‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 130 sur 230 · HISTOIRE DES PERSECUTIONS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES PERSECUTIONS

pcriale s'appliquait à prendre les chrétiens par la douceur. Elle ne les prit pas.

Adrien rêva d'admettre le Christ au nombre des dieux; il lui prépara même des temples. Averti qu'on ne verrait plus d'adorateurs que dans ces temples, il tua grand nombre de fidèles. Antonin le Pieux, d'abord loua les chrétiens, puis, les persécuta. Pourquoi l'empereur changeait-il ? Parce que les chrétiens ne changeaient pas. Tantôt la violence , tantôt la douceur leur demandaient ce qu'ils ne voulaient accorder ni à la violence ni à la douceur.

Alors intervinrent les hommes de lettres. Celse est le premier de cette lignée de drôles qui n'ont" cessé de s'offrir en aide aux bourreaux, et qui se sont chargés de la besogne que les bourreaux ne font pas. Car les bourreaux tuent, m.ais les écrivains diffament.

Celse avait lu les saintes Écritures, comme fait le joli Renan. S'il reçut quelques leçons de la charité des prêtres chrétiens, je l'ignore, et je le crois. Cette espèce est volontiers ingrate ! Celse crut que ce ne serait rien pour lui de détruire la Bible. Il disserta, calomnia, persiffla ; son livre eut la vogue.

LIVRP: VIII. CIIAPITRK II.

Les chrétiens naissaient sous la main des bourreaux ; de même, les critiques enfantèrent les docteurs. Le sang coula toujours, la vérité brilla de plus en plus, la politique impériale fut de plus en plus embarrassée.

Le sage Marc-Aurèle, continuant comme avait îini le pieux Antonin, tue les chrétiens et les accuse de recevoir la mort avec trop de mépris. La loi ne voulait point que la mort fût accueillie d'un cœur joyeux. Le sage Marc-Aurèle reprend ces insensés. Des hommes raisonnables, leur dit-il, craindraient la mort. Mais ils ne la craignaient point.

Ils ne la craignirent point sous Commode, fils du sage Marc-Aurèle ; ils ne la craignirent point sous Sévère. Sévère, ayant défait trois compétiteurs, voulut se défaire aussi du Christ. Il tua beaucoup : ce fut une semence pour exercer la faulx de Caracalla. Caracalla lâcha sur les fidèles le fameux orateur Fronton, qui leur imputait Tathéisme, l'inceste, tous les crimes romains, et l'anthropophagie.

Héliogabale eut une idée. Ce polisson asiatique imagina de pacifier les religions en les réunissant. Il voulut que dans le temple de son dieu l'on transférât les svmboles des Romains, et qu'on y

HISTOIRE DES PI'.RSKCUTIÛNS. y

admît encore ceux des Juifs, des Samaritains et des Chrétiens, Tous les mystères soumis au sacerdoce du même dieu ; centralisation et fusion î Cest, je crois, une de vos grandes pensées.

Héliogabale fit une mauvaise fin. Alexandre Sévère lui succéda. (( Chaque jour, dit Lampride, il (( adorait dans un temple où il avait mis les statues (( des meilleurs empereurs, des plus gens de bien, (( des âmes les plus saintes, Apollonius, Christ, (( Abraham, Orphée, qu^il honorait comme des c( dieux. » La conclusion de ceux qui versaient le sang, de ceux qui le buvaient, de ceux qui raillaient, était déjà qu'il faudrait s'arranger avec le Christ î

Sous ce large Alexandre Sévère, le sang chrétien coula dans les provinces. La paix dépendait de l'humeur des proconsuls. Les gens de loi tenaient pour la persécution. Les gens de loi veulent qu'on exécute la loi, parce qu'elle est leur chose. Ulpien, préfet de Rome, grand avocat, fit un traité dic Proconsul. Il y recueillit les édits contre les chrétiens, pour que le proconsul ne négligeât pas de punir ces monstres. Alexandre Sévère fut massacré par Maximin.

Maximin, Dèce, Valérien ! Le recueil d'Ulpien dirige la magistrature. On tue, on tue, on tue. Valérien fait un nouvel édit : Contre les évêques et

les diacres, la mort; contre les sénateurs, les titrés, les chevaliers, radiation, confiscation, mort -, contre les dames de condition, confiscation et exil *, contre les affranchis de Fempereur, réintégration sur le rôle des esclaves. C'est Tan 208. A^oilà que déjà il faut faire apostasier tout l'empire, et que même les affranchis de l'empereur suivent le Crucifié !

Valérien s'en va guerroyer les Perses. Il est pris, écorché et, pour la première fois, on tanne la peau d'un empereur romain. Gallien, son fils, restitue aux chrétiens plusieurs églises. L'empire veut plier. Les philosophes s'indignent. Quoi ! cette secte odieuse, cette secte des humbles l'emporterait î On voit apparaître deux gens de lettres, Plotin plein de vertu, Porphyre plein de talent.

Plotin était chéri des dieux et des hommes. On le disait inspiré d'un dieu ; il avait pour amis l'empereur Gallien et l'impératrice Salonine. Les chrétiens niant que Platon eût pénétré la profondeur de l'essence intelligible, Plotin lui prêta des lumières qu'il ne tenait lui-même que des chrétiens. Ainsi Platon commença d'être l'inventeur du Christianisme. Déclaré saint par l'oracle d'Apolloru, Plotin eut des autels.

Porphyre reprit la voie de Celse. Il expliqua les prophéties, nia celles qu'il ne put expliquer. Cela

HISTOfRF, DES PERSKCITIONS. I I

se fait encore. Il mit au compte de la magie les miracles de Jésus, des Apôtres et des Saints. Il demanda pourquoi le Messie, sauveur de tous les hommes, a laissé écouler tant de siècles avant de paraître ? Nos doctes exploitent toujours ces ar-

guments.

Porphyre ne laisse pas d'argumenter contre luimême. Un païen, dit-il, avait questionné l'oracle d'Apollon pour guérir Tesprit de sa femme devenue chrétienne. Apollon répondit : « Essayez plutôt « d'écrire sur l'eau ou de voler dans les airs. » Voilà ce que le savant Porphyre savait bien qu'il gagnerait.

Plotin et Porphyre ont fait leur gain et nous ont donné le nôtre. Ils nous tirèrent du sang, ce sang augmenta de fécondité. On s'habituait à raisonner, on se convertissait de plus en plus. Et les miracles du divin Plotin ne paraissaient pas moins ridicules que les arguments du sage Porphyre ; et les dieux s'en allaient, déconfits par les apologies mêmes de Porphyre et de Plotin.

Uiodéikn- Jupiter , Maximkn-Heîxule résolurent d'en finir, et travaillèrent de telle sorte qu'ils crurent avoir fini. Ils gravèrent sur des colonnes triomphales qu'il n'y avait plus de chrétiens. Ensuite, ils eurent des disgrâces. Constance et

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Galère sont déclarés Augustes. Constance était déjà chrétien de cœur. Galère voulut* que les chrétiens fussent savamment tourmentés, et qu'après les tortures on les brûlât, mais à petit feu.

Il périt lui-même de cette mort, sur le trône. Il tombait en lambeaux, comme si d'invisibles tourmenteurs avaient détaché ses chairs; un feu lent dévorait ses entrailles. Il appelait à son secours le Dieu des chrétiens. — Quelle faiblesse. Coquelet ! — Enfin, Galère s'en alla, et Maxence s'empara de Rome, tandis que Constance, mourant tranquillement à York, déposait sa part d'empire sur la tête de son fils Constantin. Le labarum apparut : In hoc signa rinces!

Lorsque Constantin lut cette promesse dans le ciel, trois siècles s'étaient écoulés depuis que le sang de Pierre Pavait écrite dans le cirque de Néron. L'histoire en est fatigante à force d'être connue. Elle prouve doublement la divinité du Christianisme ; je dis. Coquelet, la divinité. Durant ces trois siècles, le Christianisme n'a pas seulement résisté aux supplices, mais aussi à la faveur. S'il avait consenti à n'être qu'une philosophie, il montait sur le trône avec Marc-Aurèle ou avec Adrien.

Les ingénieux du dernier siècle expliquaient la folie de la croix par la folie des Abdéritairfs. Du

HISTOIRK bES PKRSKCITIONS.

temps de Lysimaque, les gens d^Abdère furent tourmentés d^une fièvre chaude qui les portait à déclamer avec la dernière véhémence divers passages de XAndromede d^Euripide. Les premiers avaient imité un acteur célèbre, et leur passion s^était communiquée à la foule. Ainsi, disaient les ingénieux du dernier siècle, le monde a pris Citte rage du martyre, qui dura trois cents ans.

C'est parfait, et Fargument du martyre est caduc î Mais comment le Christianisme a-t-il vaincu la faveur? Comment a-t-il résisté à ces bons princes qui lui ouvraient la cour et les temples? Vous expliquerez cela comme vous pourrez, Coquelet, ou vous le ferez expliquer par d'autres. En vérité, le fin Renan ne serait pas de trop I

Il restait une épreuve à subir. On avait passé par la prospérité sous Constantin, par des difticullés nouvelles sous ses fils hérétiques. Un homme apparaît avec le dehors d^un philosophe, dissimulé comme Tibère, sanguinaire comme Néron, fou comme Héliogabale, plus redoutable qu'eux tous, car il est apostat, et il a l'orgueil et la rage de rhomme de lettres. Dans ce seul homme, le Christianisme voit sur le trône tous les adversaires qu'il a successivement rencontrés.

Que fera Julien ? Une sottise. Pour mieux abat-

tre le Christianisme, il recommande aux païens les vertus chrétiennes. Alexandre Sévère et Gallien avaient donné ce conseil. Or, le paganisme n'était plus le mystère, ni la poésie, ni la force : si on lui ôtait encore le vice, autant valait se faire baptiser! Julien en persuada même ses prêtres. Le paganisme lui dut un dernier vernis de ridicule, l'Eglise une arrière-tioraison de martyrs, la littérature des pages pleines d'ennui. Ce brillant résumé de tous les adversaires du Christ passa vite et fut sifflé.

^^oilà, mon Coquelet, les princes de Tantichristianisme; voilà tout Part du monde contre la Croix. L'histoire ne vous offrira partout que l'une ou l'autre de ces premières figures, souvent amoindrie. Néron, Héliogabale, Adrien, Plotin , Porphyre, Julien -, férocité, ruse, orgueil, mensonge, mêmes caractères, mêmes moyens, même résuhat. La férocité rencontre les martyrs, la ruse et le mensonge suscitent les docteurs, la force est vaincue, l'orgueil est sifflé.

Pour conclure, cher Coquelet, vous êtes en mauvaise compagnie. Il n'y a pas que des tigres dans vos quartiers, il y a aussi des renards, et ce n'est pas le pire : la sottise abonde. O chevaliers de l'esprit humain, quel carnaval d'infirmités que toute votre politique et toute votre littérature I

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