissances variées de l'historien et les sûres lumières du docteur catholique ; il a encore au degré Je plus éminent le don de l'artiste, ce sens exquis et rare qui pénètre les choses, qui en saisit les secrètes