COQUELET L:T SON PARADIS
Chose effrayante, la quantité de gens en ce monde qui consomment la vie en récitant du Buloz et du Havin, sans presque changer le style ! — Et toutefois la nature humaine persiste : il faut un paradis !
Ils sont émerveillés d'eux-mêmes et de « leur temps » ; ils trouvent qu'on leur a fait la terre trèsaimable et qu'ils y sont très-beaux. — Mais ils veulent un paradis, un monde surnaturel, purgé de toute horreur -, un lieu d'ordre, de repos, de paix ; un idéal de perpétuelle joie.
En vain la locomotion, la politique, le théâtre et le reste sont à la portée de chacun ; en vain toutes les rues sont munies de trottoirs et le gaz allumé partout : on n'est pas bien, on ne voit pas clair, on s'ennuie; le besoin d'un paradis se fait sentir î
J'allais argumenter Coquelet sur ce sens qui le tourmente. Mais deux soucis l'absorbaient : le vent sifflait un air de danse violent, et l'élu du paradis futur avait le mal de mer comme dans l'ancienne humanité.