AUTRES FIGURES DE PÈLERINS. — CINQ KVKQUES
reconnus depuis l'invasion du Protestantisme et le naufrage de la Hollande catholique, ils ont pris d'une main prudente le gouvernail de ce navire si battu du vent. Ils réparent les avaries, remettent Tordre , reconstituent l'équipage , et avisent aux coups de mer qui viennent les assaillir encore. Pour le moment, ils se louent de leur situation. Ils sont libres dans la loi qui leur est faite. Cette loi est souvent un obstacle, mais elle est aussi un r-jmpart. L'évêque élu signifie son élection, et tout est dit; qu'il vive suivant les lois de TEtat, on le laisse gouverner son diocèse suivant les lois de 1" Eglise. C'est vraiment « l'Eglise libre dans l'Etat libre, )> et il n'y a rien de mieux..., en dehors du bien. Car pour moi , je ne comprendrai jamais nos amis qui trouvent bon et même désirable que l'Etat demeure mcrédule au milieu d'un peuple en majorité fidèle, de telle sorte que les dépositaires du pouvoir soient ou dissidents, ou forcés d'agir comme s'ils l'étaient. Le fin de cette combinaison m'échappe. Je cherche en vain à découvrir comment il importe à la famille humaine que ses chefs ne puissent jamais être saints ni seulement orthodoxes. On me cite des rois orthodoxes qui ont été très-dangereux et même funestes. J'en pourrais citer beaucoup d'autres, dont Forthodoxie n'est aucunement le défaut, et qui n'ont pas laissé de gâter étrangement les af-
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faires et les ùmes. La société a vécu des œuvres des saints rois; elle a vécu, elle vit de rorthodoxie et de la sainteté des Papes , et tous les catholiques défendent le Pape contre ce dualisme politique dont on veut lui faire présent. Luimême le repousse à tout risque -, il préfère l'invasion, la spoliation, Texil, la mort. Et ses ennemis, connaissant aussi bien que lui ce qu'ils lui proposent, crient : L'T^glise libre dans l'Etat libre:
Mais enfin, lorsqu'un gouvernement se donne ce lustre de ne pas vouvoir ou de ne savoir pas distinguer entre la vérité et l'erreur, et vise à ce beau dessein d'éterniser la discorde au lieu de procurer l'union, ce qu'il peut faire de plus sage, c'est d'imiter le Hollandais.
On ne peut imaginer l'expression de cordialité , d'intelligence et de contentement attendri qui régnait sur le visage vénérable du Prélat polonais. Il était visiblement heureux. Aller à Rome I II Tavait rêvé peut-être, mais non pas espéré. Ses veux se portaient à l'avant du navire; il avait hâte de voir la terre romaine, comme s'il craignait que ce voyage ne fut qu'une caressante illusion. C'est un homme de soixante ans passés , fort instruit, parlant bien français. On le dit très-éloquent dans sa langue maternelle et en latin.
J/AMOIK DK HOMI . SOq
On entendait beaucoup parler latin sur le Céphise. Les Espagnols, dont nous avions un certain nombre, nV sont pas moins experts que les Slaves, et la conversation entre eux courait comme entre Français. En France, on ne sait pas ainsi plier le latin aux nécessités familières : le latni, chez nous, est une langue morte ; ailleurs, on l'entretient à l'état de langue vivante. C'est encore la seule langue vivante universelle. Les hommes qui causent dans une langue étrangère traitent d'affaires, se donnent des nouvelles, mais n'échangent point d'idées. L'étude des langues est en train de former un jargon européen qui sera longtemps Tun des plus pauvres idiomes que Ton ait jamais parlés sur la terre; et si FEglise ne restait point là avec son latin , le genre humain tomberait dans Tabêtissement encore par ce progrès.