‹ Le parfum de Rome; (volume 2)Chapitre 87 sur 92 · PAROLES DE VÉVÊQUE DE TULLE · texte numérisé non relu

PAROLES DE VÉVÊQUE DE TULLE

d'enfer vaincu, d'édifice essuyant les tempêtes, cadrent mal avec l'idée d'une construction mesquine, monument de quelques heures ... Ne nous fatiguons pas à résoudre un problème absurde. La tradition du Verbe incarné persévère ininterrompue: Pierre vivra dans ses successeurs; ce glorieux Élu est une semence vive d'où écloront jusqu'à la fin d'autres lui-même.

« Pierre, crucifié sous Néron, a une réelle immortalité. Il y a dix-huit siècles qu'il renaît toujours; il ne cessera de renaître. Jusqu'à la fin, il dira sa foi, « douce et infatigable Philomèle. » Aux accents de cette mélodie, la voix des foules s'anime et chante Jésus, le Christ, le Fils du Dieu vivant. La solidité de la foi, qui fut louée dans le prince des Apôtres, est perpétuelle; et tout comme reste ce que Pierre a cru dans le Christ, ainsi reste ce que le Christ a établi dans la personne de Pierre.

« Oui, Jésus a pris Pierre avant tous les autres, et l'a posé comme un vaste et dur rocher dans les fosses de cette vallée de pleurs, afin que, portant tous les chrétiens construits en édifice, il les élevât dans les hauteurs, c'est-à-dire jusqu'au domicile de notre espérance . . . Par Pierre donc, la solidité des églises subsiste et ne fléchit pas. En cette base, nous sommes enracinés invinciblement. On l'a vu bien souvent, on le verra toujours. Cela est prophétisé, l'histoire de Pierre est faite à l'avance: La lutte, la douleur, mais aussi l'immanquable victoire.

« Viennent donc, au gré de l'enfer, les persécutions, les hérésies, les erreurs de tout genre. Rome est la terre de la lumière et du triomphe, inhospi-

talière au mensonge, patrie libre de la vérité. Le ciel n'a pas un angle où l'erreur puisse mettre le pied; l'Église de Rome, sa sincère et immédiate image, n'est pas de moindre condition. Là règne le Voyant sublime, imperturbable contemplateur du Verbe qui s'incarna. Attaché au plus grand des spectacles, son œil ne se dessèche point sur un fantôme. Si son radieux domaine fut clos de remparts, ce ne fut point pour qu'il dégénérât en territoire jonché un jour de fictions épuisées. Dieu n'élève de barrières que contre la nuit; il est la lumière! Qu'est-ce qu'une science, une philosophie, une découverte? Sans doute un idéal apparu, mais idéal cerné de limites. Le très riche, l'infini, le substantiel, l'indéfectible idéal, c'est le Verbe. Il suffit aux visions de l'éternité; comment ne suffirait il pas au regard du temps ? »

Voilà bien ce que notre ami Melchior appelle « Un discours fondé lui-même sur la pierre, et fait pour devenir fondement à son tour. » L'on s'établit làdessus, l'on s'y trouve affermi, l'on sent monter en soi ces essences précieuses et fortes, cette eau et ce miel que recèle la pierre mystique, cette huile que l'olivier tire du rocher. Quand j 'entends l'évêque de Tulle, c'est alors que je connais la supériorité du docteur sur le rhéteur, même très disert, et celle du théologien sur le politique, même très important. Cette parole soulage de l'argument trivial et de l'éloquence vulgaire, qui abondent si désastreusement au temps où nous sommes. On nous jette tant de vieilles sottises, et nous rendons, hélas ! tant de phrases toutes faites, et qui ne vont pas toujours au

fond. Je sais que ces phrases toutes faites ont l'avantage de passer tout droit. « Il faut du foin, » me répondait un homme d'esprit à qui je marquais mon étonnement des applaudissements qu'il accordait à certaines sonores pauvretés. Mais le « foin » appesantit ceux qui seraient capables d'une autre nourriture, et nous ne tarderons guère à voir que l'intelligence humaine ne se nourrit pas de foin, et que les causes divines ne se soutiennent pas par l'abondance des lieux communs qui suffisent aux causes humaines. Quand nous défendons le pouvoir temporel du Pape par les raisons qui seraient aussi applicables au Grand Turc, nous finissons par sentir nous-mêmes que ces raisons, quoique bonnes, ne peuvent rien, par conséquent ne valent rien. Tironsnous donc des arguments caducs, ou du moins n'y demeurons pas exclusivement, et employons les raisons de Dieu pour défendre l'œuvre de Dieu; forçons le monde à les entendre. Alors, mesurant la profondeur et du fondement de l'édifice et de notre foi, l'ennemi comprendra qu'il n'y peut atteindre; il perdra l'assurance de la victoire, nous voyant en assurance de n'être pas ébranlés.

Il y a des gens que j'aime, qui ne trouvent dans Rome rien de manqué, rien d'imparfait. Il suffit que ce soit à Rome. J'étais tout à l'heure en face d'un défenseur très résolu de la basilique de Saint-

Paul. Et que dirai-je? Ses raisons, dictées par l'amour, m'ont presque fait admirer ce que j'avais vu tout autrement qu'en beau. Quel avocat que l'amour, et quel inventeur de beauté.

Ah! vous blâmez l'extérieur de la basilique de Saint-Paul, vous! Il vous paraît mesquin! Mais c'est ainsi qu'il doit paraître! Ce premier aspect mesquin, c'est l'aspect de l'Apôtre lui-même. «Saint- Paul vous apparaîtrait dans sa chair mortelle, que verriez- vous ? Un homme court de taille et de maigre apparence, dit Bossuet. Voilà juste le monument, ... « Et comme cet éloge laisse à désirer, on ajoute: «Attendez que tout le plan de l'architecte soit rempli. C'est déjà quelque chose d'avoir taillé une colline romaine et d'avoir déplacé une voie d'Ostie pour niveler toute une place jusqu'au Tibre. Mais il faut sur le Tibre un pont, puis une avenue, un qtiadriporiico, un atrium pour arriver à la mosaïque de la façade. Ce dehors aura son grandiose. Le petit homme de tout à l'heure parlera, ses yeux s'éclaireront, et vous verrez. » Que répondre à cela? J'inclinai la tête. L'apologiste poursuivit :

« Et l'intérieur! J'y entrai l'autre jour avec un évêque de France, à l'heure de cette belle lumière qui précède VAve Maria. Nous avancions émus, traversant les grands reflets et les grandes ombres des colonnes, entre ces deux files de deux cent soixante papes. Les premières marches de la confession nous arrêtèrent devant les évangélistes et les vingt-quatre vieillards, sous l'arc de Placidie, en face du Christ de la mosaïque, en face d'une des plus

saisissantes représentations que l'art ait su donner de Dieu. Nous étions agenouillés, priant saint Paul de parler pour nous. Il répondait la grande parole, la parole de ses lèvres, de son cœur et de sa tombe-: Mihi vivere Christus est et mori lucrimi! Et le Christ, de son arc-en-ciel: Tii es vas electionis! Et l'Eglise, par l'acclamation qui resplendit en lettres d'or autour du baldaquin: Sancte Paule Apostole, prœdicator veritatis in universo mitndo! Et tout ce choeur d'apôtres, de vieillards, de papes, d'évangélistes, nous conviait à ce Gloria in excelsis que nulle part au monde nul n'a chanté si bien. C'est unique, c'est vivant, c'est permanent. L'Apôtre est là, confessant la foi devant Néron. L'hémicycle du prétoire nous montre encore le trône vide du Césan Le juge vient de descendre en enfer, le martyr monte au ciel d'où retentit son hosanna. Non, ce moment n'a jamais passé! Mais, pour que l'impression soit dans toute sa force, il faut une basilique neuve, fraîche, resplendissante, et plus elle est césarienne et classique, plus elle est ce qu'elle doit être. Quel besoin d'attendre deux siècles encore? Il y en a déjà dix-huit ici. . . . Cette basilique est neuve, mais elle n'est pas nouvelle; elle est jeune comme une jeune reine qui porte au front sa couronne splendide d'antiquité. ...»

Je continuais de ne pas répondre, mais mon interlocuteur vit bien que je continuais de ne pas trouver que la basiUque fût très belle. Il ne voulut point me laisser cela.

« Il y a, poursuivit-il, un point de vue de la durée, où vous n'avez pas su vous placer. La durée, c'est

le rajeunissement perpétuel. Prenez le symbole du phénix, qui exprime bien cette idée. Le phénix estil vieux ? est il jeune? Ni l'un ni l'autre. Il n'est pas vieux lorsqu'il entre dans les flammes, puisqu'il sera jeune tout à l'heure; et lorsqu'il sort des flammes, il n'est pas jeune, puisque c'est le même phénix qui a toujours été. Il est brillant de jeunesse et brillant d'antiquité: il est immortel. Voilà justement le caractère de cette église, sortie des flammes avec tous ses souvenirs et toute sa vie. Dans ces flammes qui ont consumé la pierre et le bois dont elle était faite, elle n'a pas laissé une heure des siècles qu'elle a vécu. Donc l'antiquité est ici. A côté de Grégoire et de Pie IX, leur donnant la main à travers les siècles, sont les Papes qui ont fondé et achevé l'édifice ancien. Ils 3^ sont entourés de l'immense cortège des saints, des prêtres et des fidèles qui n'ont cessé de visiter ce lieu sacré et d'y verser le flot fécond de la prière. Benoît, le fils des Samnites, est assis au seuil dans sa chaise curule, au milieu des trophées du dictateur Camille, parmi les colonnes apportées des ruines de Véies. N'y voyez-vous pas aussi Brigitte de Suède, prosternée devant le Crucifix éternel? N'y voyezvous pas Photine, la Samaritaine, dont une sublime harmonie de la Providence voulut que les restes fussent apportés auprès de ceux de Paul, elle qui fut comme une première ébauche de ce grand ouvrage de Jésus-Christ ? Parce que votre œil ne saisit point ces magnificences, vous dites qu'elles ne sont pas ! ... »

J'étais vaincu. Un dernier coup ne semblait

point nécessaire. Il ne me fut pas pourtant épargné, et ce fut le plus dur.

« Vous connaissez bien Edgar? me dit le vengeur de Saint-Paul hors les Murs. — Edgar? — Oui, le grande Edgar, l'unique Edgar, Edgar Quinet? — Certes, je connais cet Edgar, sous le nom de Coquelet. Coquelet prophète! — Eh bien, Edgar aussi a cru que la vieille basilique avait péri dans les flammes, et il a dit que le siècle présent ne la reverrait plus, que les siècles futurs ne la connaîtraient pas. Cherchez dans les \deilles revues de 1830, une page où ledit prophète Edgar raconte une visite aux ruines de Saint-Paul incendié, et tire un horoscope sur la chute infaillible du christianisme croulant avec ses basiliques. Vous saurez ce qu'un homme peut dire de plus ridicule dans le genre sérieux; et, considérant combien il s'est trompé pour avoir cru que cette basilique était à terre parce qu'il en contemplait joyeusement les ruines, vous comprendrez combien vous auriez tort de la croire neuve parce que vous y voyez encore les ouvriers. ...»

Certains savants. Coquelet entre autres, trouvent l'origine de la canonisation dans l'apothéose des païens, appelée aussi consécration. Ils se trompent. L'apothéose n'était que l'inscription solennelle d'un homme au rang des dieux. Cet honneur, décidé d'avance par la poUtique, n'exigeait nuUe

procédure. Il suffisait d'un témoin déclarant avoir vu le consacré monter au ciel. Ainsi Romulus devint Dieu sur le seul témoignage de Proculus, soudoyé par ses meurtriers. Un prétorien rendit le même service à Auguste. Plus tard, quand Rome fut bien formée aux mœurs impériales, il se trouva un sénateur pour attester que l'âme de Drusille, sœur incestueuse de Caligula, lui était apparue s'élançant dans la gloire. Preuve qu'un témoin suffisait, car tout le Sénat aurait bien juré. Afin de faciliter la créance populaire, on lâchait du bûcher wn aigle; cet oiseau était censé porter au ciel l'âme du défunt. Par l'apothéose, l'Olympe se peupla d'une compagnie dont, au surplus, il était digne. Aucun empereur n'avait à rougir de rien devant aucun dieu; Livie, Drusille, Faustine, pouvaient s'asseoir à côté de Vénus, de Junon, même de la chaste Diane. Mais il fallait appartenir au sang des maîtres; point d'apothéose officielle pour les simples particuliers.

La canonisation ne met personne au rang divin. Un jugement solennel de l'Église, prononcé après de longues enquêtes, affermi sur la multitude des témoignages et des miracles, place dans le catalogue des amis de Dieu, non seulement des rois et des princes, mais toutes sortes d'hommes. L'Église tient pour néant la haute origine, les grands emplois, toute gloire humaine; elle ne fait compte que des vertus héroïques pratiquées, ou de la mort endurée pour Jésus-Christ ; elle ne considère que les miracles qui attestent que ces hommes vivent devant Dieu.

La canonisation se fonde sur la doctrine catho-

lique du culte, de l'invocation et de l'intercession des Saints. L'Église veut nous donner des patrons dans le ciel, mais elle se réserve de décider qui mérite d'être prié publiquement. Autrement la folie humaine se mettrait à faire des dieux ; elle les ferait bientôt de la même chair dont les composaient les païens.

L'Ancien Testament rend témoignage du culte à décerner aux Saints. Néanmoins l'Écriture est brève sur ce chapitre: l'esprit de Dieu ménageait la foi d'un peuple enclin à la superstition polythéiste. La même raison, dans les premiers siècles, obligea l'Église à ne pas proposer toute la doctrine sur l'invocation des Saints. Il fallait éviter que les Gentils, récemment convertis du polythéisme, ne s'écartassent de la foi au seul Rédempteur et, reportant tout leur culte sur les Saints, ne fissent que changer de dieux. Les païens en accusèrent les fidèles à l'occasion de leur dévotion envers les martyrs; de longues polémiques furent nécessaires pour montrer quel genre de culte le christianisme rend à ces héros.

Les martyrs vindicati étaient ceux dont la mort avait été discutée et reconnue bienheureuse. Il fallait savoir si le martyr était mort dans l'unité de l'Église, s'il n'avait pas souffert par vaine gloire ou autre motif mondain, et enfin connaître la cause de la mort, car niartyrem non facit pœna sed causa. Alors le jugement était rendu par l'évêque. Des lettres encycliques transmettaient au Pape d'abord, puis d'une église à l'autre, les noms et les actes des martyrs, et ainsi le culte s'étendait.

Le culte des confesseurs vint ensuite. A l'égard des confesseurs, le jugement ecclésiastique était encore plus nécessaire. On recueillait, on contrôlait avec le plus grand soin les actes de vertus. L'Église abolit le culte que l'erreur du peuple rendait à quelques hommes dont la vie n'avait pas été suffisamment examinée, ou dont les miracles n'étaient pas prouvés.

Le premier exemple certain de canonisation par le Pape est de 993. Les cérémonies s'établirent peu à peu. Elles sont déjà développées dans le récit de la canonisation de sainte Brigitte, par Boniface IX, en 1392. La pratique actuelle est observée depuis Sixte IV, mais l'essentiel s'est fait toujours. Dès le commencement, l'Esprit- Saint a inspiré à l'Église le nécessaire du culte en toute chose. Que l'Église rentre demain dans les catacombes, elle s'y trouvera aussi entière qu'aux époques de sa plus grande splendeur. Un peu de pain, un peu de vin, et elle offre le sacrifice; une parole, et elle lie et délie; une parole, et elle retranche; une parole, et elle canonise. Et contre cette parole le monde entier ne peut rien.

Lorsque l'ami de Dieu est inscrit au catalogue éternel, l'Église ordonne de le considérer comme saint; les fidèles l'invoquent, et il n'est pas permis de prier pour lui; on lui élève des églises et l'on consacre des autels sous son invocation; le sacrifice de la messe est offert à Dieu en son honneur; des jours de fête et des anniversaires lui sont attribués; ses images sont dépeintes avec auréole; ses reliques sont vénérées publiquement.

Tel est l'immense honneur que le Saint-Père va décerner à vingt-six martyrs tués au Japon il y a deux siècles et demi, le 5 février 1597; cinq Espagnols, un Portugais, un Chinois, dix-neuf indigènes. Ils furent les prémices de cette chrétienté japonaise, si vite florissante, si vite noyée dans le sang. Saint François Xavier avait porté l'Évangile au Japon en 1549-1551. En 1587, après trente-huit années de paix, la mission comptait six cent mille fidèles. Des ambassadeurs vinrent à Rome, l'on put prévoir le moment où toute cette vigoureuse portion de l'Asie entrerait pacifiquement dans la famille chrétienne. Une usurpation au Japon, la révolution du protestantisme en Europe fermèrent à la civilisation le champ immense que la sainteté de François Xavier lui avait ouvert.

L'usurpateur japonais était ce que le monde appelle un grand homme; il était aussi un grand débauché. La morale chrétienne commença à lui déplaire; la fierté chrétienne l'irrita plus encore en refusant de l'adorer. Il décréta la persécution.

Les premiers coups tombèrent sur les Franciscains, adjoints depuis quelques années aux Jésuites. Les indigènes arrêtés en même temps que ces religieux leur étaient la plupart attachés comme catéchistes. Il y avait dans le nombre trois enfants, de quatorze, onze et dix ans. Tous, jusques aux enfants, avaient déjà donné des exemples de piété et de grande vertu; plusieurs possédaient des talents remarquables. Deux simples artisans se firent prendre par suite de leur ardeur à servir

les martyrs. Tous subirent des supplices préliminaires, les mutilations, la prison, les dures avanies. On provoqua contre eux les insultes de la canaille; pas plus au Japon qu'ailleurs, la canaille ne refusa son concours aux bourreaux. De leur côté, les chrétiens, se déclarant hautement pour Jésus-Christ, rendaient publiquement hommage aux confesseurs insultés, demandant à partager leur sort. Les confesseurs surabondaient de force et de joie. L'un des enfants, Thomas Cosaki, arrêté avec son père, Michel, écrivait à sa mère: «N'ayez aucune peine à mon sujet ni au sujet de mon père: nous irons vous attendre en paradis. » Louis Ibarki avait onze ans. Un païen puissant lui promit sa délivrance s'il voulait apostasier. L'enfant repondit : « Sauve-toi toimême en te faisant chrétien. » C'est la réponse de saint Louis de France; l'enfant peut-être le savait. On les traîna de Méaco à Nangasaki, durant trois cents lieues, la corde au cou. Louis Ibarki fut de nouveau tenté; il refusa de nouveau la vie. Antoine de Nangasaki, enfant de dix ans, vit venir à lui son père et sa mère, tous deux infidèles. Ils le supplièrent en pleurant de se sauver, et lui offrirent tous leurs biens. Il les reprit doucement de lui proposer des biens passagers pour lui faire perdre les biens éternels. Et se dépouillant de son vêtement : « Voilà, dit-il, ce que vous m'avez donné!» Il ajouta: «Ne pleurez pas; dans une heure je serai devant Dieu et je prierai pour vous, m

Us devaient être crucifiés. Les croix préparées

sur une colline aux portes de la ville, portaient chacune leur écriteau. Les saints les saluèrent avec amour. Le P. Martin de l'Ascension, prêtre, entonna le Benedidus ; le jeune Louis voulut embrasser la croix sur laquelle il lut son nom; le P. Pierre-Baptiste Blasquès, chef de la mission, noble castillan, demanda d'avoir les pieds et les mains cloués, mais on se contenta de l'attacher comme les autres par des anneaux; et tandis qu'on l'attachait, sollicitant encore l'exécuteur et lui montrant la paume de sa main, il disait : « Clouez ici, mon frère. » Invité par le petit Antoine, dont la croix touchait la sienne, il chanta le Te Deum, et le saint enfant commença ensuite de chanter le psaume Laudate, pueri, Dominum ; enfants, louez le Seigneur ! Un coup de lance éteignit sa voix et sa vie. Le jeune Louis criait: «Paradis! Paradis!» Paul Miki demandait à Dieu la conversion du prince et de son peuple. Jean Soan, exhorté par son père debout au pied de la croix, l'encourageait à son tour. Les autres priaient à haute voix; tous pardonnèrent à leurs bourreaux. Ils eurent tous la poitrine percée d'un coup de lance. Le sang de Jean Soan couvrit son père. Aussitôt les chrétiens témoins de la scène, repoussant les gardes, recueillirent le sang et se partagèrent les vêtements des martyrs. Il y eut d'éclatants miracles. Les martyrs restèrent beaux et vermeils sur la croix, comme doucement endormis; les oiseaux de proie respectèrent leurs corps; un enfant mort, porté par sa mère au pied de la croix de saint Pierre-Baptiste, y fut ressuscité; et le

même saint, après son martyre, fut plusieurs fois vu disant sa messe dans sa maison de Nangasaki, assisté du jeune Antoine. En quelques mois, dix mille païens se convertirent. Ces faits sont tirés des Actes authentiques dressés par l'évêque dans le courant du même mois. Tout y ressemble aux récits des temps primitifs, et c'est encore ce que nous lisons aujourd'hui dans les Annales de la Propagation de la Foi, écrites par « des témoins qui se font égorger. » Même foi, mêmes persécuteurs, même populace, mêmes supplices, mêmes âmes, mêmes grâces de Dieu.

Rome est le pays des questions hardies, et elles y sont soutenues hardiment, parce qu'il n'y a point de lieu où l'on soit plus assuré d'atteindre à l'évidence par le légitime emploi de la raison. Il 5^ a donc ici des docteurs qui posent au sein des écoles la question de savoir si le jugement de canonisation est infaillible. Vous êtes surpris peut-être? Les écoles en entendent bien d'autres! Écoutez ce que l'on répond à ces questionneurs. Un sommaire des arguments du cardinal de Lauréa, vous persuadera que les théologiens savent aussi se servir de la raison;

« Il serait hérétique de soutenir que le souverain Pontife peut errer dans les lois qu'il établit pour l'Église universelle: or, en canonisant un saint, il ordonne à toute l'Église de le vénérer comme saint et régnant dans le ciel. Celui donc qui nie l'infaillibilité dans la canonisation des saints est hérétique.

« Le Pape et l'Église peuvent définir comme de foi la conséquence de deux prémisses, dont l'une est de foi et l'autre moralement certaine; or il est de foi que celui qui persévère dans l'observance des commandements est sauvé et doit jouir du bonheur éternel. En outre, les procès de canonisation donnent la certitude morale que le héros de l'Évangile a persévéré dans l'observation des commandements, qu'il a pratiqué les vertus au degré héroïque, qu'il a brillé par des miracles après sa mort: donc les souverains Pontifes, après avoir conclu de ces prémisses que les canonisandi sont saints et jouissent de la vision de Dieu, ont très bien pu définir qu'on devait le croire comme de foi, ainsi qu'on le voit dans les bulles, lesquelles portent que le canonisé est saint et qu'il faut le croire fidèlement et fermement.

« On admet que ce qui n'est pas révélé de Dieu au moins implicitement, ne peut être l'objet de la foi; mais on ajoute que l'Écriture décrit les qualités et les vertus de ceux qui doivent être sauvés et régner avec Dieu. Or n'est-il pas vrai de dire que tous ceux-là seront sauvés qui auront persévéré dans ces conditions jusqu'à la fin? De plus, lorsque le souverain Pontife, après avoir recueilli les preuves juridiques des vertus et des miracles, juge que tel serviteur de Dieu est un de ceux dont le salut nous est assuré par une révélation implicite, il ne rend pas un jugement purement naturel, il ne se fonde pas sur un pur raisonnement théologique; mais, comme en prononçant ce jugement, il a l'intention de rendre le culte du saint

obligatoire dans l'Église universelle, il obtient une assistance spéciale du Saint-Esprit. Par cette assistance il connaît certainement, infailliblement, que le serviteur de Dieu a pratiqué des vertus héroïques, que des miracles ont été opérés par son intercession, qu'il est par conséquent un de ceux dont Dieu a révélé implicitement la gloire éternelle. La majeure est révélée; la mineure se déduit d'un raisonnement théologique, et le Pape en connaît la vérité par instinct du Saint-Esprit: la conclusion, qui dépend de la majeure révélée et de la mineure inspirée, peut et doit être dite objet de la foi. »

Ainsi raisonne le cardinal de Lauréa, et j'avoue que son raisonnement me suffit et au delà pour croire « comme de foi » que les martyrs du Japon jouissent de la présence de Dieu et prient Dieu pour nous. Je refuse la licence qui m'est encore laissée de penser presque sans hérésie que le Saint- Père a pu se tromper et que ces admirables martyrs ne sont peut-être pas saints. Coquelet s'empare de cette précieuse liberté. Devenu catholique, il tient à l'être le moins possible et à ne pas le paraître du tout. C'est la perfection du galhcan. L'étrange manie, et qu'un gallican est une petite chose! Mais l'Église sait qu'il y a des esprits de travers ; elle est bonne et patiente pour eux et leur lâche de la courroie jusqu'aux dernières limites du possible. C'est beaucoup que Coquelet veuille n'être pas hérétique. Laissons-le sur ce parapet où se plaît sa nature bavarde, illogique et inutile. Pour nous, tenons au centre; là seulement on peut combattre armé de toutes pièces, les deux pieds

affermis. Et pour terminer, admirez comme l'Église rend bon compte de tout. Tout ce qu'elle fait est plein de magnificence et de hardiesse, et telle est parfois l'étrange grandeur de la chose, qu'elle semble n'être qu'un pur élan du cœur ou de l'esprit, un rêve de l'homme exalté jusqu'au plus inconcevable délire, une construction de nuages qui ne repose sur rien. Mais regardez: vous reconnaissez aussitôt une structure aussi savante que solide; tout est bâti comme le dôme de Saint- Pierre; depuis la première assise posée sur le sol jusqu'à la croix posée sur le faîte, tout se tient, tout se lie et tous les matériaux sont éprouvés. Étudier la foi, quel inénarrable contentement de la raison !

Voilà donc ces glorieux martyrs placés sur les autels à côté des Cécile, des Agnès, des Luce, des Laurent et de tant d'autres qui, depuis dix-huit siècles, ont versé leur sang pour assurer au monde le bienfait de Jésus-Christ. Par l'autorité de Pierre toujours vivant, Xavier avait porté la foi parmi ces hommes des régions lointaines, sur lesquelles le Sauveur avait aussi les yeux lorsqu'il expira: les voilà dans ce rang auguste des témoins du Christ, ils y sont par l'autorité de Pierre toujours vivant. Bienheureux les doux! Bienheureux ceux qui pleurent ! Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car ils auront un royaume dans le ciel! Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu! Les voilà, tout est accomph.

La grande basilique est ouverte, elle est en fête.

pleine de lumières et de parfums, ornée de bannières où sont dépeints la mort et les miracles de ces athlètes qui ont combattu si loin, il y a si longtemps; trois cents évêques, quatre mille prêtres, cinquante mille fidèles y sont rassemblés, délégués de toutes les églises et de tous les peuples qui vivent sur la surface de la terre. Le souverain Pontife préside, et il n'y a personne ici qui ne le salue de la parole du Christ : Tu es Peints ! Il a prié ; il ceint la mitre et s'assied dans sa chaire, comme docteur de l'Éghse universelle. O Pierre, parlez! ditesnous les paroles qui ne périront pas et qui ne seront point contestées! Toute l'assemblée se lève pour entendre, pour obéir. Et les paroles qu'il prononce sont celles-ci ;

« En l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique et pour l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et la nôtre; après une mûre délibération, et ayant souvent imploré le secours divin; de l'avis de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, archevêques et évêques présents dans la Ville, nous décrétons et définissons saints: Les bienheureux Pierre-Baptiste, Martin, Paul et leurs compagnons, tous martyrs ; statuant que leur mémoire devra être rappelée tous les ans avec une pieuse dévotion dans l'Église universelle, le 5 février, où ils ont souffert pour le Christ parmi les saints martyrs. Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »

Après ces mots, le Saint -Père entonna le Te Deum.

Quarante mille voix l'achevèrent au son des cloches du Vatican qui éveillaient celles de toute la ville. Ensuite, le premier des cardinaux-diacres assistants dit à haute voix: « Priez pour nous, Pierre- Baptiste, Paul et vos compagnons. Alléluia. »

Le peuple répondit: Alléluia, Amen, et ce fut la fin de l'acte de canonisation.

Hélas! quel contraste à tant de grandeur et de beauté, quel contraste effrayant que le spectacle d'un monde qui n'y comprend rien, ou ne s'en émeut pas, ou enfin s'en irrite comme d'un défi porté à la raison! Je vois, j'entends d'ici des hommes qui s'étonneront que le Pape, auquel ils accordent des lumières, fasse encore des saints et croie aux miracles. Ils s'étonneront de sa croyance, et n'auront pas le courage d'examiner sur quels motifs il croit; et d'autres hausseront les épaules, et d'autres hurleront des blasphèmes. . . ,

Oui, nous sommes à Rome dans une oasis de foi, d'intelHgence et de sérénité. Mais il ne faut pas regarder par-dessus les murs et braquer la longuevue sur la civilisation! La civilisation s'occupe de ses canonisations à elle, les canonisations civiles: elle accroche au coin des rues les noms de ses illustres, elle les grave sur ses monuments lourds et muets; elle décerne l'apothéose à ses savants, à ses histrions, surtout à ses gens de guerre, à ceux qui l'ont bien enflée, à ceux qui l'ont bien gâtée, surtout à ceux qui l'ont bien saignée ; et elle se rit de l'erreur chrétienne qui canonise des fanatiques japonais. . . .

Je crois néanmoins que le Pape vient de poser la première pierre de deux belles églises: l'une qui sera élevée dans le Japon, peut-être avant longtemps, aux portes de Nangasaki sur la colline des crucifiés; l'autre qui sera plus tard bâtie dans Rome même, aux frais du Japon, pour être, à l'ombre de Saint-Pierre, l'église nationale des Japonais, comme Saint-Louis est l'église nationale des Français. Et je le souhaite au Japon et à la civilisation européenne! Car si le Japon ne reçoit que la civilisation militaire, il la pajœra de plus de sang que la destruction du Christianisme ne lui en a coûté, et ce sang sera stérile ; et si la civilisation européenne ne garde que le culte de ses grands hommes, elle tombera promptement dans des peurs et des détresses que ses savants ne conjureront pas, que ses histrions n'égayeront pas, et que ses hommes de guerre ne termineront pas.

Entre Sainte-Marie Majeure et Sainte-Marie des Anges se trouve un vaste espace qui fut l'emplacement du camp des Prétoriens. M^' de Mérode, ministre des Armes, l'a acheté et en a fait présent au Saint-Père, afin d'y bâtir une caserne. Cette sorte d'usine de la civihsation, si florissante dans tous les chmats de l'Europe, n'existait pas ici; elle y est devenue nécessaire, la voilà qui va pousser. Puisse le ciel romain ne lui laisser jamais prendre

les développements qu'elle reçoit ailleurs! La première pierre a été posée aujourd'hui, en présence du Pape. Je n'aurais pas voulu venir à Rome pour voir poser la première pierre d'une caserne; mais je reconnais tous les jours combien Coquelet a raison de dire qu'il faut être de son temps. Du reste, cette caserne s'élève dans des conditions inaccoutumées. Il ne faudra qu'un peu de soin pour qu'elle soit une belle chose, et, avec la grâce de Dieu, elle pourra devenir une chose inutile. En fait de caserne, on ne peut souhaiter mieux.

Les vieux murs de Rome ferment le camp des Prétoriens. Par-dessus les murs, on voit Sainte- Marie Majeure, Saint- Jean de Latran et les montagnes; on voit ces arbres de la ville éternelle, ces pins et ces cyprès qui sont toujours si bien placés.

Un seul décor suffisait à la scène. Dans l'angle formé par le mur antique, sur le mur même, on avait assis une copie colossale de la statue de saint Pierre, au Vatican. Haute de six mètres, elle dominait cet espace. Le piédestal disait deux paroles : la parole éternelle : Tw es Petrus ; la parole du moment, très auguste en ce moment : Pro Pétri sede. C'est la devise de la médaille de Castelfidardo. Elle entoure la croix de Saint- Pierre, renversée, mais debout comme une épée tirée pour la justice. Épée des princes selon le cœur de Dieu, toute autre que l'épée des conquérants.

Je ne sais si, dans les fastes des armées, on

rencontre beaucoup d'exemples d'un mémorial de défaite distribué aux soldats vaincus comme gage d'un éternel honneur et d'une victoire éternelle. En tout cas, cela est de mise dans l'empire de la Croix.

L'armée pontificale était là: sept à huit mille hommes. Le peuple de Rome y était aussi, et un grand et beau reste des foules de la canonisation, fidèles de toute langue, citoyens de Rome par le baptême et par le cœur. Le peuple se tenait en bon ordre, comme l'armée. A Rome, il n'y a point de turbulence; la multitude se contient elle-même par un sentiment qui domine la curiosité. Le concours était spontané. On a su que le Pape serait à la cérémonie, chacun a voulu venir. Cette ardeur de voir le Pape ne s'épuise pas et ne diminue pas. Pie IX apparut ; armée et peuple tombèrent à genoux.

C'est M^'' Cullen, archevêque de Dublin, primat d'Irlande, qui officiait; homme plein de science, de force et de bénignité, vraie figure de sa chère patrie, dont il porte en lui toute la constance et toutes les douleurs. Il était escorté d'une vingtaine de jeunes soldats, reste de la brigade irlandaise. On chanta les litanies des saints; la multitude répondait. Nous avions là une image de ces temps où le peuple tout entier s'associait d'un cœur intelligent aux fonctions sacrées du culte, chantant les prières comme un chant du berceau et de la patrie.

Aux côtés du Pape, il y avait, à droite, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, le fils du grand philosophe chrétien. Comme Joseph de Maistre,

Bonald a laissé des fils, et la vénération s'est accrue devant son nom glorieux. A gauche, la Belgique était représentée par le majestueux et bon cardinal Sterkx, archevêque de Malines. Sur l'estrade pontificale, on voyait les autres cardinaux des nations. Cela s'était rencontré ainsi, comme pour bien montrer que cette caserne et ces soldats ne sont point des instruments de guerre. Point de cardinaux romains. Ils assistaient à une séance académique où M^' Nardi, savant auditeur de la Sacrée Rote, devait parler sur les principes de 89; et je suis sur qu'il a dit des choses pleines de sens, plus sincèrement libérales que tout ce qui sortira jamais de la bouche et de l'encrier de nos libéraux. Pour achever de donner la note du temps, telle qu'on la trouve à Rome, il y avait encore là des proscrits. On voyait sur l'estrade, la reine veuve de Naples et quelques-uns de ses jeunes enfants. Il y a présentement en Europe deux grandes terres d'asile, l'Angleterre et Rome. La puissante Angleterre donne asile aux régicides, Rome aux princes détrônés. En général, c'est l'Angleterre que les princes admirent! Je souhaite aux princes napolitains d'aimer, d'admirer, de vénérer toujours Rome, même s'il arrive qu'ils n'aient plus besoin de cet abri. Et s'ils recouvrent le trône, il sera prouvé que l'ombre de Pierre ressuscite encore les morts.

La cérémonie faite, on prévint le Saint-Père que l'armée allait exécuter le « défilé. » Il demanda au cardinal de Bonald ce que c'est que le défilé. Il n'est pas bien au courant de ces jeux de la puis-

sance humaine. Le défilé toutefois dut le satisfaire, car il lui fut une occasion de voir au vif le sentiment des Romains. A mesure que les petits corps de sa petite troupe passaient devant lui, des acclamations enthousiastes s'élevaient du sein des spectateurs; le peuple applaudissait l'armée.

Les premiers qui essuyèrent ce feu de cris et de fleurs furent les palatins, milice purement civile. Il n'y a certes pas de pareille garde nationale dans le monde entier. Elle est toute en or. Elle marche et manœuvre admirablement sous les ordres de son colonel, prince romain, très bel officier. Ensuite vinrent les régiments de ligne. Beaucoup de ces soldats portent la médaille de Castelfidardo. Ils ont été prisonniers du Piémont, qui a tout fait par menace et par séduction pour les garder. Ils ont résisté et sont revenus sous le drapeau. Les plus grands applaudissements furent pour les zouaves. Les Français présents à la fête ne s'y épargnaient pas. Chacun d'eux connaissait au moins un de ces braves enfants; tous savaient quels noms portent cette poussière, quels coeurs battent sous cet humble habit. Mais, du côté des Romains, il y eut une explosion supérieure encore pour les gendarmes, et rien n'est plus juste: aucune troupe au monde ne surpasse les gendarmes pontificaux en tenue, en vigueur, en discipline, en fidélité.

Quand le Pape se retira, l'enthousiasme retrouva des forces pour le saluer. Sa bénédiction termina la journée. Pour terminer à mon tour et conclure, tout ce que je viens de raconter prouve, à ce qu'il me semble :

Qu'une armée peut être une excellente chose, composée d'excellentes gens, et qui perfectionne encore les hommes dont elle est formée ;

Qu'elle peut être aimée et respectée du peuple, même en ne se rendant, comme les gendarmes romains, redoutable qu'au petit nombre des mauvais sujets;

Que le Pape, avec cette armée, pourrait parfaitement se soutenir au milieu de ce peuple, livré à ses propres sentiments;

Que l'armée romaine, toute volontaire et catholique, offre le type d'une armée nationale; et que ce type est ici plus parfait qu'ailleurs, sans exception;

Enfin que des soldats qui chantent les Htanies peuvent manœuvrer, se battre et mourir.

Si la largeur et la générosité présidaient aux conseils des nations, l'armée pontificale pourrait être l'école militaire la plus utile de l'Europe. Les enfants de famille, que tant de causes réduisent à une désastreuse oisiveté, viendraient ici apprendre le meilleur du métier de soldat, tout en donnant au Saint-Siège un appui doublement profitable pour eux-mêmes. Quelques années du service le plus honorable, et qu'il serait aisé de ne pas rendre stérile pour l'étude des Lettres, formeraient cette jeunesse aux saines disciplines du corps, de l'esprit et de l'âme. ... — Quoi! dit Coquelet, pensez-vous pouvoir nous dissimuler que vous proposez une sorte de résurrection de l'ordre de Malte? Cela n'est plus de notre temps!

Coquelet voit loin. L'ordre de Malte pourrait

se rétablir. Malte à des religieux, Malte au Pape, quel péril pour la civilisation !

O civilisation de Coquelet!

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