‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 201 sur 230 · VOUS · texte numérisé non relu

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Aglaé ne l'entendit point et le reprit de plaisanter sur un pareil sujet. Cependant Boniface s'éloignait tout autre qu'il n'avait été. Pour se rendre digne de toucher les membres des martyrs, il tit le vcy^age en pénitent, joignant aux jeunes la prière et les larmes.

Il vint à Tarse en Cilicie, où Simplicius, flattant la furie des empereurs, persécutait les serviteurs de Dieu. Sans arrêter, envoyant ses équipages à l'hôtellerie, Boniface se rendit seul

au palais. Simplicius, occupant son tribunal, faisait cruellement tourmenter une troupe de chrétiens.

Ils étaient au nombre de vingt, souffrant divers genres de supplices. Le peuple regardait plein d'épouvante ; les martyrs resplendissaient de sérénité. Boniface marcha dtoit à eux, les embrassa et s'écria : « Qu'il est grand, le Dieu des saints martyrs ! » Le gouverneur, irrité, lui demanda qui il était? Il répondit : « Je suis chrétien. »

Aussitôt il fut soumis aux tortures les plus savantes. Lui, après avoir imploré le secours du Christ, demandait les prières des autres martyrs expirants. Le peuple, admirant sa constance, s'indigna contre les bourreaux, et s'écria : (( Qu'il est grand, le Dieu des chrétiens ! »

Le lendemain, le gouverneur, voyant que les tourments ne pouvaient vaincre ce saint martyr, lui fit trancher la tête. Boniface pria pour la rémission de ses fautes et pour la conversion de ses persécuteurs. Sa prière finie, il reçut le coup de la mort. !

Cependant ses gens le cherchaient par la ville, lorsqu'ils apprirent qu'un étranger avait été dé-,-

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LA GRACE DU MARTYRE. 2^ t

capité pour le nom du Christ. Ils reconnurent son tronc et sa tête et les achetèrent au prix de cinq cents pièces d'or. Puis, emportant ces précieux restes et rendant gloire à Dieu, ils reprirent le chemin de Rome.

Aglaé, instruite de tout, bénit en pleurant le Christ victorieux. Avec la sainte audace d'une amie et même d'une épouse, elle rassembla en grand nombre des fidèles et des prêtres, et portant des flambeaux et des parfums, ils allèrent ensemble au-devant du corps sanctifié. Ils le rencontrèrent à quelque distance des murs, sur la voie Latine. '

En ce même lieu, la patricienne déposa les reliques de Boniface, et elle y éleva un oratoire digne de Tamour nouveau dont son cœur l'honorait. Glorifiant le nom de Jésus-Christ, elle affranchit ses esclaves , distribua ses biens aux pauvres et se condamna au joug de l'humilité. Après quinze années de pénitence^ elle mourut dans la grâce divine et fut ensevelie auprès du martyr.

Par la suite , les reliques de saint Boniface furent transportées au mont Aventin, dans l'église qui porte le nom de Saint- Alexis. Les deux Saints sont placés sous le même autel, le héros

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de la virginité angélique à côté du héros de la pénitence, redevenu ange par le baptême du sang, angelicatus homo.

Sur TAventin fleurissent d'autres églises trèsantiques. Sainte-Sabine , avec son illustre couvent de Frères-Prêcheurs, en est le joyau. Par la vertu de sa servante Séraphie, la patricienne Sabine fut amenée au culte du vrai Dieu, et la servante et la maîtresse obtinrent le martyre. Un prêtre de l'IUyrie leur éleva cette belle église.

Là, saint Grégoire-le-Grand a prononcé plusieurs de ses homélies dictées par la colombe ; là, vécut saint Dominique*, là, saint François, saint Thomas Beckett, saint Pie V ont habité ; là, pria sainte Catherine de Sienne, cette Jeanne d'Arc plus lumineuse, triomphante par le glaive de la parole. Comme un manteau d'or semé de diamants, Thistoire chrétienne couvre partout la vieille infamie du sol païen.

LWventin était une montagne de honte. Non loin du bois obscène qui entourait la fontaine des Faunes, on y célébrait les mystères ignominieux de la bonne déesse. Le sang des martyrs et les larmes des vierges ont emporté ces souillures.

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O sang, ô larmes, ô prières, vous délivrez l'àme captive dans une prison de boue, vous lui rendez la vue du ciel , vous lui en ouvrez le chemin î Que cette histoire du martyr Boniface est profonde î Comme on y sent cette divine nostalgie de Tâme qui a exilé mais qui veut revenir! Et quelle que soit sa faiblesse, quoi que fasse Tennemi, armée seulement de son bon désir, elle reviendra.

Ecoutez l'humble et forte réponse d'un pécheur. Par faiblesse, transgressant la loi de Dieu dans ses œuvres, il ne voulait pas du moins Tabjurer.

On lui disait : « Vous et la plupart des vôtres, vous êtes vaincus. Cette loi austère du Christ, elle est trop dure aussi pour vous, et vous ne l'observez pas. Au fond, vous aimez nos délices, elles vous ont enlacés, elles vous ont désarmés. Vous êtes pêcheurs. )>

(( — Oui, dit-il, mais nous en gémissons, et nous condamnons, et nous obtiendrons de Dieu cette grâce , de ne point nous laisser ignorer que nous avons besoin du martyre.

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