UNE PROFESSION RELIGIEUSE. I :> I
« — Oui, en me conliant à la miséricorde de Dieu ! Et TEvêque, à son tour, s'écrie : Deo gi\itias. Grâces à Dieu î Et les chants recommencent. Avez-vous entendu cette voix forte d'un enfant ? Avez- vous entendu ?
cf — J'ai vu, disait-elle, ce palais du monde, et c( sa pompe ne m'a pas éblouie*, j'ai vu ce royaume, ti j'ai vu son sceptre, sa pourpre, ses parures, et je K les ai méprisés, contempsi. » Et pourquoi ce mépris, dis-nous, mon enfant ? pourquoi ce dédain?
(( — C'est que Jésus-Christ est le vrai Roi et c( Seigneur. A lui désormais tous mes regards, t( toute ma tendresse, toute ma foi, tout mon c( am.our : Quon vidi, quem amavi, in quem crec( didi, quem dilexi. »
(f Donnez-lui donc le vêtement du nouvel homme, la ceinture des forts, la robe d'immortalité-, mettez sur ses épaules le joug du Christ, suave et léger, et :ouronnez son front du voile. Ce voile, ont dit les anciens, c^est la mitre de liberté, le signe de l'afFran- :hissement, le Casque du salut : Allez ainsi parée, ainsi armée, à votre Roi.
« Et maintenant, voyez battre cette poitrine, et ce cœur surabonder de joie. Les paroles échappent de ses lèvres. Douces et bonnes paroles : Eructavit
cor meiim verbum boniim! Elle veut parler au Maître, au Roi, et pourquoi ? Elle a des œuvres à lui raconter, de grandes choses à lui dire : Dico ego opéra mea Régi.
« Et quelles sont vos œuvres, ma fille? vous êtes à l'écart, dans Tombre, inutile. Les actifs sont ailleurs, les utiles sont dans le monde. L'un mènera ses troupeaux dans les herbes et remplira ses étables ; l'autre fourbira son épée ; un autre montera sur les rostres de Téloquence. Mais vous, que serez-vous ?
ff Soyez du moins la femme forte ; elle a choisi la laine et le lin, elle donne du butin à ses esclaves, des mets à ses servantes \ elle mesure le champ et Tacheté ; elle tisse des étoffes et vend des ceintures aux Chananéens. Mais vous , que faites-vous et où allez-vous?
« — Je vais au Calvaire -, une secrète harmonie m'y pousse, un écho m'y appelle; je cours au Christ harmonieux, Christiis vnisicus. Le luth est dressé, les cordes sont tendues, clouez, fixezles : cordes vives sur un bois sanglant ! Frappez, frappez, bourreaux ! Quel son, quelle divine har-
Ce sont les sept paroles d'abord, puis les gé-
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missements de F Eglise, les voix de la solitude, les chants de la terre qui vont se mêler aux cantiques des cieux. J'ai entendu, j'ai vu, j'ai cru, j'ai aimé ! Et c'est pourquoi j'ai choisi d'être inutile et oubliée dans la maison de mon Seigneur Jésus-Christ ; Ele^'i abjecta esse in domo Domini mei Jesu Christi.
(( Non, vous ne serez pas inutile , ma îille \ mais vous serez un supplément au monde, comme Ta dit un de vos pères, orbis supplément um. Le monde a de grandes défaillances, le péché y fait des brèches, le mal y creuse des vides, et c'est pourquoi les jours s'abrègent, les nuits ont moins de repos, les pluies tombent en torrents intempestifs, et des déaux brûlent les sillons. C'est vous qui suppléerez à ces défaillances.
« De plus, vous êtes un complément de la création, et par vous le Ciel sera plus bénin, la rosée plus fraîche, la moisson plus abondante.
ce Mais j oubUais ce monde moral qui a bien plus besoin que vous lui veniez en aide pour le suppléer et le compléter. Car là surtout sont les grandes défaillances-, là sont des jours sans lumière, des nuits sans sommeil. Voyez tous ces vides , n'oubliez aucune souffrance , n'oubliez ni le monde , ni l'Eglise , ni les pasteurs , ni les
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pasteurs, ni les troupeaux; répandez sur tous le trésor de vos prières... »