‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 210 sur 230 · LE CACHOT DE GALILKE. ETC · texte numérisé non relu

LE CACHOT DE GALILKE. ETC

LE CACHOT DE GALILÉE. — L AUMONE AU VATICAN. — l'ancienne MONNAIE PONTIFICALE.

J'ai vu le « cachot » de Galilée. J'y voudrais bien demeurer ! C'est un appartement sur les hauteurs vaticanes, occupé par le R. P. Theiner, oratorien, gardien des archives secrètes. Que de précieux papiers sont là ! J'ai vu, j'ai tenu dans mes mains, la lettre autographe par laquelle le roi Louis XIV, vaincu, informe le Pape qu'il a donné les ordres pour qu'enfin les quatre articles de 1682 fussent mis au panier. Hélas! le grand roi erra grandement lorsqu'il se laissa suggérer de placer sa couronne sous la protection de ces quatre articles! La protection de Dieu, que lesdits articles lui firent perdre et dont ils lui persuadèrent qu'un roi de France avait peu besoin, aurait mieux servi sa gloire et, je pense, aussi sa postérité. Mais je reviens au ce cachot. »

La pièce principale, très-ample, très-haute, admirablement dessinée, est un salon, le mieux si-

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tue pour servir d'observatoire. Au plafond, des peintures que Ton ne remarque pas ici, où les chefs-d'œuvre de ce genre abondent, feraient chez nous la renommée d'un peintre et d'un palais. Galilée était donc tenu dans cette prison, fort au large, avec la permission de travailler... et de sortir. Je ne peux me décider à plaindre ce martyr de la (( farouche » inquisition, torturé par les (( farouches )> cardinaux. En vérité, nous sommes ornés d'écrivains et de peintres bien misérablement ignorants ou bien méchamment bêtes. Ils ne cesseront jamais de nous montrer Galilée chargé de fers, « sur la paille humide des cachots, » dessinant une figure mathématique, et disant : E pur si muore! De là plusieurs s'élancent pour me reprocher, à moi, d'avoir persécuté Galilée. Je n'ai jamais atteint d'un coup de plume aucun article de foi, ni aucun article de loi. Cependant j'ai été conliné un mois durant à la Conciergerie (sans permission de sortir , dans un appartement quelque peu plus austère: et plus tard, j'ai été privé de mon outil pour un temps indéterminé. Il m'est défendu de dire que la terre tourne... et c'est juste, puisque j'ai persécuté Galilée. Dure et affreuse chose que ce mélange de sottise, de terreur de la pensée et de cafarderie, qui s'intitule l'esprit libéral !

i.i; c\(;Hor dk galilke, etc. 377

Au pied de Tescalier qui monte au cachot de l'astronome, je vis une sorte de gouffre d'où sortaient quantité de gens, vêtus des plus étranges guenilles, hommes, femmes, vieillards, enfants., tous avec un air d^allégresse. Ils passaient devant une petite loge tendue de brocart, sous laquelle se tenait Mgr de Holenhohe, aumônier du Saint- Père. Le Prélat leur mettait quelque chose dans la main. Je m'arrêtai ; j^avais sous les yeux Tun des abus de Rome, celui peut-être qui révolte le plus Coquelet : le gouvernement encourageant la mendicité !

Une fois dans Tannée, le jour anniversaire du couronnement, tout pauvre peut se présenter à une certaine porte des dépendances du Vatican. Il y trouve l'aumônier du Pape et reçoit de sa main une petite pièce d'argent au millésime nouveau. Cela se fait d'ailleurs joyeusement et tranquillement. La foule est grande, mais il suttit d'un garde suisse à la barrière. Chacun attend son tour, passe, ouvre la main, emporte sa petite pièce. Le suisse aide les enfants et les mfirmes. On ne regarde ni à l'habit ni au visage; l'aumônier et ses assistants remplissent la main qui demande. A la sortie se tiennent les marchands de fruits et de gâteaux, qui ne font pas de

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mauvaises affaires. Oui, ces mandiants achètent des gâteaux! Je n'aurais pas voulu voir là nos économistes et nos charitains- ils auraient accusé le Pape d'entretenir la gourmandise. Pour moi, je me rappelai un (c homme de lettres » français, que je retrouvai gris deux heures après lui avoir donné quelque chose (( pour sa famille. » Il lut dans mon esprit et me dit : — « Voyons î avec votre pièce de cent sous , pouvais-je acheter une étude de notaire? » Je pardonnai donc aux mendiants romains et au Pape cette débauche de cerises et de gâteaux.

Néanmoins, je conviens qu'il y a des abus! Par exemple, des femmies, pour recevoir double aumône, portent dans leurs bras un enfant postiche. Quelque fois on ferme les yeux, quelquefois on découvre la supercherie^ elle fait rire, et Taumône n'est point supprimée à la fraudeuse, suffisamment punie de n'attraper qu'une part. En France, on l'arrêterait. Tout se fait mieux en France! Autre abus : on donne à des gens qui manifestement n'ont pas droit. J'en fis l'expérience. Je pris la file, je tendis ma main gantée, et je reçus mes cinq baïoques. i\ïais en vérité ce fut un secours pour mon âme, cette obole que le Père me donnait comme à ses plus chers enfants, les yeux fermés, sans faire d'enquête, aimant mieux croire que j'avais besoin, puisque je demandais.

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