‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 8 sur 92 · OSTERIA DI PORTA-MAGGIORE · texte numérisé non relu

OSTERIA DI PORTA-MAGGIORE

Avec monsignore Agostino et le très cher Enrico, longue course sous les murs de Rome, sans autre vue d'archéologie que de déjeuner alla rustica, suivant l'ancienne mode, dans l'hôtellerie de Porta- Maggiore :

Il est observé que certaines parties de ces vieux murs sont de la façon de Bélisaire. — Très bien.

Je ne suis pas ennemi de Bélisaire. Ce pauvre héros avait le don de gagner des batailles, et cela le jeta dans la politique, pour laquelle il n'était point fait. Sauf la politique, il fut un bonhomme de brave soldat.

Quelle misère que cet empire de Byzance, quand Bélisaire, après avoir sauvé la patrie, croyait utile à sa fortune d'épouser une Antonine! quand il était forcé, lui bon catholique, d'exiler le Pape, pour obéir à une Théodora!

Justinien, le grand législateur, époux de Théodora ; Bélisaire, le grand général, époux d' Antonine: et ces deux grands personnages menés par ces deux pecques! . . . Enfin, ce triste Béhsaire, si vaillant chef d'armée, si bonne créature au fond, et si

odieusement lâche, — il a pour lui d'avoir été malheureux et de s'être repenti.

Lorsque le Pape saint Sylvère, qu'il avait relégué dans l'île de Palmaria, y fut mort de faim, Bélisaire bâtit une église. Il y mit cet ex-voto : « Le patrice Bélisaire a fondé cette église pour obtenir le pardon de sa faute. Vous qui visitez ce lieu saint, demandez à Dieu d'avoir pitié de Bélisaire. »

Seigneur, ayez pitié de Bélisaire! Ayez pitié de tous les malheureux qui se trouvent placés sur la voie d'une grande fortune sans être munis d'un grand cœur!

Dans votre miséricorde. Seigneur, brisez ceux qui, poussées par le vent de la prospérité, plus tremblants à mesure qu'ils s'élèvent, perdraient le courage de se refuser au crime, et arriveraient du même coup au comble de leur ambition et au comble de l'ignominie!

Ces solitaires chemins, le long des murs de Bélisaire, sont tapissés d'herbe, ornés de débris. Image de ces décadences propices qui font monter le cœur dans la proportion où la fortune décroît! Nous n'aurions pas été surpris d'y rencontrer le Patrice, dépouillé de tout, plus content de lui-même qu'à l'époque où sa fortune privée lui permettait d'entretenir sept mille hommes.

A Vosteria, le déjeuner coûta dix-sept sous. C'est une des grâces de Rome, de pouvoir déjeuner où l'on veut, au prix que l'on veut. Toute porte est ouverte à tout honnête homme. On a le droit d'être pauvre, la pauvreté est de bonne humeur. .

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