‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 84 sur 92 · PAROLES DE L'ÉVÈQUE DE TULLE · texte numérisé non relu

PAROLES DE L'ÉVÈQUE DE TULLE

reste, après comme avant, son dur métier à faire dans l'eau des lacs; et tout à l'heure il s'entendra dire que sa vie, inondée de sollicitudes, aboutira au gibet. De quel bonheur veut donc parler Notre- Seigneur? Le Verbe incarné ne profane pas les termes, il n'applique pas à des leurres le signe des réalités. Or il n'y a qu'un seul bonheur par excellence: celui de Dieu. Pierre en est devenu participant.

« Le bonheur de Dieu consistant dans la connaissance qu'il a de lui-même, évidemment l'homme n'a nul droit naturel d'y prétendre. Dieu seul, en effet, se voit et se connaît dans son essence infinie. Une intelligence créée ne s'élèvera jamais par ses propres forces à une telle contemplation. Mais Dieu met en nous sa propre lumière, un rayon de son puissant regard ; lorsqu'un jour nous le verrons tel qu'il est, à cause de cela nous lui serons semblables.

« Un être ne peut pas entreprendre les périodes de son existence sans lien ni rapport avec le but qui lui est assigné; l'avenir de cet être n'aurait pas de raison dans son passé ; sa destinée se composerait de scènes brusques et inattendues,

« Au moment où nous sommes, les ombres de la terre, les fumées de nos cerveaux grossiers sont des obstacles à la claire vision: et cependant faut-il bien que le bonheur auquel nous sommes appelés commence pour nous de quelque manière. La foi est une forme adaptée à notre situation présente; comme lumière, elle nous tient lieu de la vision intuitive; comme objet, elle est une substance

complète des choses divines. La personne de Jésus- Christ est le prisme tempéré sous lequel ces choses s'offrent à nous. Que Dieu daigne donc révéler son fils Jésus-Christ et donner la lumière qui le fera voir.

« En effet, dans cette personne adorable sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science ; le Verbe est l'image substantielle de Dieu; Dieu lui-même et les archétypes des êtres résident en lui; ■qui connaît le Verbe connaît l'essence infinie. L'humanité dont il se couvre n'est qu'un gracieux nuage pour adoucir ses dards de feu. Les nues ■diaphanes consolent l'œil infirme, elles n'ensevelissent pas le soleil.

« Pierre, qui \àent de témoigner si hautement par sa réponse qu'il a la connaissance pleine et exacte de Jésus-Christ, possède donc le vrai bonheur, puisque <ians Jésus il voit Dieu. Si celui-ci est voilé, il n'en ■est pas moins très réel. Le voile interposé est un accident de la période présente; l'objet est bien l'objet du bonheur.

« Mais il importe que Pierre sache d'où lui vient la connaissance du Verbe incarné, afin qu'il rapporte à sa vraie sourcele bonheurqu'elle lui procure. Jésus- Christ se hâte de le lui apprendre. Cet homme n'est ■que sang et chair, c'est-à-dire il ne possède que les facultés bornées de l'esprit humain. Au sein d'une pareille substance ne fleurit pas spontanément la connaissance surnaturelle ; un principe supérieur l'y a mise, le Père céleste lui-même, l'Illuminateur infini.

« Ce que Pierre tout seul n'aurait pas découvert, les autres hommes ne le découvriraient pas davan-

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