AUTRES FIGURES DE PÈLERINS. — CINQ ÉVÈQUES
C'était soQs la Restauration, cependant-, mais la Restauration ne se proposait pas de restaurer la liberté de l'Eglise. Elle eut tort! Louis-Philippe voulut maintenir la barrière monarchique entre Tépiscopat et le Pape. Journellement franchie, la barrière finit par tomber le 23 février 1848. M. Rouland, présentement ministre des cultes, entreprend de la relever. Il insinue que les évêques qui voudront se rendre à Rome sans y être ce appelés par les besoins de leur diocèse, » devront en solliciter l'autorisation par-devant son bureau. Les gouvernements n'apprennent pas vite! Le nôtre se vante d'aimer Pétude, mais il néglige de s'instruire dans la religion de la majorité des Français. L'évêque reçoit de Pierre l'abondance de la vie surnaturelle, pour la répandre dans les âmes que Jesus-Ghrist lui a confiées-, donc, qu'il n'y ait point d'entraves entre l'évêque et Pierre, à qui furent données les clefs des cieux. Tel est le grand et permanent u besoin du diocèse. »
Ce que l'esprit gouvernemental veut ignorer, l'esprit catholique le veut savoir. Voilà pourquoi nous voyons de toutes parts les évêques se rendre auprès du Pape. Ce n'est pas l'obéissance qui les pousse, le seul amour les attire. Le Pape n'a point donné d'ordre, il n'a exprimé qu'un vœu ; ils accourent, tous les obstacles doivent céder. Le monde s'en étonne, et je conçois l'étonnement du
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monde. Le monde n'obéit plus qu'à la force. Mais nous qui ne sommes pas du monde et qui vivons dans les anciennes merveilles, nous pouvons nous étonner aussi. Quel chemin parcouru en trente années, et à travers quels abîmes !
Il y avait donc cinq évêques à bord du Céphisc^ un Anglais, deux Hollandais, un Polonais, sujet russe, un Français.
L'evêque anglais, déjà précédé par plusieurs de ses frères, c'est la hiérarchie anglaise rétablie par Pie IX, malgré le Parlement, malgré PEglise officielle, malgré les dissidents, malgré la presse, malgré la populace de Londres, malgré enfin ce qu'il y a de plus fort et de plus sot dans le monde. Or, la hiérarchie anglaise, ainsi rétablie, subsiste, s'enracine, se développe, triomphe de ce qu'il y a de plus fort et de ce qu'il y a de plus sot.
Les deux évêques hollandais, c'est la hiérarchie hollandaise établie par Pie IX, malgré un grand parti dans les Chambres et dans la presse, malgré le protestantisme officiel toujours acerbe, malgré le jansénisme encore vivant. Or, la hiérarchie hollandaise ainsi rétablie après trois siècles d'interruption, dont deux siècles et demi de persécution sauvage, subsiste, s'enracine, triom-
AUTRES FIGl'RES DK l'KLKRfNS. CINQ KVKQLIIS. tQ?
phe des libres penseurs, des protestants, des jansénistes.
L'évêque de Zytomir, dans la Pologne russe, est arraché au czar par Tascendant pontifical, et cela est plus extraordinaire peut-être que rétablissement de la hiérarchie en Angleterre et en Hollande, pays après tout libres et civilisés. L'évêque de Zytomir est le premier qui vient à Rome, je devrais dire en Europe, depuis le partage de la Pologne. Un autre est annoncé. Le czar s'en est laissé arracher deux. Lorsque Nicolas L'" emprisonnait TEglise catholique de Pologne dans cet étau de fer qui la déchire et Tétouffe encore, aurait-il pensé que son successeur donnerait un passeport à deux éveques catholiques pour se rendre à Rome dans un pareil moment? Nicolas ne permettait qu'à lui-même d'aller à Rome. Il sV montra dur, hautain, assuré de l'avenir. Rome lui semblait arrivée au terme, prête à disparaître devant Gonstantinople, prête elle-même à tomber dans sa main. Serait-ce la France qui soutiendrait Rome, et se mettrait entre Gonstantinople et lui! Bientôt il a vu la France, en décomposition et Rome au pouvoir de Mazzini, et il s'est dit que Pheure était venue. C'était son heure à lui qui allait sonner. Il voit quatre nations s'armer pour chasser Mazzini et remettre le Pape dans Rome, et c'est la France qui finit Fœuvre.
Il voit, sans pouvoir presque le croire, une trombe de fer et de feu s'élever de France, rouler sur lui, broyer ses vaisseaux, disperser ses camps et lui déraciner deux villes fortes. Il le voit et il meurt, prévoyant que son successeur demandera la paix. Tout cela s'est précipité en moins de dix ans. Je sais que le czar reprend ses avantages et qu'ils paraissent aujourd'hui plus grands. Attendons dix années encore. Le monde est chargé de beaucoup de constructions imposantes hérissées de canon-, mais il n'y a qu'un roc, et tout le reste est poussière.
J'ai eu rhonneur de causer avec ces divers Prélats. On ne peut imaginer une physionomie plus épiscopale et plus monastique en même temps que celle de l'évêque anglais. Il est moine bénédictin, et il a bien cet air tranquille et fort de grand vieux livre solidement fait de toutes façons.
Les deux Hollandais aussi ont un caractère marqué de bénignité robuste. On voit en eux cette belle transfiguration du flegme qui s'élève à la grandeur, s'illumine d'intelligence, se fleurit d'émotion et devient la gravité -, mais une gravité impertubable, assise en plein dans la nature. Ils me faisaient penser à la galiote insubmersible qui roule patiente sous les vagues, laissant la tempête épuiser sa furie. Premiers évêques ^.