‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 211 sur 230 · LE CACHOT DE GALILÉE, ETC · texte numérisé non relu

LE CACHOT DE GALILÉE, ETC

Un regret. La monnaie pontificale n'est plus pontificale. Depuis le règne de Pie IX, elle ressemble à toutes les autres-, elle porte le millésime, l'effigie du Pape, l'indication très-superflue de la valeur de la pièce, et c'est tout. Autrefois, la monnaie pontificale n'était pas à l'effigie du Pape; elle était à l'effigie de la Papauté, et elle disait des choses qu'elle ne dit plus. A Rome, comme ailleurs, Tesprit moderne de réforme est tout à la fois démocratique et autocratique, ennemi du beau, affamé d'uniformité : partout où il met la main, s'il ne peut ébranler une institution, il efface un" caractère.

^Igr Randi , délégat de Givita-Vecchia (i\ a formé une collection de monnaies pontificales qui véritablement est édifiante. La physionomie de la Papauté s'y peint d'une manière douce et auguste. Frappée à l'effigie du Rédempteur , du Saint-Esprit, de la Sainte Vierge ou des saints Apôtres, cette monnaie parle de Dieu, parle à Dieu ; elle exhorte, elle enseigne, elle prie ; surtout elle exhorte à la charité et elle donne des avertissements sur l'usage des richesses. Mgr

1} Dupuis, gouverneur de Rome.

38o LIVRE Xir. CHAPITRE IV.

Randi, aussi obligeant que savant, a bien voulu dresser pour moi un petit catalogue de ces monnaies apostoliques. En quelques pages j'ai là beaucoup de pensées , et des plus hautes , puisqu'elles sont généralement tirées de T Ecriture sainte. Mais ces textes si connus reçoivent un commentaire moral particulièrement très-saisissant de l'emploi qui en est fait. Au point de vue historique, ils marquent parfois d'un trait saillant le caractère du Pape qui les a choisis, ses craintes, son espérance, la situation de Rome et de TEglise. Calixte III, le réviseur du procès de Jeanne d'Arc, et qui se vit dans de délicates entreprisest ouchant la politique et touchant la foi , grave sur sa monnaie : Roma caput mundi, et Modicce Jîdei, quare dubitatis? Pie II, qui fit de si nobles eftbrts pour ranimer Tesprit des croisades, s'écrie : Dirige, Domine, gTessus nostros! et il adjure Dieu de prendre en main sa cause abandonnée des hommes : Vindica, Domine, sanguinem martrrum qui pro te effusus est. Léon X, préoccupé de la construction de la grande basilique, demande assistance au prince de Apôtres : Petre, ecce templum t:ium. Saint Pie V, Grégoire XIII et Sixte V disent au monde troublé : Venite ad jne omnes, et ego reficiam vos. Saint Pie A' s'en remet à Dieu : /;/ te. Domine, speravi. Grégoire XIII et Sixte V, en présence de Henri IV, allirment le pouvoir de Pierre; Grégoire : Et su-

Li: CACHOT DI. GAI.ILF.K. HIC. 3t> I

per Jianc petram; Sixte : El libi dabo clavcs. Innocent XI, qui fut en lutte contre Louis XIV et le vainquit, répond à Torgueil de la puissance humaine, partout ailleurs victorieux : Et in cœlis erit lig\itiim; et une autre fois, autour de Feffigie de la basilique de Saint- Pierre : Xon prœvalebunt ; en même ternps sa douce piété implore Passistance de la Sainte Vierge : Euuda nos in pace. Clément XI, qui condamna le jansénisme, invoque la lumière de TEsprit saint : Candor liicis œternœ.

Mais, comme je Tai dit, la monnaie pontiticale recommande surtout le mépris des richesses et Pamour des pauvres. Je recueille au hasard quelques-unes de ces sentences éloquentes :

Avant s non implebitur,

Quis paiiper? Avarus.

Frustra vigilat qui custodit.

Fœnus pecuniœ fiiniis est animœ.

Multos perdidit aurum.

Qui aurum diligit non jusiificabitur.

Non concupisces argentwn.

Tanquam lutum œstiniabitur.

Radix omnium malorum.

Qiiid prodest homini ?. . .

Noli cor apponere.

Non est pax.

Not sit tecum in perditionem.

Nocet minus ;'sur un deniei>

Satis ad nocendum (id.).

Vœ vobis divitibus !

Vœ vobis qui saturati estis!

Habetis pauperes.

Ne obliviscaris paiiperum.

Beati paupières.

Deiis charitas est.

Dabis discerner e inter malwn et bonwn.

Da paiiperi.

Date et dabitur.

A Deo et pro Deo.

Toile et projice.

Inopiœ sit supplementum.

Manum suam aperuit inopi,

Melius est dare quam accipere.

Peccata eleemosynis redime.

Peccata redime.

Utere quasi homofrugi.

Videant pauperes et lœientur.

Rogate qiiœ ad pacem sunt.

Posside sapientiam.

Prudentia pretiosior est argento.

Novit justus caiisam pauperiun.

Hilarem datorem diligit Deus.

Ramassons ces paroles en un seul discours. Voici comment la monnaie pontificale, passant par la main des riches et des pauvres , leur parlait à tous :

LE CACHOT Di: GALILEE. ETC. JbO

(( Qui est vraiment pauvre? Tavare. L'avare ne se trouvera jamais riche. Toi qui me gardes avarement, tu seras frustré. L'avarice et l'usure sont la mort de l'âme. Ne désire pas l'argent , n'aime pas For, ne mets pas là ton cœur : beaucoup se sont ainsi perdu. Que je te sois comme de la bouc. Je suis la racine de tout mal. Si tu veux te sauver, ne m'aime pas ! Que sert à l'homme de posséder l'or et l'argent, s'il vient à perdre son âme? Je ne saurais t'apporter la paix, que je ne t'apporte pas la ruine! Si je ne suis qu'une obole, je te nuirai moins *, et toutefois crains qu'une obole ne suffise à te rendre coupable. O riches, malheur à vous î Malheur à vous qui êtes pleins ! Vous avez des pauvres, ne les oubliez pas. Dieu est charité. Que la charité du Dieu vous donne de discerner entre le bien et le mal. Ouvrez la main aux pauvres; donnez, et il vous sera donné. Que je sois en vos mains le secours de l'indigence; que le pauvre me voie en vos mains, et se réjouisse. Vous avez reçu de Dieu, donnez à Dieu. Recevez pour répandre. ]\îieux vaut donner que recevoir. Rachetez vos péchés par l'aumône, rachetez vos péchés ! Demandez les choses qui procurent la paix *, a3TZ la sagesse, plus précieuse que For et Fargent. Le juste connaît la cause du pauvre; cejlui qui donne avec joie. Dieu le chérit. »

Et je trouve cela plus beau que le langage moderne" qui dit : Cinq francs.

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