UN ITALIANISSIME. — LE PATRIOTISME SACERDOTAL. — M^*" PLANTIER
'ai rencontré quelque chose de triste, un religieux italianissime! Il s'exprime modérément, mais la note y est. Il se convertira, sans nul doute, mais ce sera long, et cher ! Assez d'honnêtes gens, en Italie, se persuadent, comme les a.utres, qu'ils vont tout à l'heure gouverner le monde. Cette gloriole de victorieux, très-prématurée, les rend très-fatigants parfois, et leur est infiniment périlleuse. L'orgueil d'être appelés à régir Tunivers leur fait accepter même T unité. Comme ils en reviendront ! Car ils sont aussi mobiles que n'importe quel autre peuple, et d'ailleurs on y aidera. Mais le bâton seul leur pourra ôter l'amour secret de Garibaldi. Ceux mêmes qui détestent Garibaldi, l'admirent. Il faut nous résigner peutêtre à voir ce matassin passer dans les honneurs de l'histoire vulgaire , où tant de gens de bien seront par compensation diffamés. L'époque est
MVitt Xil. — CHAIMUK Vir.
pauvre, et l'on devient tacilentent un héros pour les peuples qui n'en produisent plus.
Les évèques arrivent toujours. Hier le bateau de France en a apporté quarante ; vingt-six Français, les autres Anglais. Allemands, Espagnols Demain, ce seront les Américains, au nombre de dix. On ne compte plus les prêtres. Il va un i épanouissement sur tous ces visages. Les Es- ^ pagnr.js sont nombreux. L'évêque de Tulle est charmé de les voir. L'Espagne, dit-il, est la nation des grands théologiens. Théologie à part, ils ont un. fière mine. Je leur parle de Donoso' Certes. Que n'est-il vivant et ici, avec ses veux d aigle et son cœur de colombe ! Oh ! que Dieu a de grands secrets, de nous avoir retiré un tel homme en de tels moments : — « H eût prononcé des paroles , me disait un jeune prêtre! espagnol, qui fussent devenues chez nous des hommes et des faits, et l'Espagne catholique retrouve, rait sa grandeur. «
Après iamour de saint Pierre, ce que j entends ie plus vibrer parmi ces prêtres de toutes les nations, cest l'amour du pays. Accent également plein de tendresse et de douleur.' II ^- a dans,, toutes les nations un regret de splendeur passée,^ une angoisse de mort. Rome est le cœur du Christ. ' Les peuples qu'on en sépare plus ou moins, per
UN ITALlANl:iSlME. ETC. Sq'
dent dans la même proportion la veine par où ils recevaient le meilleur de leur sang. Cette veine est au moins entravée partout, et les patries se sentent mourir. Où montrer, dans toute l'Europe, la petite nationalité qui se croie assurée de quinze ou vingt ans ? Et les grands peuples périssent eux-mêmes par l'absorption qu'ils font de leurs voisins plus petits. Ces nationalités dévorantes, en s'élargissant outre mesure, dénaturent leur langue, leurs usages, leur caractère propre ^ elles ne vivent plus de leurs traditions, elles n'ont plus leurs chefs naturels; elles s'affaiblissent en réalité, et n'opposent plus à l'ennemi que des bras incertains et des frontières molles. L'énergie du patriotisme succombe avec l'énergie de la îfoi -, tout tend à ne former plus bientôt que des masses artificielles, au lieu de corps vivants. Ne nous plaignons qu'à demi, puisque l'Eglise refait son corps, plus vaste et plus lin qu'on ne Ta jamais vu. ^lais il y aura des temps, peut-être des siècles durs à passer I
A Sainte-Brigitte, priant dans le lieu où la Sainte elle-même a prié, j'ai rencontré un prêtre originaire des pays Scandinaves. — Hélas! me dit-il, cette maisoii, que Brigitte avait fondée pour les pèlerins suédois , n'est plus à nous -, et dans nos pays mêmes , alors si fiers et si généreux, rien de ce qui en faisait la force et la beauté n'existe plus. Quand nous avions des églises: et
398 LIVRE XII. — CHAPITRE Vil.
des monastères, et des Saints, nous avions aussi des législateurs et des héros. Depuis notre rupture avec le Vicaire du Christ, nous descendons sans cesse, le gouffre moscovite nous engloutit. Brigitte est la plus grande figure de femme qu'ait produite notre race brisée par le protestantisme. Qui nous relèvera et nous sauvera ? Priez pour nous!
Il est une autre parole que nous entendons souvent des évêques et des prêtres étrangers : « Si la France avait voulu ! Si elle avait pris en main la cause de l'Eglise! Si, offrant son appui à tous les catholiques du monde, elle avait entrepris le grand redressement des torts et des sévices de rhérésie et de l'incrédulité envers les peuples rachetés du sang de Jésus-Christ î Alors, quel cri d'admiration, quel irrésistible entraînement d'amour dans le monde! » Telle a été un moment l'espérance de TEglise. Oui, les jours de Charlemagne semblaient pouvoir renaître sur un théâtre agrandi aux dimensions de la terre. Voilà qui est cruel à penser, en présence de ce que Ton ti voit et de ce que Ton attend. Et nous trouvons ici, nous autres Français, une sorte de louange rétrospective particulièrement amère pour nos cœurs, pleins de l'amour de Rome et de l'amour de la patrie.
UN ITALIANISSIME, ETC. -^QO
Notre nombre nous console un peu. Il y a des nations malheureuses ! D'Italie il ne vient que des exilés. Un seul évêque piémontais : il a pu faire le voyage parce qu'il n'a pas de siège , et que cet acte de piété ne compromet que lui. Il ny a pas, il n'y aura pas un seul Portugais!...
Mgr Plantier, évêque de Nîmes, est arrivé, accompagné de son vicaire-général, le R. P. d'Alzon et de soixante de ses prêtres. L'austérité de son visage, où se peint une âme vigoureuse dans " un corps souffrant, attire d"abord le regard. L'on devine que c'est Qiielquun. Et lorsque Ton sait son nom, ces traits fermes, cette teinte de marbre doré par le soleil, ces yeux de flamme paraissent exprimer comme il faut l'énergie de son caractère et de son talent. Il est de ceux que l'on entoure dès qu'ils se montrent -, Français et étrangers se font un devoir de lui prodiguer les marques de reconnaissance et de respect. Au palais Altieri, un Prélat espagnol demandait son nom. — Notas in Israël ! dit-il, et il se hâta vers Tillustre et modeste athlète.