ANNA-MARI A, SERVANTE DE DIEU
Par la véhémence du saint désir, l'âme s'était arrachée de sa prison.
ANXA-MARIA, SERVANTE DE DlbU.
A Santa-Maria-della-Vitioria, se font chaque année de solennelles actions de grâces pour la délivrance de Vienne par les armes de Jean Sobieski. L'église est de marbre et d'or. On y voit appendus les étendards pris sur les Musulmans.
Dans cette belle et gracieuse église, je voudrais une chose de moins et une chose de plus. Je voudrais expulser le chef-d'œuvre du Bernini, qui frétille au-dessus de Tun des autels, ce fameux groupe de sainte Thérèse et du prétendu Amour Divin. Qu^on le vende à quelque Russe ! Il serait mieux d'en faire de la chaux.
Je souhaiterais ensuite qu'une inscription marc[uât le confessionnal où, durant trente années, se iCdnfessa la vénérable Anna-Maria. Ce confes-
ho LIVRE VIII. CHAPITRE X.
sionnal, c'est rendume sur quoi Dieu forgea une âme sainte, un acier plus victorieux que la noble épée de Jean Sobieski î
Dans le décret qui introduit le procès de béatification d'Anna-Maria, il est dit qu'elle fut choisie de Dieu pour lui attirer des âmes, pour être une victime d'expiation, pour détourner de grands malheurs par la vertu de ses prières :
« De nos jours, quand la conjuration de Tor- (( gueil de Thomme et des puissances infernales (( s'est élevée contre les fondements de TEglise et c( contre ceux mêmes de la société civile, Dieu a « opposé une simple femme aux flots débordants (( de rimpiété. Tl a employé à cette œuvre Anna- « Maria-Antonia-Gesualda Taïgi. »
Celle dont le nom inconnu fut ainsi annoncé au monde, vingt-cinq ans après sa mort, était, par sa condition sociale, un peu moins qu'une « simple (c femme. » C'était une indigente, mariée à un serviteur inférieur du palais Ghigi.
On la voyait par les rues, vieille, infirme, allant visiter Notre-Seigneur dans une église ou sur un lit de souffrance. Sa pauvreté correcte, un certain éclat de majesté, un certain regard des passants excitaient l'attention. L'étranger entendait dire avec respect, parfois avec dérision : c'est la Sainte î
ANNA-MAKI A. t.b:RVANTI:; \)K DlliU. Ol
A Rome comme partout, lesSaims rencontrent la double épreuve de l'admiration et du mépris. Ils redoutent la première, ils aiment la seconde ; ils franchissent l'une et Tautre, radieux d'humilité. La pauvre Anna-Maria n'avait pu faire qu'elle ne devînt un des grands personnages de llonic.
Elle possédait le don des miracles. Elle répandait niagniliquement autour d'elle la guérison, la consolation, la lumière. Elle ne demandait pour elle que d'obéir, d'aimer, de soufirir. Elle vivait du travail de ses mains.
De nombreux témoins ont attesté les splendeurs de cette noble vie. La vie des Saints î Dieu présent, visible, agissant; la nature partout vaincue. Et en même temps, ici, les vulgarités de la plus chétive existence populaire !
C'était une Thérèse, une contemplative, une vraie amante. Mais point de cellule. Un mari à servir, grossier quoique honnête homme ; beaucoup d'enfants, mille soucis, des maladies fréquentes, des ennemis, des calomniateurs.
Elle gouvernait sa lourde maison dans l'ordre, et dans la sainte joie. L'indigence y demeura, la misère n'y entra point. Anna-Maria convertissait
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ses ennemis, pardonnait à ses calomniateurs, savait être toute et toujours avec Dieu.
Elle avait été belle et brillante. Elle n'attendit point que cette fleur tombât. Appelée, elle se rendit. Dieu l'emporta aussitôt à Tamour, à la lumière, à Textase. Il lui donna la soif du sacrifice, Tintelljgence de la douleur, la contemplation de la vérité.
Il satisfit sa charité, qui lui demandait la guérison des malades -, il ajouta la science de la religion, et la connaissance du passé, du présent et de Tavenir , pour favoriser cette charité qui lui demandait encore et surtout la conversion des pécheurs.
Les dons intellectuels lui étaient départis par un miracle sans exemple. Peu de temps après quelle fut entrée dans la vie parfaite , elle vit apparaître un globe d'or mat qui devint un soleil incomparablement lumineux , où elle .voyait toutes choses.
Elle savait avec assurance le sort des défunts. Son regard allait aux extrémités du monde, y connaissait des personnes qu'elle n'avait jamais vues, et les pénétrait jusqu'au fond de l'âme. Les choses accomplies, les choses futures se ré-