‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 217 sur 230 · PALAIS PAMPHILI. — M^"" DE DREUX- BREZÉ. 4O I · texte numérisé non relu

PALAIS PAMPHILI. — M^"" DE DREUX- BREZÉ. 4O I

mes du sol , chefs de la famille , se regardaient comme des dépositaires, et ne donnaient leurs soins qu'à ce qu'ils devaient transmettre. Ils faisaient des murs qui pussent durer. Là-dedans, un lit quelconque, une table quelconque, des sièges quel. conques leur paraissaient assez bons. Le palais Pamphili contient ce quelconque. C'était l'ancien usage de Rome, encore gardé chez le Pape : beaucoup à la • magnificence, rien au luxe. Le mobilier du Vatican semblerait intolérable à un souspréfet. A présent le luxe arrive, la magnificence s'en va. Il s'élève dans Rome des maisons à l'usage des étrangers, qui semblent avoir été apportées toutes faites et toutes meublées de Batignolles ou de Clignancourt. Dans la via Fi^attina, rue alignée, et, chose merveilleuse, sans église. Coquelet a trouvé une de ces maisons. Il a des meubles d'acajou, une armoire à glace, des portières (( damas de laine », des fenêtres illustrées de lambrequins en calicot. Au bas de son escalier, un lion de plâtre, et un portier dans un antre affreux. Il avoue là-dessus que Rome est en progrès : — « Je le disais bien, que le Romain, s'il était gouverné, marcherait comme tout autre peuple ! »

Au palais antédiluvien de la place Navone, je reçois l'hospitalité non-seulement la plus douce pour mon cœur, mais la plus agréable pour

mon esprit et même pour mes yeux. Si c'est comme grand seigneur ou comme paysan que ces vigoureuses et dédaigneuses splendeurs me plaisent, je l'ignore. Il est certain que j'en jouis. Ici Ton cause, l'on admire, l'on rit comme dans l'ancienne France. M. de Brézé a fait ses études à Rome, et c'est un Romain qui ne le cède à personne pour le grand et intelligent amour de la France. Chez lui, ainsi que chez nos autres Gallo-Romains, l'amour de la mère n'ajoute pas peu à Famour de la fille aînée. Certainement aucun lieu en France n'est plus français que le domicile à Rome de cet évêque peu gallican.

Sans cesse nous nous surprenons à former des \i projets qui étonneraient bien l'ambassadeur impérial. Nous ferions de Rome une terre toute française... Hélas! il nV a pas de danger! ^"'oici ridée du jour :

A l'extérieur de Saint-Pierre, autour de l'abside, des niches vides attendent des statues. — (( Si j'étais Empereur, dit quelqu'un, je supplierais le Pape de me donner une douzaine de ces niches : je provoquerais un concours de tous les statuaires du monde; je ferais faire douze belles statues des Saints de France, saint Louis, sainte Clotilde, sainte Radegonde, saint Bernard, saint Vincent de Paul., sainte Jeanne-Françoise de

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Chantai, sainte Geneviève, la bienheureuse Germaine Cousin, le bienheureux Joseph Labre, Jeanne d^Arc et deux de nos missionnaires martyrs, dont je solliciterais la béatification : je les placerais là comme des sentinelles de Saint-Pierre et de la France, et j'attendrais les destinées. )> C'est un de nos petits projets. Nous en avons de plus grands, qui n'ont pas plus de chances. Mais la joie de rêver est une maîtresse joie -, et puis enfin, c'est ici le pays où tout arrive, et nulle part on ne sent si bien que Dieu seul est le possesseur du temps.

Le palais Pamphili est le rendez-vous de nos prêtres. Ils y apportent leurs impressions vaillantes et ingénues , et ils trouvent à qui parler. Que de nobles désirs ! Véritablement, si Ton voulait un peu, si l'on permettait un peu, la France ferait des choses qui seraient puissantes, ici et dans le monde . . . Hélas ! il n'y a pas de danger!

PREDICATION AU COLISEE.

L'évêque de Tulle a prêché le Chemin de la Croix au Colisce. J'ai vu, j'ai entendu et je ne saurais rien décrire ni rien redire. Il en faut pourtant laisser une note. L'idée, je crois, appartient à Mgr Bastide : il y voyait un hommage au Christ, un lustre pour Rome, un honneur pour la France, trois motifs dont un seul lui ferait remuer ciel et terre*, mais il ne trouva point de difficulté. Tout le monde est affamé d'entendre l'évêque de Tulle, et Tévêque de Tulle est toujours prêt *, il a toujours quelque chose à dire de Jésus-Christ.

Le temps était sombre, il pleuvait par intcr- \^lles. Néanmoins la foule accourut. L'immense arène se trouva presque remplie de prêtres, de soldats, d'hommes et de femmes de toute condition et de toute patrie. Des groupes nombreux s'étaient répandus sur les ruines, jusqu'à la seconde galerie et plus haut, comme à dessein

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pour la beauté du coup d'œil. Dans tous les spectacles publics, il y a des gens qui s'installent ainsi sur quelque point inaccessible d'où ils ne peuvent guère entendre, cherchant principalement, à ce qu'il semble, le plaisir de se faire voir et peut-être la volupté de se sentir exposés à se rompre le cou. Quel que fût le dessein de ceux-ci, aucun maître de mise en scène ne les eût su mieux placer.

On fit le Chemin de la Croix. Le T.-R. P. Régis, procureur général des Trappistes, premier abbé de Staouéli, en Afrique, où il enterra dans les fondations une vingtaine de ses frères, portait le Crucifix ; Mgr Bastide disait à haute voix les prières. L'un et l'autre, chacun d'une manière différente, offre une sorte de type idéal du prêtre soldat, espèce essentiellement française. Une grande partie de la foule répondait avec un accent plein de sincérité et d'émotion. Pourtant cette foule était mêlée. Il y avait des indifférents, même des ennemis : de part et d'autre on le sentait. C'était pour m.oi l'intérêt dominant de cette scène étrange et grande. Je regardais les visages -, je voyais d'avance le partage qui se fera quelque jour, ceux qui s'en iront, ceux qui resteront dans Tarène, ceux qui monteront sur les gradins, ceux qui lâcheront et exciteront les bêtes : et les bêtes, je les voyais aussi.

La pluie cessa, le temps devint plus sombre. Un grand silence s^établit. L'évêque était debout sur le palco. Près de lui, à droite et à gauche, se tenaient l'évêque de Beauvais, ]Mgr Gignoux, et l'évêque de Quim.per, Mgr Sergent. J'étais heureux de les voir là. Que de souvenirs éveillait surtout en mon cœur la douce et sereine figure de révêque de Beauvais ! Il est de ceux qui dès les premiers temps m'ont dit : Courage! de ceux qui, sans que je Taie jamais demandé, n'ont jamais manqué de me donner leur témoignage quand la justice l'exigeait. Il m'a été secourable dans la douleur privée comme dans Faction publique. Assis à mon humble foyer, alors décoré de toute joie, sa main s'est posée sur des fronts purs que la mort a couronnés des roses de l'éternelle vie. Elles m'apparaissaient près de lui, ces têtes charmantes : et pensant que nous ne sommes rien et que nous ne savons rien, et que toute chose dure et terrible à nos coeurs n'est que le secret de la grande bonté de Dieu, je disais : Amen! Oui, oui. Dieu de justice, Dieu d'amour : Amen! amen!

Le discours de l'orateur roula sur le mystère de Rome et du monde, le mystère des deux cités qui luttent ici-bas pour le partage suprême. Il les peignit l'une et l'autre en traits pleins de grandeur. Mais toutes ses paroles n'arrivaient

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pas jusqu'à moi, et j'étais trop distrait par le spectacle matériel de ces deux cités dont il parlait.

Sur les fronts tournés vers Torateur, je lisais bien des miracles, je voyais en grand nombre des appelés, et je Tespère, des élus, qui attestent la continuité du travail de Dieu. Le P. Hermann était là, pieds nus, couvert de la robe du Carme!, et à côté de lui Listz, son maître, si longtemps enfoncé dans les illusions de la vie et de la pensée. Listz du moins cherchait -, Hermann ne cherchait même pas*, il était purem.ent juif et artiste. Les voilà tous deux! Il y avait aussi Tabbé de Menneval , âme douce entre toutes, que la vocation ecclésiastique est venue saisir, ou plutôt reprendre, dans le monde spécialement muré de la diplomatie. Et moi, et tant d'autres, d'où n'avons-nous pas été appelés ! J'étais près de Mgr de Mérode. Il y a vingt ans, jeune oificier, pressé de tirer son épée, il me demandait de l'mtroduire auprès du maréchal Bugeaud. La nature l'avait fait soldat, la grâce l'a fait prêtre : le prêtre est fervent, le soldat persiste. Il est ministre de Pie IX : par nature il devait servir plutôt Jules II ; mais entre Jules II et Pie IX, il nV a pas toutes les différences que signalerait le vulgaire *, et l'avenir pourra montrer que la nature, en faisant Mgr de Mérode, ne s'est pas trompée de date autant qu'on le croirait,

Je remarquais encore dans la foule un petitfils de Joseph de ]\Iaistre, capitaine au service du Saint-Père. Ce nom fait bien sous ce drapeau ! Joseph de ?^Iaistre entrevo3'ait une sorte de loi de la Providence qui ne permet pas que l'homme qui a fait des livres laisse une autre postérité. Jusqu'à présent, il a plu à Dieu de lui donner un clément démenti. L'auteur du Pape a des petits-fils qui portent noblement son nom, le plus grand, à mon avis, qui se soit élevé dans ce siècle.

Mais les figures hostiles gardaient leur expression hostile, et sur quelques-unes même cette expression devenait violente. En vérité, les deux cités étaient là î Je me rappelai le propos d'un lieutenant qui, voyant ces jours derniers Fenthousiasme de nos prêtres sur le passage du Saint- Père, les apostropha et leur dit : a. Jouissez de votre reste'. » Ils sont plusieurs à qui échappent aisément de ces choses. J'ai eu moi-même la fortune d'en entendre un. Des marches de Saint- Pierre, montrant à d'autres Français le Vatican et les appartements du Pape, il leur disait : ce Une i volée de canon, et il n'en resterait rien ! » Parmi les soldats, beaucoup donnaient des marques d'une vraie piété ; d'autres affichaient un esprit supérieur. Bidard et Godard, assis les jambes pendantes, Tœil dédaigneux, leur noble tête cou-

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verte, regardent de haut Tévcquc de Tulle, songeant qu'ils ont dans leur giberne de quoi répondre à tout cela.

Mais enfin, Bidard et Godard ne sont pas si grands docteurs, et les bestiaires n'ont pas eu le dernier mot.

Indulgenza pîenaria. — Indiilgentia pieu a, perpétua, quotidiana , pro vivis et defiinctis. Scandale de Coquelet!

Lorsqu'il lit ces annonces fixes à la porte à peu près de toutes les églises , Coquelet rougit des longues faiblesses de Thumanité : — « Quoi ! encore des indulgences, après Luther, après la Réforme, en plein dix-neuvième siècle! » 11 voudrait être bon catholique... pour se faire protestant. — (( Rome, dit-il avec horreur, est la ville des indulgences. » — Je répète avec amour :

« Rome est la ville de Tindalgence ! » Que nous sommes loin d'entendre la même chose en articulant les mêmes mots!

— Vraiment, continue Coquelet, je ne vous comprends pas. — C^est l'avantage que j'ai sur vous , Coquelet. Je vous comprends , et je me comprends moi-même. — Mais que trouvez-vous de si beau dans cette indulgence plénière et perpétuelle à ramasser partout ? — Ramasser et partout sont deux expressions larges, fils de Buloz! Rome tout entière contient moins d'indulgences pour moi qu'une seule livraison de Bitlo- '^erie n'en contient pour vous. Mais quand même nous pourrions ramasser partout Tindulgence , qu'y trouveriez-vous de si laid ?

— Comment! reprend Coquelet, entrer dans une église, baiser une pierre, marmotter une patenôtre, faire une aumône de dix baïoques : et l'on est lavé de tout crime! — Hélas! Coquelet , ce serait bien commode , mais nous n'en sommes point là. Vous ignorez, mon ami -, j'oserai même dire que vous êtes grossièrement ignorant! — Et moi, continue amèrement Coquelet, j'oserai dire que des sarcasmes ne sont pas des raisons. — Si fait, Coquelet. Mais quelles raisons vous faut- il? — Et quelles raisons peuvent justifier ce trafic des Indulgences qui vend le Para-

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dis pour dix sous! — Voilà un sarcasme, Coquelet. Voulez-vous des raisons? — Allons, dit-il, faisons un voyage dans Tabsurde ! — Allons, (Coquelet.

— Observez premièrement. Coquelet, qu'il y a les conditions de l'indulgence. Pour la gagner, il faut être en état de grâce, c'est-à-dire confessé, contrit, absous. Si vous voulez vous mettre en état de grâce, mon ami, vous verrez que ce n'est pas rien, et que ni homme ni Dieu ne peuvent exiger davantage d'un mortel.

L'indulgence est une remise de peine au pécheur repentant. Refusez- vous à Dieu le droit de grâce? Notez que cette grâce que fait Dieu ne soustrait nullement le pécheur à votre juridiction. Elle vous laisse le droit de lui imposer Tamende, de l'envoyer aux galères, de l'envoyer à la mort. Ainsi l'indulgence de Dieu ne lèse point votre justice. — Mais vous le faites innocent devant Dieu ! — Pas moi. Coquelet, mais le Pape-, c'est-à-dire Pierre. Et Pierre ne fait pas cet homme innocent, il le fait quitte.

— Oui, reprend Coquelet, Pierre s'arroge ce pouvoir. Je trouve que Pierre, votre Pierre, à vous, tranche beaucoup du divin ! C'est contre quoi ma raison se révolte. — Votre raison, Co-

quelet, pourrait avoir tort de se révolter. Elle a tort certainement de s^en prendre ici à Pierre, qui ne fait qu'user de ses latitudes légitimes. Pierre lie et délie. Mais abordons la théologie de l'indulgence. L'autre jour, l'évêque de Tulle nous la déroulait, et je suis en mesure de vous instruire : seulement il faut monter plus haut.

Le Verbe s'est fait chair... Coquelet inter- ■ rompt : — Mais... — Je ne demande pas encore vos objections, mon ami; j'expose. Vous combattez sans connaître. Si vous voulez connaître, prêtez l'oreille.

En prenant l'humanité, non par abstraction, mais réelle et vivante, le Verbe l'a élevée jusqu'à lui et pour jamais, car Dieu ne fait que des choses éternelles et ne se diminue pas. Nous qui restons libres individuellement , nous pouvons nous détacher , nous pouvons perdre l'avantage de cette parenté divine, nous ne pouvons détacher du Verbe l'humanité ; et l'humanité ici, c'est toute la nature.

Vous avez une pointe de panthéisme. Vos erreurs sont souvent des vérités que vous n'entendez pas, et vous vous empoisonnez avec des sucs divins !

Ecoutez saint Jean Damascène , et recevez un peu de jour : « La douce volonté du Père,

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( dit le docteur oriental, a opéré le salut de Tu- <f nivers dans son Fils unique et a lié fortement (( toutes choses. L'homme étant un petit monde (( dans lequel se nouent et s'enlacent toutes les <' essences, tant celles que le regard découvre que (( celles qui lui échappent, le miséricordieux voui< loir du Créateur a fait que, dans son Fils le (( consubstantiel, il s'accomplît une union intime <c de la divinité et de l'humanité ; et par là s'o- « père l'union de toutes les choses créées, et de « cette sorte , Dieu est tout en toutes choses. » Ces vues, observe l'évêque de Tulle, sont familières ; il n'est docteur traitant de l'Incarnation qui ne les propose, et saint Paul, le Docteur par excellence, les indique fréquemment. Ainsi, Coquelet, quand vous voudrez du panthéisme que vous puissiez comprendre, vous savez où il faut vous adresser.

Mais Dieu fait plus. Par la création de l'Eglise, les fidèles constituent un corps immense, prolongé dans le ciel , sur la terre et dans les lieux de purification que nous appelons le purgatoire. Triomphante, souffrante, militante, l'Eglise est une en ces trois états. Jésus -Christ en est la tête. Ainsi se trouve accomplie l'unité des hommes avec Dieu et des hommes les uns avec les autres. Unité substantielle, par où les actes de l'humanité, libres et par conséquent méritoires, reçoivent

un caractère divin. Le membre humain de TEglise conserve son individualité, Portion du corps mystique de Jésus-Christ, il a tous les bénéfices d'une vie d'ensemble ; homme, il garde la prérogative, mêlée de péril et de gloire, de l'être responsable et libre. Ainsi ce corps de TEglise nous apparaît divinement humain. Dieu y verse la vie, rhumanité y fait éclater sa valeur. Laissé à luimême, rêtre humain n'aurait jamais gagné ce mode sublime d'existence. Dieu en fournit l'élément, en assure la durée, y donne place à la liberté de la créature.

Dans le corps , chaque membre concourt au bien de tous, et le bien général est le bien particulier de chacun. Saint Paul rendait sensible l'idée de l'Eglise par cette comparaison : l'Eglise étant le corps dont Jésus-Christ est le chef, dont les fidèles sont les membres, les bénéfices de la vie s'y partagent au profit de tous les incorporés. Laissez-vous seulement régir par la grande loi de ce corps, qui est la charité : tout ce qu'il possède est à vous. Et vous, à votre tour, vous apportez un contingent qui aide à la richesse des autres. Là est la doctrine des indulgences.

Le Verbe incarné a mérité pendant sa vie mortelle. Il a mérité surabondamment, en Dieu. Il a payé sans rien devoir, infiniment au-delà

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du prix. Une larme de ses yeux, un mot de ses lèvres pouvaient suffire; il a épuisé le sang de SCS veines, il a reçu le baiser de Judas, le soufflet du prétoire; il a subi les fouets, les crachats, le sépulcre, toutes les ignominies dues au péché. Par ces excès, il a comme créé dans Thumanité une sorte de race nouvelle, douée d'une faculté d'amour sublime et jusqu'alors inouïe, la race des Saints, qui veut et qui sait excéder comme lui , par amour pour lui , dans Tamour de cette humanité qu'il est venu sauver. Quoique ceux-ci ne s'estimassent, ni ne fussent pas sans péché, néanmoins, les yeux sur le chef adorable, ils ont souhaité de payer, s'ils le pouvaient, plus qu'ils ne devaient, et d'être (c anathèmes » pour leurs frères. Qui dira qu'ils n'ont pas réussi à passer la mesure? Qui voudra croire que tant de martyrs, de vierges, de solitaires, de Saints n'ont souffert que la juste peine de leurs péchés, et que Jésus-Christ a dédaigné ce pacte où leur amour a voulu l'engager, de l'imiter jusqu'à la mort et jusqu'à la croix, afin d'être ses associés dans l'œuvre de la Rédemption?

Or, il y a deux éléments dans le péché. Le pécheur se détourne de Dieu, il se tourne vers la créature. En se détournant de Dieu, il le perd; il est séparé, il est damné. Il s'est détourné librement; s'il meurt dans cet état, il reste se-

paré éternellement, comme celui qui s^est arraché les yeux reste aveugle. En se tournant vers la créature, il viole Tordre; il y doit rentrer par les satisfactions de la pénitence. Mais s'il est damné, séparé à jamais de l'Eglise, séparé à jamais de Dieu, comment fera-t-il pénitence? L'ordre donc reste éternellement violé et se venge du violateur par une peine éternelle. C'est la peine du sens, corrollaire de la peine du dam.

Tant qu'il vit, le pécheur qui s'est librement détourné peut librement revenir. La charité des fidèles prie pour lui. Dieu se remue en son cœur, mille grâces le pressent et assistent sa liberté affaiblie. Enfin, il se souvient de Dieu, il le cherche, et puisqu'il le cherche, il le rencontre. Par les mérites de Jésus-Christ, Dieu lui remet la double peine éternelle, celle du dam, puisqu'il n'y a plus de séparation, et celle du sens, qui n'était éternelle qu'à cause de l'éternité de la séparation.

Cependant il reste quelque chose du péché, détruit par le pardon. Il reste les suites du péché. L'ordre a été violé, il n'est pas rétabli, il doit l'être. Mais le travail de réparation peut n'avoir pas l'énergie nécessaire, l'âme peut être retirée de ce monde avant d'avoir satisfait! Elle sera donc arrêtée au séjour d'expiation? Enchaînée dans le purgatoire, elle y devra donc subir une purifica-

tion proportionnée à l'étendue du mouvement désordonné qu^elle a fait vers la créature? Non, par la miséricorde de Dieu. Ou la dette sera payée intégralement, ou diminuée immensément, parce que l'Eglise est un corps vivant plein de charité et de richesses. La loi des corps vivants met tout en commun entre les membres; du sommet de la tête à la plante des pieds, il y a communion et réciprocité. Or, dans le corps de TEglise, la tête et beaucoup d'entre les membres sont enrichis de satisfactions surabondantes. Cette opulence suffit aux détresses générales. Si la justice et Tordre exigent des réparations, celui qui doit les fournir n'est pas sans famille. Il a des frères, il est partie intégrante d'un vaste corps; sa gêne particulière est suppléée par la richesse commune. La justice exige une peine, la peine sera subie, subie par le coupable lui-même : il paiera sur ce qui lui appartient et lui a été bien donné. Qu'importe la forme d'être sous laquelle il se présente! N'est-il pas dans la divine communion? pouvez-vous l'en exclure? C'est lui, lui-même que nous voyons apparaître dans l'unité, enrichi du fonds universel, soldant avec un trésor non usurpé, le trésor de ses frères les Saints, le trésor inépuisable de son frère Jésus-Christ, le trésor des indulgences amassé et offert pour sa rançon.

Ainsi parle la théologie des indulgences. Elle

ne craint pas, comme vous autres, étranges adorateurs de la nature humaine, d'ouvrir à l'homme la voie du crime en lui montrant la facilité du pardon. Elle se fie à de meilleurs instincts. Le christianisme , que vous dites si injurieux à la nature humaine, lui fait constamment un honneur que vous lui refusez toujours. Il l'unit à Dieu, il trouve en elle des éléments de cette union, des aspirations à cette gloire. Il croit que Thomme, réintégré par Tabsolution, dégagé par Findulgence, n'étant plus tenu au travail de la vertu à titre de justice, s^ portera plus vaillamment par Pamour. Le dogme des indulgences n'est pas Tabri de la paresse , il est le dogme des douces condescendances envers la fragilité humaine, l'invitation la plus persuasive à la perfection.

Quant à la manière dont Pierre distribue T'indulgence, Pierre est en cela, comme dans tout le reste, le Vicaire de Jésus-Christ, du pasteur de la brebis perdue, du père de famille qui envoie par les chemins et les haies ramasser les vagabonds pour les faire asseoir à sa table ; le Vicaire du ' quêteur d'amour qui appelle les malades, les affamés, les altérés, et qui va lui-même aux Publicains et aux Samaritains \ le Vicaire du prodigue, par qui le ciel est promis en récompense d'un verre d'eau.

Ainsi fait Pierre, et Pierre fait sa charge en faisant ainsi. Il est l'Ange qui remue la piscine, a lin que les malades y trouvent la guérison. Il est préposé au trésor du Christ, non pour le garder avarement, mais pour le répandre ; et en le répandant, il l'accrott, comme le semeur accroît le froment qu'il jette à main pleine dans une terre bien préparée. Ne l'accusez donc pas de trancher du divin , car il sait qu'il ne tire rien de son fonds et que ce n'est pas lui qui donnera Taccroissement. Il dispense des mérites, il ne les crée pas; il admini'^tre des trésors de façon qu'ils multiplient, mais ce n'est pas par lui qu'ils multiplient. Voilà ce qu'il fait^ ce qu'il enseigne, ce que nous croyons.

Et ne Taccusez pas non plus de prodigalité. Sa main large et généreuse, et qui doit s'ouvrir toujours pour épancher toutes les largesses du pard^ni, est nonobstant prudente. Le Pape n'accorde pas le bienfait de l'mdulgence plénière sans prescrire des pratiques satisfactoires. La prière, le jeune, l'aumône, ternaire sacré, sont requis comme moyens d'un nécessité absolue et opposent leur rigueur aux violences du ternaire impie. Il y a trois concupiscences dans le cœur humain. Contre l'orgueil est décrétée la prière qui abaisse l'esprit devant Dieu ; le jeûne vient dominer la chair encline aux voluptés; l'aumône gagne des

victoires sur Tavarice. Avant donc de s'approprier les libéralités divines, il a fallu réaliser par des actes une profession de foi sur l'ensemble de la pénitence. Les dons de Dieu ne sont pas livrés^ sans discernement.

Si vous me dites que les indulgences peuvent être mal acquises, je répondrai qu'alors elles ne sont pas acquises du tout. Tant pis pour ceux qui n^y mettent pas le prix! Ils ne veulent rien payer, ils n'achètent rien. On ne trompe pas Dieu. Mais imaginez un peuple entier voulant gagner rindulgence plénière , c'est-à-dire accomplir toutes les conditions qu'il faut ! Vous parlez volontiers de moraliser le peuple : que sauriez-vous proposer de plus efficace, et que rèvez-vous de plus grand ?

Et considérez aussi, considérez en votre cœur cette beauté, cette grandeur et cette vertu qui naissent du dogme des indulgences combiné avec la piété et la charité pour les morts. J'ignore à quel point vos idées philosophiques et humanitaires vous ont fait protestant. Cependant, parce que vous êtes de juste et affectueuse nature, j'estime que vos défunts n'ont pas tous péri dans votre cœur. Je crois qu'il vous serait doux de leur donner autre chose qu'un vain tombeau bientôt abandonné, qu'un souvenir moins durable encore, non moins

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Stérile. Mais si vous ne priez pas et si vous ne satisfaites pas pour les morts, que pouvez- vous pour eux ? Force vous est de dire qu'ils n'ont besoin de rien, et par là vous faites au genre humain le grand dommage de nier toute justice, ce qui va plus loin que tout abus possible des indulgences ; vous faites aux morts le grand domimage de leur refuser tout secours. Ils n'ont besoin de rien ? En êtes-vous sûr ?

Nous autres catholiques, nous ne permettons pas à la mort ces envahissements souverains, nous ne lui laissons point ces proies entières. Persuadés que nos défunts sont vivants, nous prions pour eux, nous satisfaisons pour eux. Le dogme des indulgences ne nous permet pas de rester oisifs. En offrant une action si puissante à notre tendresse, il nous sollicite puissamment aux actes de vertu par lesquels seuls nous pouvons l'exercer. De là, sans parler du reste, tant de fondations pieuses pour les âmes du purgatoire. Calculez, si vous le pouvez, ce que cette croyance a fait couler d'huile et de vin sur les plaies des blessés de ce monde , combien elle a recueill de malades, combien elle a nourri d'indigents.

Calculez combien elle a gardé d'âmes encore engagées dans le combat terrestre. Pour puiser au trésor sacré et remplir cette fonction d'inter-

médiaire entre la miséricorde divine et la détresse

de rame du purgatoire, une seule condition est nécessaire, mais la nécessité en est absolue : nous devons gagner nous-mêmes l'indulgence que nous appliquons. A porter cetre richesse, il faut des mains pures.

Quand nos mains sont pures , elles sont magnifiquement transformées-, elles deviennent le vase qui peut répandre à larges ondes l'eau du rafraîchissement -, cette eau implorée dont une goutte eût été au mauvais riche plus précieuse que tous ses biens et plus délicieuse que toutes ses voluptés. Im.aginez un désert de sable, où vos meilleurs amis, dévorés de fièvre, sans abri sous un soleil brûlant, demandent une goutte d'eau que personne ne leur apporte, un souffle frais qui ne se lève jamais : et tout-à-coup voici qu'il vous est donné de courir vers eux, non plus avec une goutte d'eau, mais avec un vase profond et rempli et que vous pourrez remplir toujours, et cette eau leur rendra la force, et la vie, et la liberté. Certes, vous tendrez les mains et vous courrez, veillant à vos pas, de peur que le vase ne laisse échapper Teau salutaire et qu'elle ne soit misérablement perdue.

Ainsi nous pouvons, par la prière et par les bonnes œuvres, descendre dans ce formidable

purgatoire, théâtre de douleurs inénarrables -, ainsi, avec rindulgence gagnée par nous, transmise par nous, nous y pouvons faire pénétrer le rafraîchissement, nous y pouvons même porter la délivrance. Nous avons Tespoir, que dis-je, nous avons la certitude de réparer par ce moyen le mal dont nous avons été peut-être Tobjet ou la cause. Jugez de l'empire de cette pensée sur les meilleurs et les plus profonds sentiments de l'âme humaine.

— Oui, dit Coquelet, je ne le nie pas, il y a là quelque chose de grand et de beau. Mais enfin !... — Ami, nous voici au seuil de Saint-Pierre; si vous le permettez, je n'entendrai pas vos objections maintenant. Entrons, et soyez bon pour moi- Pendant que vous regarderez ce quM vous plaira de voir aujourd'hui, vous me laisserez prier un moment pour mes défunts à la chapelle de la Pieta, un moment pour ma famille devant le Saint-Sacrement, un moment pour moi aux pieds de saint Pierre, un moment pour vous à la Confession. Et bien je voudrais que riia prière fît descendre l'indulgence sur les miens vivants et morts, et sur moi, et sur vous !

J'hésite à parler de Saint-Paul. Je m'y trouve gêné. Il me semble que je ne suis pas là tout-à-fait où l'on me dit, dans la basilique consacrée au frère de Pierre, au Docteur des Nations. Ce m'est un vif déplaisir que cette grande œuvre, poursuivie avec tant d'amour, prête si fort à la critique. Pie IX a largement ouvert le champ aux arts, mais il n'a point trouvé d'artistes. Sous ce rapport aussi, son règne est cruellement victime de Vitalianisme. S'il avait pu choisir dans le monde, quoique le siècle tout entier soit pauvre partout, la misère ici apparaîtrait moindre. Il a fallu tout livrer aux stériles Italiens, et ils ont étalé leur stérilité. Elle est radicale. Le mieux n'est que bien, le médiocre abonde, le mauvais déborde, et le tout enseigne à quel point les modèles sont impuissants lorsque Dieu ne donne plus le souffle. Pauvre humanité, qui croit qu'elle peut ce qu'elle veut ! Jamais la société ne s'est tant appliquée à la fabrication de Yartiste, et jamais peut-être le véritable artiste,

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le créateur, n'a tant manqué. Nons voyons rebâtir Paris sans qu'il se révèle un architecte ; toute l'Italie, pleine de toutes les merveilles, n'a pas même un copiste adroit I

Donc, il le faut avouer, notre basilique se ressent de cette réprobation qui refuse au siècle présent le souffle de Fart créateur. A l'extérieur, c'est laid d'une manière étonnante, plus laid que la plupart de nos constructions parisiennes ; laid de la pire laideur, la laideur sans caractère. Avonsnous devant les yeux un grenier à fourrage, une manufacture, une gare ? Le développement en est considérable en tous sens, et il n'y paraît en aucun sens. Cela ne s'étend, ni ne monte, ni ne sourit, ni n'est sérieux, ni ne parle. La seule idée qui s'éveille à la longue, est celle de l'immensité mesquine. Un géant gauche^ grêle, et ramassé, et sans dsage ! Comparé à ce rien, notre nouveau Louvre, ivec ses singeries de l'abondant et du grandiose, semblerait presque un enfantemient de génie.

L'intérieur atténue le pitoyable effet du dehors. C'est si vaste, si riche, d'un ensemble si correct, qu'on éprouve d'abord une sensation de la grandeur, presque de la majesté. L'arc et la mosaïque, restes de l'ancien édifice, répandent cette bénignité luguste, ce sourire ineffable et divin dont s'éclairent tant d'églises de Rome, entre autres Saint-

Pierre, Saint-Jean de Latran , Sainte-Marie-Majeure, Sainte-Croix de Jérusalem, Sainte-Cécile, etc. Mais on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il manque beaucoup de choses et surtout le je ne sais quoi. Ce je ne sais quoi, c'est peut-être la gravité, peut-être tout simplement Tancienneté. Il y a trop de jour, trop de marbres aux couleurs vives et parfois aiguës -, la ligne est trop roide. Cette ligne rigoureuse, elle jure dans la maison de Dieu. Elle apporte la sécheresse là où doit dominer l'amour ; elle exprime partout la contrainte, le carré, le fini; elle est un contre-sens. L'architecte a oublié que notre Dieu nous embrasse, et que sa loi n'est pas toute, tant s'en faut, dans le Décalogue : (( En Jé- « sus-Christ est apparu Tamour dont Dieu nous « aime. C'est Dieu qui nous a aim:s le premier, et « il a envoyé son Fils comme la victime de propice tiation pour nos péchés. Et nous avons connu (( et cru l'amour que Dieu a pour nous. » L'architecte d'une église devrait lire et méditer saint Jean, autant pour le moins que Vitruve. La ligne grecque ne peut avoir d'expression pour le sentiment qu'il a plu à Dieu de créer entre l'homme et Lui.

Heureusement que Saint-Paul n'est pas construit pour un jour. Il ne sera jamais beau, mais le temps y mettra la main. Le temps ôtera cet éclat de nouveauté; il amènera l'histoire, il bâ-»

tira des tombeaux, il indiquera des corrections heureuses. La prière fait la physionomie des égUses, comme la pensée fait le visage humain. Lorsque quelques générations auront prié dans Saint- Paul, ce ne sera plus le même lieu. Là où nous ne voyons qne des marbres, nos neveux sentiront la vie.

Dès à présent, elle n'est pas totalement absente. Après le mécompte que fait éprouver l'insuffisance de l'art, on admire la conception que cette insuffisance a trahie; malgré la froideur de rédifice, on se sent réchauffé par l'amour qui^ le voulait si beau et qui l'a du moins si magnifiquement orné. La grande langue des inscriptions fait éclater son éloquence suprême. Quelques mots chantent tout le poème apostolique. Quelles paroles que celles-ci, qui sont gravées sur le tombeau : S. Paiilus apostolus et martyr! Sur l'autel de la Confession, qui domine la pierre sépulcrale, on entend l'Apôtre lui-même : Mihi vivere Christus est , et mori liicriim. C'est Paul tout • entier et le christianisme tout entier. Sur la frise du baldaquin, Jésus-Christ et son Eglise élèvent en commun la voix pour donner à Tapôtre et au martyr toute sa gloire : Tu es vas electionis, sancte Paille apostoîe, prœdicator veritaiis in imiverso inwido. Vase d'élection, rempli des grâces de Dieu, martvr de la vérité, prédicateur

de la vérité dans tout Tunivers , prince éternel de Rome! C'est lui qui disait : « A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix! » Et voilà la gloire qui est donnée à ce fier et doux contempteur de la gloire humaine. Nul nom d'homme sur la terre n'est au-dessus de son nom. Il est donc vrai que cette gloire même que les hommes recherchent par-dessus toute chose n'est pleinement donnée qu'à ceux qui la méprisent, et que Dieu la réserve premièrement aux siens. Paul, supplicié comme un séditieux obscur, fut enterré ici par la piété d'une femme et de quelques disciples cachés; et depuis que ce lieu désert est enrichi de sa dépouille, rien n'a pu faire que ce lieu désert ne fût grand, illustre et sacré, et que l'amour du monde ne l'ornât d'une magnificence indestructible. Les armes y ont passé , l'incendie y est venu , la fièvre y demeure, aucune population n'y peut vivre, mais la prière n'en peut être chassée. Elle y apporte les matériaux précieux, elle y enfouit des trésors, et une église y tieurit, signe de cette vie triomphante qui, un jour, en un moment, en un clin d'œil, ïn ictu ociili, éclatera par la résurrection universelle : a Et maintenant, o mort, où est ta victoire? »

La basilique de Saint-Paul a été incendiée et ruinée en 1823, époque d'affreuse indifférence.

Le trésor pontifical était épuisé. La reconstruction ne fut pas moins immédiatement décidée. Grégoire XVI avança Tœuvre, Pie IX en a vu 'achèvement. Les nations européennes ont fourini quelques secours. La Russie a donné des blocs de malachite, TEgypte des colonnes d'albâtre oriental, la Sardaigne des colonnes de granit, la France un peu d'argent-, Rome a fait la orande dépense et la grande magnificence. S'il Teût fallu, elle eut toute seule suffi à tout; elle eût attendu des siècles, et rien n'aurait manqué. L'amour est plus fort que la mort. Dans le pavé de marbres choisis, on remarque des ronds de porphyre d'immense dimension dont chacun coûte une grosse somme : il n'en a pas été économisé un seul. Les médaillons en mosaïque de tous les Papes, qui occupent la frise, rendant à Paul la visite que Paul fit à Pierre, n'ont pas été diminués d'un pouce, en considération du prix auquel ils devaient revenir. L'idée était belle, elle a été exécutée.

A ce propos, plusieurs observent qu'il ne reste dans la frise qu'un petit nombre de places vides après Pie IX, et que ce hasard des dimensions de l'édifice correspond à la prophétie fameuse dite de saint Malachie, où Ton voit une annonce de la fin des Papes, et par conséquent de la fin du monde; mais je pense que Ton

trouvera sans peine l'emplacement nécessaire pour une suite plus ample. Et s'il n'y a pas de suite, le dernier Pape, jusqu'au dernier jour de sa liberté, prendra soin de bâtir, de relever et d'orner les églises, attendu qu'il dira comme les autres : ((Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison. » Et si le monde est tellement près de sa fin, quel meilleur emploi peut-on faire de l'or, de l'argent et des pierres précieuses ?

Dans la basilique de Saint-Paul, il y a une chapelle de saint Etienne. Elle est située près de l'autel de la Conversion. Paul, accusateur d'Etienne devant la synagogue, présidait à son supplice -, et Etienne mourant priait pour Paul et pour ses autres bourreaux, disant : Seigneur, ne leur impuîei pas ce péché! Jetez, jetez vos pierres, lapideurs des Saints de Dieu î vous n'empêcherez pas qu'ils vous jettent leur sang, et que ce sang vous baptise î

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