LES GUIDES DANS ROME
Lks Cksars et li;s Antonins , par le comte Franz de Ghampagny, sont le résultat d'une profonde étude de l'antiquité romaine , éclairée par une foi vive et par un sens politique parfait. On y apprend plus que Thistoire de Rome, et ces livres si sérieux sont écrits avec toute la vivacité qu'un homme de mérite pourrait apporter dans la discussion des questions modernes.
Les Sept Basiliques, par Th. de Bussière, racontent les richesses accumulées dans ces temples illustres. Le modeste savant n'a voulu que dresser un catalogue; mais son travail volontairement aride laisse deviner une main pieuse et un cœur ému.
Le meilleur livre sur Rome est aussi Tun des moins connus. Je veux parler de VEsquisse de Rome chrétienne, par M. l'abbé Gerbet, évêque de Perpignan. Publiés sans bruit, à longs intervalles, les deux volumes de VEsquisse de Rome chrétienne sont à peine moins ignorés des catholiques eux-mêmes que du grand et épais vulgaire qui a dévoré en quelques mois les éditions de certain pamphlet lancé pour frayer la route à Garibaldi. Get empressement autour d'une fangeuse pasquinade et cette indifférence pour un noble chef-d'œuvre caractérisent l'époque. L'époque ne veut pas admirer, ne veut pas aimer, ne veut pa^
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voir : noliiit inteUigere iit bene ageret. Et les pasquins et les faquins sont ce qu^il lui faut. Mau-
La postérité, s'il y en a une pour cette époque, mettra les choses à leur place. Le livre de Mgr Gerbet brillera dans la glorieuse élite des modèles de l'érudition littéraire, également honoré des savants, des poètes et des sages. Sous ce modeste titre di Esquisse, on reconnaîtra le plus noble et le plus vivant tableau de Rome chrétienne.
Rome, notre Rome, est vivante dans ces pages toutes vibrantes de ses profondes et majestueuses harmonies. L'auteur ne possède pas seulement les connaissances variées de l'historien et les sûres lumières du docteur catholique*, il a encore, au degré le plus éminent, le don de Tartiste, ce sens exquis et rare qui pénètre les choses, qui en saisit les secrètes beautés et qui les livre à nos regards. Il nous rend compte du charme mystérieux de Rome, il l'accroît en le divulguant. Sa langue est digne des majestueuses douceurs de la ville sainte : c^est une langue sereine, mélodieuse, admirablement pure, dont le caractère fondamental \ est la grâce, mais qui atteint sans effort et comme j naturellement à toutes les hauteurs. Nous n'avons point aujourd'hui d'écrivain plus parfait que Mgr révoque de Perpignan, et jamais la poésie de
KTUDE AU COLISKE.
Rome n"a eu d'interprète qu'on lui puisse coniparer.
ETUDE AU COLISEE.
Dans le Colisée, assis à Tune des stations, j^observais l'attitude des passants. Je m'attachais à deviner ceux qui étaient chrétiens et ceux qui ne l'étaient pas. J'en jugeais lorsqu'ils passaient devant la croix.
Il passa un petit bourgeois , de ceux qui ont une boutique et qui font leurs affaires : il ôta son chapeau et fit le signe de la croix -, la foi est vivante. — Un bourgeois plus riche : il se contenta de saluer^ la foi n'est pas morte. — Un orfèvre du Corso : nul signe. Je m'y attendais; r orfèvre parle plusieurs langues.
Un Anglais, deux Anglais, trois Anglais, une bande d'Anglais avec leurs Anglaises en jupes retroussées, mornes et les yeux sur le ^iiide : ils ne virent ni la croix, ni le monument, ni rien;
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ils lurent Tarticle du Colisée , donnèrent un coup de crayon sur la page , cueillirent un brin d'herbe qu'ils annotèrent, et s'en allèrent, mornes comme ils étaient venus. Je les avais vus la veille à Sainte-Marie du Peuple, aussi mornes; le m^atin à Saint-Pierre, toujours mornes*, je les verrai demain ailleurs. On les voit partout, mornes partout.
Un homme de la campagne : il se découvrit et baisa la croix. — Une femme du peuple et deuxpetites filles : elles tiéchirent le genou et baisèrent la croix. — Deux jeunes filles romaines : elles babillaient avec tant de chaleur qu'elles dépassèrent la croix sans la voir, mais elles revinrent sur leurs pas, montèrent les degrés et posèrent leurs lèvres sur le bois, sans cesser de discourir.
Un vieillard, pauvre et infirme, mais non pas mendiant : il tira péniblement son chapeau, monta les degrés , non sans eflbrt , se mit avec peine à genoux, dit Pater et Ave, et baisa la croix. Comme il prenait ses précautions pour descendre, une dame, une Française, le soutint respectueusement. Ensuite elle s'agenouilla où le pauvre s'était mis à genoux, pria comme il avait prié, toucha de son front la place qu'avaient touchée ses lèvres. Auprès d'elle priait son mari. Mais ceux-ci, quand je les vis entrer, ne m'avaient rien laissé à deviner.
LLS CATACOMBLS. -O l
D^autres regardaient la scène, d'autres Français. Leurs regards exprimaient un certain étonnement; ils ne se défendirent point un certain sourire, bientôt réprimé quand ces chrétiens passèrent près d'eux. Ils saluèrent les chrétiens, mais ne saluèrent pas la croix.
Je vis passer une femme du peuple, accompagnée d'un grand jeune garçon d'assez mauvaise mine. Elle s'agenouilla et baisa la croix. Le grand garçon s'arrêta nonchalamment, ne se mit point à genoux, ne se signa point, ne se découvrit point. Au regard désolé que cette femme jeta sur lui, je vis qu elle était sa mère. Elle reprit son chemin en silence, il la suivit. Que pcnse^-vous que deviendra eet enfant ?