‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 146 sur 230 · ANNA-MARI A, SERVANTE DE DIEU · texte numérisé non relu

ANNA-MARI A, SERVANTE DE DIEU

vêlaient à son regard avec leurs circonstances les plus étendues.

Il suffisait d'un coup dYeil : Tobjet qu'appelait sa pensée se montrait et elle savait. Elle voyait le monde entier comme nous voyons la façade d'un édifice. Aussi bien que les individus, les nations lui apparaissaient ; elle discernait les causes de leurs maux, les remèdes qui pouvaient les guérir.

Par ce miracle permanent et sans limites, la pauvre compagne de Domenico Taïgi devenait un théologien, un docteur, un prophète. Le miracle dura quarante-sept ans. Jusqu'à sa mort, Thumble femme put lire dans le mystérieux soleil , toujours présent.

Jusqu'à la mort, elle n'y porta le regard que pour la gloire de Dieu, quand la charité le voulait, quand l'obéissance l'exigeait. S'il apparaissait une chose qu'elle n'eût point cherchée et qu'elle ne comprît point, elle s'abstenait d'en demander l'explication.

Des pauvres, des grands du monde, des princes de l'Edise venaient lui demander conseil ou secours. Ils la trouvaient aux humbles soins de son ménage, souvent malade. Elle ne refusait

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ni son dernier morceau de pain , ni Theure la plus précieuse de son temps, et n'acceptait ni présents ni louanges.

Les plus puissants patrons ne purent la décider à faire sortir ses enfants de la condition où ils étaient nés. A bout de ressources, elle avertissait Dieu ; Dieu envoyait alors le nécessaire. (( Souvent nous avons vu la misère de près, disait son mari, mais rien n'a m.anqué. »

Elle trouvait bon de vivre ainsi au jour le jour, comme les oiseaux , et de n'avoir d'autre grenier que celui du Père céleste. Une reine réfugiée à Rome la pressait d'accepter de l'or. — Madame, lui dit-elle, je sers un maître plus riche que vous.

Elle touchait les malades, et ils étaient guéris ; d'autres guérissaient par ses prières ; d'autres , avertis de leur tin prochaine, mouraient saintement. Elle faisait de grandes austérités pour les Ames du Purgatoire, et ces Ames délivrées venaient la remercier.

Elle soutirait dans son corps et dans son âme. Sans cesse attirée au ciel par la véhémence du désir, sans cesse ramenée et clouée sur la terre par les mille poids de la vie, perpétuel déchire-

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ment ! Mais elle savait qu'ainsi le voulait Dieu.

Elle savait qu'elle expiait pour les autres, que Jésus l'associait à son sacrifice, qu'elle était victime avec lui. Les douleurs de Taniour divin sont d'ineffables ivresses. Après la communion , parfois elle tombait comme foudroyée, toujours elle entrait dans un long ravissement.

A vrai dire le ravissement ne cessait pas, car la présence de Dieu ne cessait pas... Délaissée, elle le savait là pourtant -, et toute souffrance lui était douce parce qu'elle venait de lui et conduisait à lui. Don de Tamour, don éternel !

Elle allait ! les pieds en sang, la tête rayonnante, elle suivait sa voie royale. Elle ne se détourna pas, ne se reposa pas, ne se ralentit pas, et, tout au contraire, la rigueur de sa pénitence croissait en même temps que déclinait sa vie. Le monde ne verra rien de comparable à la beauté des Saints.

Rien ne sera plus haut que ce détachement souverain de toutes les choses terrestres , plus généreux que cette acceptation constante de la douleur au profit d'autrui, plus sublime que ce travail pour approcher de la ressemblance de Dieu, non dans sa gloire, mais dans ses oppro-

bres. Et, en courant aux opprobres, ils atteignent la gloire, ils remportent des victoires divines, ils distribuent des grâces de salut.

Les Saints vivent d'une vie entièrement supérieure. Ils sont libres. La terre et le monde n'ayant plus de séductions qui les attirent, n'ont plus de chaînes qui les lient. Ils contemplent des merveilles que nos yeux ne voient pas, ils entendent des harmonies qui ne descendent pas à nos oreilles. Que peuvent être nos voluptés, comparées aux délices de ces âmes dont la conversation est avec Dieu ?

En vérité , Dieu nous a placés dans un exil magnifique; et la terre, quoique punie à cause du péché de l'homme, est encore pleine de splendeur et de joie -, mais le trésor sans prix, l'ornement incomparable de la terre, c'est la sainteté. Jésus y a laissé cette plante arrosée de son sang divin.

Justiis ut palma Jlovebit . Le Saint s'élève comme un arbre qui donne de l'ombre, des fleurs et des fruits; et le sol qui le porte se pare de beauté et se remplit de douceur. La bouche du Saint annonce la sagesse, et sa langue publie la justice. Le Sain^ bâtit sur le roc, et il n'est plus de torrents qui puissent emporter ce qu'il a édifié.

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