‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 173 sur 230 · NE PROFESSION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

NE PROFESSION RELIGIEUSE

Une jeune fille de Rome a fait profession chez les sœurs del Bambin Gesii, qui prennent soin des enfants. La cérémonie est touchante. La nouvelle religieuse, modeste et assurée, était charmante sous la couronne de fleurs. Sa voix douce sonnait le plus gracieux italien que j'ai entendu : bocca romana.

La fête était présidée par le cardinal sous-doyen du Sacré-CoUége ; deux autres cardinaux y assistaient. Il y avait grand et noble auditoire de Français et de Romains, car la jeune religieuse appartient aux deux nations. On va croire qu'elle est au moins princesse. Oui, à présent, très-grande princesse, épouse d'un très-grand Roi. Mais, ce matin, elle était simplement mademoiselle Sauve, fille du propriétaire de la Minerve,

Après la cérémonie, colla^ione générale, présidée par les trois cardinaux. Jusqu'à midi, le mo-

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nastère a tenu table ouverte de chocolat, café, glaces et bonbons. La prise d'habit est un baptême, la profession un mariage, le monastère une maison dhospitalité. Pendant la collation, grande distribution de sonnets et autres poésies. A Rome, il est facile de se procurer des sonnets. Ceux-ci exprimaient des pensées délicates en vers fort bien tournés.

L^évêque de Tulle jette ses paroles au vent et ne les retire point à lui, après qu'il les a jetées. Elles sont recueillies ou elles ne le sont pas, peu lui importe. Un jour, expliquant le sens de la profession religieuse, il laissa tomber cet hymne enflammé :

(( La grâce du baptême est un premier degré de vie supérieure. Quand une première fois l'enfant traverse les champs de la terre pour venir à Téglise, sa nourrice porte un noble fardeau. Cependant une faute flétrit cette créature privilégiée.

(( Ramené de l'église dans les bras de sa mère, Penfant n'a pas cessé d'être son fils, mais, de plus, il est devenu le fils de Dieu • il a grandi, il est anobli et cette noblesse lui était nécessaire.

« Nous connaissons une chose plus excellente encore, une vie plus haute et plus noble, un second

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baptême. L'Eglise le propose, mais ne l'impose pas *, c'est un conseil, non un ordre. Aux plus généreux elle offre ce but; nul n'est contraint.

(( Un jeune solitaire allait entrer dans cette forte milice. Il voit qu'on fait les apprêts d'un baptême, qu'on prépare un habit angéiique ; il s'étonne et dit à un vieillard : (c Mon père, on ignore peut-être

que je ne suis pas catéchumène. «

— (( Non, mon fils, répond le vieillard. C'est un « second baptême auquel on te convie. Ceux qui (c n'ont reçu que le premier sont grands sans doute, (c mais ils ne sont qu'au premier degré \ ils sont (c moindres, ils sont inférieurs, ils sont dans la vie (( vulgaire et commune. )>

(( Je sais qu'il est possible, qu'il est facile même, en restant dans le siècle, de monter au ciel. Je connais la dignité des préceptes *, toutefois ce sont des préceptes. Aussi l'Eglise commande^ presse^ insiste *, au besoin elle forcera : Compelle intrare.

ce Mais le champ des conseils est libre, on y entre avec transport, on se présente avec des chants, des acclamations, des lumières. Cependant l'Eglise reste calme. Elle prend même un ton sévère. L'Evêque adjure qu'on lui dise vrai : — Est-ce Dieu qui vous amène ? Etes-vous digne ? Etes-vous en volonté de persévérer ?

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