‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 218 sur 230 · LA BÉNÉDICTION A SAINT-JEAN DE LATRAN. — MOUVEMENT DES ESPRITS · texte numérisé non relu

LA BÉNÉDICTION A SAINT-JEAN DE LATRAN. — MOUVEMENT DES ESPRITS

Toutes les portes sont ouvertes, tous les trésors sont exposés, tous les sanctuaires se remplissent de ceux qui se peuvent appeler « les vivants ;>, et nous rencontrons chaque jour le Père des vivants , le Saint-Père î Rome prend pour elle-même et donne à ses hôtes une sorte de vacance générale des maux du présent et des angoisses de l'avenir. Le Pape resplendit, les cœurs en sont illuminés. Quant à décrire les fêtes, il faudrait le pinceau -, mais le pinceau serait forcé d'omettre Tessentiel , ce rayonnement ineffable dont l'amour couronne la beauté. L*or, la pourpre et les pierreries ne reçoivent point du seul soleil tant d'éclat.

Hier, jour de l'Ascension, le Saint-Père a donné la bénédiction solennelle du haut de Saint- Jean de Latran. Au sein de la fonle frémissante, il y avait deux cents évêques. Le Pape , se

rendant à Tautel, les a trouvés à genoux. Il les a bénis, Pasce ovesl Après la messe, il a paru à la loij^gia extérieure, revêtu de sa majesté incomparable, revêtu de notre amour. Cent mille personnes étaient sur la place et sy mouvaient à Taise. Plusieurs régiments , rangés dans un coin, ne paraissaient qu'un peloton. Les monuments, les montagnes, la vaste campagne inondée de lumière semblaient attentifs comme les hommes. Parmi tant de merveilles, tous les yeux ne voyaient que le Pape-, parmi tant de langages, il ny avait de pensée que pour lui \ tout faisait silence pour entendre sa seule voix. Sa voix s'éleva, douce, forte, mélodieuse, immense. Il étendit les bras: cent mille têtes se courbèrent sous la rosée de bénédiction qui tombait de la croix vivante^ cent mille voix répondirent par une acclamation d'amour. Voilà le matériel. Ce que voyait et ce qu'entendait l'amour, qui le dira? Qui dira ce qu'ajoutaient le lieu et rheure? Un torrent de pensées roule dans ce lit des grands souvenirs du monde. Le Latran, Constantin et Charlemagne prosternés, PEglise présente î et en même temps , de Tautre côté des montagnes, à portée presque de la voix et du regard, Attila î

Mais, je le répète, sans ignorer le péril, on ne veut pas maintenant le voir. On lui dit d'attendre,

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de nous laisser entière la joie de ce moment. Les sicaires n'osent rien entreprendre qui la puisse troubler. Elle semble à beaucoup d'entre nous le pressentiment d'un triomphe prochain. Pourquoi pas ? Après tout, Dieu seul a le secret de l'avenir, et s'il permet à l'ennemi de mener souvent les hommes, lui seul mène les événements. Laisser faire, lui est comme autre chose un moyen Je vaincre. Lorsque nous le savons présent et nous en remettons à lui dans la vigueur de la foi, nous nous défendons assez. Il se charge du reste. Qui a mesuré le rempart qu'élève incessamment l'esprit de prière ? Qui connaît la trempe des armes que tous ces prêtres emporteront du tombeau des Apôtres et des martyrs? A côté de moi, sur le parvis du Latran, pendant la bénédiction, était prosterné le curé d'une assez froide ville. Il se releva tout en larmes. — « Ah î s'écria-t-il, si ma paroisse était ici, elle se convertirait tout entière î » Bon prêtre, ces paroissiens pour qui vous avez tant prié entendront votre voix rajeunie, ils verront vos pleurs, et leurs cœurs s'amolliront.

En dehors de ces majestueuses scènes, il y a un spectacle et des surprises de tous les instants, qui tiennent le cœur dans une allégresse perpétuelle. On rencontre des amis que Ton croyait . loin, on fait des amitiés nouvelles, on aborde des

hommes dont on ne connaissait que le nom et les œuvres, et que Ton trouve dignes du respect affectueux qu'on leur avait voué. Rien dans le monde ne donne Tidée des conversations nettes, sincères, profondes qui se lient tout de suite ici entre des interlocuteurs qui ne s'étaient jamais vus. On s'éclaire et l'on s'entend ; on se reconnaît ouvriers de la même œuvre, animés des mêmes désirs. Je me convaincs de plus en plus qu'il n'y a dhommes que dans PEglise , et que nulle part ailleurs il n'existe une main qui soit capable d'au, tre chose que de détruire, ce qui est la chose, avec quelque succès qu'on l'opère, la plus souverainement digne de mépris.

C'est ici, où l'esprit de destruction dirige son principal effort, que l'on éprouve bien ce mépris raisonné, profond, solide, et absolu pour l'ouvrier de destruction. On voit son orgueil, sa bassesse, sa méchanceté, son mensonge; on voit sa haine stupide du beau, du vrai et du bien. Il en veut au Pape, parce que le Pape est le Vicaire de Jésus-Christ *, il en veut à Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ est le Sauveur de l'humanité. Nulle autre lumière ne peut expliquer la Révolution et rendre compte de ses entreprises. La Révolution, dans son intime , est la haine , Fabjecte haine du bien. Quiconque n'a pas au cœur cette haine irrémédiable, finit tôt ou tard par se con-

vertir, se range du côté de l'Eglise et veut au moins mourir à ses pieds. On a toujours vu de ces retours, ils attestent la noblesse de l'âme humaine. Mais il y a des âmes à jamais dégradées, à jamais sourdes et vouées au mal. Elles font le mal pour se venger du bien qui éclaire leur perpétuelle ignominie. L'aspect du juste en paix avec lui-même est une torture aiguë. Quand la victime est tranquille, c'est là le supplice du bourreau. Je lis parfois des correspondances qui sont envoyées de Rome aux journaux révolutionnaires et que le Révolution renvoie à Rome. Manifestement, notre vue opprime les malheureux qui écrivent cela. Nous marchons sur eux quand nous entrons dans nos églises. Ils sentent quils restent à la porte, qu'ils n'entreront pas. Ils voudraient détruire ces temples, où nos âmes s'enivrent de parfums qu'ils n'ont pu respirer.

VEXGEANCE DE COQUELET.

J'ai apporté les critiques du Parfum de Rome, pour les relire et me corriger. Mes Aristarques

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sont de deux sortes ; les uns s'avouent anti-chrétiens, les autres se déclarent fidèles. Tous me reprochent d'avoir très-mal défendu la cause de la Papauté ; — mais ils me semblent peu compétents.

M. Edmond Schérer, jadis homme d'église à Genève, s'est malheureusement mis en tête que l'Humanité est Dieu. S'il le croit bien, j'ose dire qu'il le prouve mal. Il m'expulse de la Divinité, c'est-à-dire de Thumanité, chose excessive, qui ne me déplaît point. Encore qu'il fasse métier de raisonner, cependant M. Schérer devra conclure que si je ne suis pas Dieu autant que lui, il n'est pas plus Dieu que moi. C'est où je l'attends. Un homme qui s'est surpris à s'adorer et qui a eu la fortune d'en revenir, ne peut plus que chercher à préserver les autres d'une pareille aberration. Cela miène à Rome.

Dans l'état présent de sa raison , M. Schérer réprouve ma tendresse pour le Vicaire de Jésus- Christ. Il assure que mon <( enthousiasme ne baisserait point quand même Pie IX serait un Borgia. ;;

J'étudie l'histoire ailleurs encore que dans les livres où M. Schérer veut uniquement la trouver, et je crois que M. Schérer connaît mal le pape

VENGEANCR DE COQUELET. 437

Borgia. Mais enfin, si ce Pape était à mes yeux l'homme que peignent les légendaires de la libre pensée, M. Schérer connaît déjà mon langage. Il a cité comme un trait de rare sauvagerie Tapostropheau prêtre qui trahit l'Eglise (livre VI, ch. v\ Ainsi je parlerais du Pape prévaricateur.

En appliquant mes paroles à un docteur alors fameux et que Ton voulait rendre populaire , M. Schérer a chargé cet homme d'un poids que je ne lui destinais point. J^avais écrit avant que rinfortuné tombât, je pensais à un autre, resté obscur en dépit de ses efforts pour conquérir la notoriété de l'infamie.

Du reste, je sais quels sentiments il faut marquer aux traîtres. « Répandez sur eux votre co- « 1ère ! Que leur maison devienne déserte , que a nul hôte n'habite sous leur tente ! Qu'ils ajoute tant iniquité sur iniquité, qu'ils n'entrent point a dans votre justice, qu'ils soient effacés du livre « des vivants î » C'est le cri de la conscience humaine.

En tous pays on fusille les déserteurs. Dans l'Eglise pourtant , il y a un recours en grâce. Par l'absolution, le déserteur peut être réintégré, et nos malédictions l'exhortent au repentir. S'il s'obstine, l'enfer est fait pour lui.

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J'ai trouvé un détracteur aussi zélé que M. Schérer et non moins protestant, dans une certaine Repue éditée aux dépens d'un certain libraire (( penseur. » Ce second critique signe H. de L... l'H. initiale signifie, selon les uns, Hector, selon les autres, Héciibe. Le critique aimant fort à égratigner, je lis Hécube.

H. fait longuement mon portrait, sans se gêner d'avouer que la délicatesse de son goût ne lui a guère permis de me lire : « Les éclabous- « sures de cette plume (la mienne} tremipée un a peu partout dans le ruisseau comme dans le (( bénitier, rejaillissent au visage, et tout en lice sant, on sent peu à peu et quoi qu'o;z fasse, « que la passivité débonnaire du lecteur fait place « à cette rage impuissante de Thomme qui subit « un affront dont il ne peut demander raison, a Le fauteuil où l'on s'est étendu pour lire avec <c les intentions les plus impartiales devient un (c pilori où l'on s est exposé volontairement aux i( projectiles de je ne sais quelle dévotion je sup- « prime un adjectif trop hommasse' et Von sort (( de cette lecture fortifié dans tous ses préjugés, (( confirmé dans ses rancunes les plus aveugles. « Que peut gagner Tesprit à un pareil exercice de

«c patience, et, dans l'intérêt même de la tolérance, « ne vaut-il pas mieux sV« abstenir ? »

Voilà ce qui s'appelle sentir vivement. Mais avec un tempérament si prompt, notre H. devrait s'abstenir de la critique. Si j'avais les nerfs à ce point susceptibles, quel libre penseur pourrait espérer de me convertir jamais à la libre pensée ?

Au point de vue de la façon, ces airs de traînerapière, ces métaphores de (c plume trempée dans le ruisseau, » de « fauteuil-pilori, » etc., ne me semblent pas d'un goût châtié. Vos ongles, Hécube, sont peut-être un peu longs î

Hécube insinue que je n'ai point su recueillir le vrai parfum de Rome. Cet endroit m'a intéressé. Mon livre ne serait que ce le mélange ir- (c ritant et fade de l'odeur de bouquins de l'his- « toire ecclésiastique, de vieil encens laïque (?), de « journaux sortant de la presse, de chairs d'héré- (( tiques brûlés ^?) , et enfin de cette boue de « ruisseau de Paris dont l'auteur semble avoir (c emporté une provision dans la ville éternelle, (( afin de la lancer de là au visage de ses (( adversaires. » C'est obscur-, néanmoins j'entrevois ce que le critique veut dire. Mais le vrai parfum de Rome, qu'est-ce ? Ah ! voilà le point difficile.

Pour plaire â Hécube, il faut que je lui rapporte de Rome la prochaine fois, ce cet arôme subtil de la mort qui a s'échappe des urnes bri- « sées que tient encore dans ses mains débiles ((la Niobé des nations !!! »

Or maintenant, suez, graves auteurs...

Hécube ne tolère aucune épigramme contre les chemins de fer. Je suis tancé vertement poyr avoir décrié ce mécanisme. Qui m'enpêche de voyager à pied ? demande Hécube. Si je crois que c'est la condition de produire des chefs-d'œuvre ? me (( voilà pris. Selon Hécube, saint Thomas d'Ace quin, Bossuet, ^ladame de Sévigné, Corneille (( ou leur équivalent dans les temps actuels ne (( sont point incompatibles avec les chemins de (( fer. )) Ma foi, tant mieux ! Du reste, je ne Pavais pas nié, quoique je cherche encore « l'équivalent » de Madame de Sévigné dans « les temps actuels ^j, comme dit élégamment Hécube.

Et à propos d'élégance, Hécube fait mine d'égratigner magrammaire. De l'un des (( équivalents » que ce temps-ci oppose aux grandeurs d'autrefois, j'ai dit : (( Quelle sorte de mérite vou- (( lez- vous qui se cache sous cette sorte de figure ? » Hécube souligne ce qui, et le fait suivre d'un sic, montrant qu'ellele juge incorrect. Fréquentez

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davantage les classiques français, Hécube-, vous y trouverez ce qui dont vous êtes effarouchée.

Hécube me tance encore vertement sur la « brute polytechnique. » A cause de ce mot, elle atteste que je veux détruire les sciences. Rasseyez-vous, m' amie î Dieu se déclare le Dieu des sciences -, donc la science et les sciences sont en elles-mêmes d'excellentes choses. Mais la brute polytechnique qui prétend refuser la science à Dieu et Dieu à la science, est une très-sotte et très-pernicieuse bête. Accordez cela, je vous supplie.

Pour terminer, Hécube réclame sur Socrate. Parce que je ne crois pas tout-à-fait au Socrate de la légende, elle doute, avec M. Schérer, que je puisse croire à Texistence de Jésus-Christ, et mon scepticisme, dit-elle, n'est pas moins remarquable /que ma foi. Je réponds : moi ! Vous n'admettez aucun doute sur la légende de Socrate, et vous niez rhistoire du Christ ? A^otre foi n'est pas moins remarquable que votre incrédulité î

Surchargeant le raisonnement de M. Sehérer, Hécube ajoute : a Si la ciguë ne prouve rien, que devient l'argument du martyre? » Quand ^•ous voudrez, Hécube, imaginer les considérations où vous entreriez s'il vous était proposé de boire la ciguë pour affirmer l'ensemble des croyances que

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réunit la boutique de votre éditeur, aussitôt vous saurez ce que devient l'argument du mart3Te. Et daignez agréer, Madame, les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très-humble serviteur.

Une autre dame, qui se nomme, mxais dont je me permettrai de rabattre le voile, a fait imprimer 1(3 pages in-8° où elle venge la philosophie, la science, le chemin de fer, le fil télégraphique, la brute polytechnique. Judas, Coquelet, etc. Ses arguments sont ceux des précédents critiques ; le style est notablement inférieur, et j'en suis mortifié, parce que cette dame travaille dans les petits bons livres. Voici sa mianière : « Je devais néces- « sairement être tentée de lire le Parfum de Rome. ce Cette tentation m'a coûté cinq francs cinquante (c centimes. Hélas ! que ne les ai-je employés d'une (( manière plus utile î Je n'aurais pas éprouvé une (c déception et je n'écrirais pas cette lettre : car je « ne me le dissimule pas, je fais une sottise en Té- (( crivant. »

Elle dit des choses moins sensées, mais elle ne les dit pas mieux.

Les intentions de cette dame sont d'ailleurs louables ; elle en a un certificat de mon ami Coquelet.

Coquelet s'est converti , et comme je Tavais prévu, Coquelet catholique reste Coquelet et me reste contraire. Je le retrouve dans un journal religieux, sous le noble pseudonyme de Martin de...

Armé de Taiguille à tricoter de la dame aux cinq francs cinquante centimes, il me fiert terriblement.

J'ai beaucoup traduit Coquelet ^ je lui laisse ici sa langue naturelle.

« Madame Emilie **^ qui s'est fait connaître par des ouvrages dont elle a banni les passions violentes, et dans lesquels respirent les sentiments religieux les plus profo-iis et le plus parfait catholicisme, a cru devoir, dans l'intérêt même du catholicisme, protester contre l'ouvrage intitulé le Parfum de Rome, dans une lettre qu'elle adresse à l'Auteur. Le Parfum de Rome a contre lui la conspiration du silence des journaux ennemis des croyances de cet écrivain, et des journaux qui partagent ces croyances, parce que ceux-ci ont trouvé leur cause mal plaidée. UAmi de la Religion vient prouver à Madame Emilie qu'il ne fait pas de calculs systématiques consistant à ignorer un Uvre parce qu'il déplaît. Il a pour principe de ne forcer ni l'éloge ni la critique à l'égard des écrivains religieux, comme envers ceux qui ne le sont pas. La modération a une position admirable pour dire la vérité à tout le monde, et je

ne sache pas de vérités plus saisissantes, plus poignantes que celles qui viennent d'elle. »

\^oyons comment Coquelet, devenu M. Martin de Quelquepart, va me percer du poignard de la modération, lequel est toujours l'aiguille à tricoter de la redoutable Emilie;

« Madame Emilie *"* dit à l'auteur du Parfum de Rome : Je vous ai toujours connu acerbe, violent, ]:aradoxaL équivoque ;^i', rageur, injuste, et je vous pardonnais tout cela. Mais comment vous pardonner le Parfum de Rome, oii l'on trouve tous vos défauts moins le talent qui les fait excuser. Dans son irritation, Madame Emilie "* pince et mord M. Veuillot partout où elle peut, mais avec •un esprit, une grâce et un charme infinis. »

Il est certain que cette dame est gracieuse, mais Coquelet, qui la reproduit, a bien son charme propre. Ecoutons encore :

c( L'auteur du Parfum de Rome reproche au Piémont rimpiété de son agression : il était dans le vrai ; mais après avoir dit que Victor-Emmanuel s'at-

i) La dame a écrit cynique; je ne sais pas pourquoi mon honorable ami la corrige. S'il recueille cet article dans ses œuvres complètes, je le prie de restituer le texte de la dame. J'aime mieux cynique qu'équivoque; et quand Martin Coquelet de Quelquepart saura sa langue, il s'expliquera mon goût.

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taque à Dieu même, il ajoute, qu'on //// ôte à Dieu!) son petit domaine réservé, sa petite couronne temporelle ! L'auteur de la brochure , indignée de ce langage, de s'écrier que Voltaire n'eût pas mieux dit.

« Un des objets de la colère de l'écrivain , c'est le télégraphe électrique et les chemins de fer. Il regrette le temps où l'on allait à pied à Rome en chantant des cantiques. Qui vous empêche de vous donner encore ce plaisir? lui dit madame Emilie ***. Il reprend que la hberté est pendue aux poteaux du télégraphe électrique, la spirituelle dame lui répond que ce n'est pas sa plume qui l'en détachera.

« Il affirme que saint Thomas n'eût pas écrit la Somme s'il avait voyagé en chemin de fer, que 1'/mitât ion n'a pas été composée en wagon, et qu'avec les voies ferrées nous n'eussions pas eu les chefsd'œuvre d'Homère, du Tante et de Shakspeare. Ceux à qui il faut de l'impulsion pour penser n'en manquent pas à coup sûr, dan,, les chemins de fer, et à ceux qui ont besoin de repos et de temps pour écrire, le chemin de fer leur en procure plus vite que le coche et les vieilles messageries. Nous n'aurions trouvé à opposer que cette réponse banale , l'auteur féminin de la lettre en imagine une beaucoup meilleure : « La vapeur serait-elle fatale, ditelle, au génie ? Et serait-ce parce que vous avez voyagé en chemin de fer pour aller recueillir les Parfums de Rome que vous avez tait un livre si médiocre? )>

Ici Coquelet marque un léger dissentiment avec la dame et fait un moment cavalier seul :

(c "Nous voulions linir là, mais il nous revient en mémoire un mot de Madame Emilie *** que nous ne devons point passer sous silence. Nous trouvons très-exagéré celui d'un prêtre cité par elle : Que M. Louis Veuillot et les hommes de son école ont fait plus de mal à l'Eglise que ne pourraient lui en faire dix siècles de philosophie voltairienne et d'hérésies. Non, le catholicisme est trop fort pour que de leurs faibles mains quelques hommes parviennent à secouer aussi dommageablement un si grand arbre. Le catholicisme est à l'abri de ses plus furieux amis comme de ses ennemis les plus implacables. Mais voici ce que nous tenions à citer : « Un protestant, dit Madame Emilie ***, insista « pendant un an pour faire recevoir V Univers (c dans un cercle littéraire dont il faisait parce tie. 11 eut à vaincre une forte opposition, entin « il réussit. Expliquez-moi, lui demanda Madame « EmiUe ^*^, pourquoi, vous protestant, avez pris « tant de peine pour faire admettre dans votre cer- « cle ce journal cathohque? — Cela est tout sim- « pie, répondit-il, je combats le catholicisme : pour « le détruire je ne connais pas de meilleur dissol- (( vaut. ))

Voilà le complément de la critique du Parfum de Rome, et le vrai portrait de Coquelet, peint par lui-même.

A présent, si mon livre fait du mal, j'ai lourni le contre-poison.

J^ai fait le pèlerinage de Saint-Laurent hors les murs, en compagnie d'un bon curé qui m'a dit la messe, et d'un sous-officier des zouaves pontificaux qui l'a servie. En allant, notre curé faisait sa préparation ; en revenant, il continuait son action de grâces; si bien que j'ai tiré de lui peu de discours. En revanche, le zouave, quoique timide et discret, ne demandait qu'à parler. C'est un garçon de vingt-deux ans, trèsmgénu, bien au courant de certains sujets, et sur d'autres faisant des questions de petite fille. Il a conté son histoire, il a dépeint quelques-uns de ses camarades, qu'il honore beaucoup; il a décrit e bataillon. Je possède maintenant le type du ^^ouave , et je suis à même d'en rendre compte {i).

(i) Je peux aujourd'hui nommer ce zouave : c'était Arhur Guillemin. Il était de la fondation du corps, le dix-

Je trouve bien à admirer parmi ces jeunes gens ! Nous avons encore la meilleure espèce de Croisés, Je dis la meilleure, puisque l'on peut toujours remarquer du meilleur et de Finférieur même dans Texcellent. Il y eut des hommes qui se croisèrent pour expier leurs péchés, en quoi ils furent extrêmement à louer. D'autres partirent, emportés par un généreux esprit d'aventure, je loue encore ceux-là \ cet esprit d'aventure, alléché de danger et d^inconnu, est une des belles pièces de la machine humaine. D'autres prirent la croix par un certain respect humain , qui ne leur permettait pas de s'abstenir, l'entreprise, d'ailleurs sainte et valeureuse, étant admirée des dames : je suis loin de mépriser ce bon respect humain; les sacrifices qui lui sont faits méritent d'être récompensés par une lumière qui en épure le mobile. iMais le vrai Croisé était le bon dévot, en pai^ avec sa conscience, d'humeur tranquille, indifférent à l'opinion du monde, qui disait en sonjcœur : Dieu le veut! et prenait la croix uniquement poui obéir à la volonté de Dieu. Ceux-là étaient vraiment la croisade -, c'est à eux que Dieu devai quelque chose. Ils voulaient le Saint-Sépulcre

septième arrivé. Dans l'invasion de 1867, il commandai l'héroïque colonne de quatre-vingts et quelques zouaves qi; reprit Monte-Libretti, défendu par un millier de Garibal diens. Il fut tué avec son sous-lieutenant Quelen , maî vainqueur.

et Dieu le leur donna ; ils voulaient briser le Croissant, et ils le brisèrent, et le Croissant resta brisé même après que le Sa-int-Sépulcre fut repris.

Ce grand sentiment, ce grand amour de la volonté de Dieu a été l'unique motif auquel ont obéi beaucoup de ces nobles enfants. Ils n'ont pas cru qu'ils dussent faire grand'chose.Myzaël de Pas me disait en partant : « Je suis faible, je suis malade , je ne me trouve bon à rien , mais on peu toujours mourir. » Il a été tué à Castelfidardo. Lanascol, charmant enfant, tué aussi, et tant d'autres encore qui ont eu le même sort, quittèrent la douce maison paternelle sans croire qu'ils sauveraient la Papauté. Dieu lèvent! Et ils ont donné ^eur sang. Ainsi a fait mon servant de messe de ce matin. Il n'est pas né bien haut. Il sort de cette petite bourgeoisie qui ne mange encore que le pain rassis du travail. Ses classes terminées , il songea uniquement à se racheter du service militaire pour suivre quelque profession qui le mît à même d'assister ses parents. Tout- à -coup survint en son cœur cette voix de Dieu. Elle lui fit peur d'abord, tant elle brisait Tordre arrêté de sa vie. Mais ses maîtres lui avaient appris ce que c"cst que PEglise, et la voix de Dieu le disait davantage. — « Seigneur, que je puisse d'abord enselir mon père! — Non, laisse les morts ensevelir

les morts, et suis-moi. » Sa mère voyait ses combats et ne lui en demandait pas la cause. Il y a des choses que les mères devinent. Elle restait neutre, priant, voulant, elle aussi, faire la volonté de Dieu. Enfin, un jour, il lui dit : — « Je pars... je pars aujourd'hui! » Les yeux baissés, sans s'accorder une larme, sans laisser échapper un soupir, elle répondit : — a Va! » Quelques mois après, il était couché sur le champ de bataille de Castelfidardo, la poitrine ouverte d'un coup de baïonnette. Le Cialdini qui Pavait frappé trouva dans ses poches vingt sous qu'il prit et une Imitatio Christi qu'il laissa. A Castelfidardo, le roi Victor-Emmanuel ramassa deux provinces, mais ses soldats ne firent qu'un maigre butin.

Celui que Dieu garde est bien gardé. Notre zouave sortit vivant des hôpitaux du Galantiiomo. Il revint à la maison maternelle et tomba mourant sur le seuil. Sa mère pria. Dieu le guérit. Lorsqu'elle le vit guéri, elle dit la première : « Il faut repartir. »

Cette histoire est celle de beaucoup de zouaves pontificaux à qui Dieu a donné de pareilles mères. Madame de Lanascol, un cierge à la main, récita le Te Deum devant le cadavre de son fils. L'humble mère du pieux et doux Guérin, mort en odeur

de sainteté, est de cette race, la vraie race de la croix. Oh! que Dieu fait aux siens une grande gloire, de montrer parmi eux de telles âmes, dans ce siècle perdu de bassesse, et tout plein de triomphes escroqués !

J'ai revu mon zouave et quelques-uns de ses camarades et amis, car ils s'aiment d'une grande affection. Je le dis toujours, cette jeunessse est l'honneur de notre temps. Dieu leur donne des sentiments sublimes. Dans la basilique de Latran, prosterné devant la relique de l'institution de TEucharistie, Guérin offrit, comme Français, sa vie pour la réparation des torts de la France envers la sainte Eglise et le Très-Saint-Sacrement de Tautel. Beaucoup de traits de ce genre ont é^é pieusement recueillis par le comte Anatole de Ségur T -, beaucoup d'autres demeurent ignorés du monde, mais Dieu les connaît. Ils peignent nos zoua\es. C'est parmi ces jeunes gens que la littérature ira chercher des figures héroïques, des âmes rayonnantes de la grande poésie, fortes et ingénues, amoureuses du sacrifice. Si le nombre en était plus grand, j'appuierais sur un fonds plus solide l'obstination de mes espérances dans les prochaines revanches de Dieu. Il y

(i) Les martyrs de Casteljîdardo.

a là d'admirables vaillances, des esprits ardents et justes, des cœurs enflammés de nobles désirs. Ils étaient venus offrant leur vie : on leur demande, et ils donnent davantage*, on leur demande la patience, et ils sont patients. Pour une troupe ainsi formée, pour des âmes de cette espèce intelligente et généreuse, il y a considérablement de prose à dévorer dans ce service qui se présente de loin sous des couleurs si brillantes. Point de combats, point d'éclat, aucune perspective flatteuse, pas même la consolation de monter la garde à la porte du Saint- Père : par diverses politiques, les zouaves pontificaux sont relégués hors de Rome, réduits à la vie de garnison la plus étroite. En sorte qu'ils donnent les précieuses années de leur jeunesse sans aucun profit apparent pour personne ni pour euxmêmes. C'est une étape d'une durée indéterminée à fournir, une marche à travers le vide avec un caillou dans la chaussure. Au bout, peut-être un guetapens, du genre de Castelfidardo, peut-être rien ; mais peut-être aussi l'occasion de mourir utilement pour l'Eglise. Ils restent à cause de et pciit-etre. Pour rhonneur de protester contre l'apostasie générale, ils laissent de côté toute considération personnelle, et plus d'un étouffe son cœur aussi bien que son ambition. Je me sens plus que de l'attachement, j'ai du respect pour ces âmes élevées et dévouées, et je prie Dieu de leur donner cette récompense ici-bas, qu'elles ne tombent point dans

LKS ÉVKQUES. ^5 3

les vulgarités dont elles ont su si glorieusement s'affranchir.

LES EVÉQLES.

Près de trois cents évèques sont maintenant ici. C'est un grand spectacle dans Rome, et le spectacle de Rome en est plus grand. On éprouve cet éblouissement que produisent les choses qui ne doivent pas reparaître deux fois dans le cours d'une vie humaine; on sent passer un grave moment de rhistoire. Ou, je parle de nous autres-, car, parmi ceux du monde extérieur, beaucoup regardent et ne comprennent point, et ce qui est pire, ils croient comprendre. — Qu'importe, disent- ils, et que peuvent ces vieillards et leurs vains discours? Ils traînent un bâton que leurs mains débiles ont peine à soulever : opposeront-ils cette arme caduque à l'arme de précision ? Tous ensemble ne sauraient pas tenir une minute contre un demi-peloton de fantassins.

— Pardonnez-moi, messieurs; ils tiendraient. Mourir, c'est ce qu'ils appellent tenir, ^'os fantassins, on les a lâchés sur eux plus d'une fois depuis deux mille ans, toujours munis d'armes trèssupérieures au bâton pastoral. Ces vieillards ont tenu, ils sont morts, et les voici. Pensez-en ce que vous voudrez, messieurs; vous avez devant vous les vrais rois de la terre. Où trouverez-vous des rois plus rois que ceux qui régnent et qui commandent et qui n'ont point d'armée ni d'épée? Saint Cyprien était de ces hommes contre qui les fantassins exercèrent leur puissance. Il disait : (c Un évêque tenant dans sa main l'Evangile peut être tué, on ne le vaincra pas. ?>

Je m'approche de ces hommes augustes ; je regarde, j'entends, j'admire. Ils se nomment frères, et ils le sont. A travers toutes les diversités de caractère, d'âge, de patrie, la première chose qui apparaît à la surface, et la dernière que l'on trouve au fond de chacun, c'est l'empreinte du Christ. Frères, en effet, fils de la même mère, pasteurs du même troupeau. Ils n'ont qu'un seul cœur, qu'un intérêt, qu'un amour. L'aigle, et le lion, et l'agneau, et la colombe ne disent que deux noms, et les disent du même accent : le nom de Jésus, le nom de Pierre; et ces deux noms ne sont qu'un même nom.

LES évÊQUES. 455

A côté du cardinal romain, qui ne dépose jamais la pourpre et qui vit entouré de serviteurs dans la splendeur tranquille de son palais, on voit l'évèque missionnaire qui fait ses courses la nuit, seul, pieds nus, vêtu de haillons, également en péril d'être tué par les hommes, dévoré par les bêtes, écrasé par les éléments. Tous les jours de leur vie sacerdotale, l'un sur Tautel furtif qu'il dresse au milieu des déserts ou dans les ténèbres des retraites souterraines, l'autre sur les autels de marbre et d'or de la ville de Dieu, ils ont offert le même sacrifice ; ils l'offrent ici dans les mêmes sanctuaires. Prosternés Tun près de l'autre, ils renouvellent le serment spécial qui les lie à la Croix ; Tun se dévoue à la dent des bêtes, l'autre à la main des révolutions ; l'un et l'autre demandent à Dieu de glorifier son nom, de faire triompher son Eglise et sa vérité.

Tous puisent à la source pour eux-mêmes et 3our les autres ^ et comme la terre, profondément échauffée, produit l'abondance des fruits et des fleurs, ils s'en iront tout remplis des richesses de a grâce et distribueront à leurs peuples les profusions de l'aliment sacré. Là ce sera le pur froment, et là l'herbe tendre, et là le vin généreux, et à le lait et le miel qui coule de la fleur -, et toutes :es délices vivifiantes seront l'harmonie du nom de Pierre et du nom de Jésus.

4^6 LIVRE XII. CHAPiriŒ XVI.

PAPOLES DE L EVHQUE DE TULLE. — ROME.

Oh ! que de choses douces et sublimes s'entendent ici, et que ces hommes ont d'autres pensées que celles qui rampent dans le monde! J'étais ce soir chez révêque de Tulle. Il nous disait Pierre et Jésus et Rome. Je veux essayer d'en répéter quelque chose. \'ous ne me reprocherez pas d'y revenir trop souvent ; c'est une félicité que vous m'envierez plutôt. L'évêque de Tulle est la véritable voix de rheure, la voix du lieu, la voix des esprits et des âmes. Il n'avait jamais vu Rome, et il la connaît dans son essence divine. Il sait ce qu'elle est et pourquoi elle est, et son langage est le vêtement, la couleur et la saveur propres des idées ! qui planent et qui chantent ici. On disait les mêmes ] choses avec le même accent dans les Catacombes illuminées par le miracle et réjouies des assurances ; de la victoire -, on enseignait ainsi aux âges théolo- j giques, dans la sérénité resplendissante des écoles, ! lorsque les eaux immenses de la doctrine couvraient pour ainsi dire le monde, et que toute intelligence , s'abreuvait aux profondeurs de Dieu.

PAROLES DE L EVEQLL DK 1 ULLE. — ROME. 4D7

L'évêque avait près de lui un de ces livres que peu de savants en ce temps-ci connaissent, même de nom, qu'un plus petit nombre encore consultent, et que seul peut-être il sait bien traduire. Connaissez-vous Lucas Tiidensis, ou Luc, évêque de Tuy, en Espagne, au treizième siècle, qui écrivit contre les Albigeois ? Ecoutez ce que cet écrivain a dit de Rome :

(( Le Christ, suspendu à la croix, avait le front suspendu vers l'hémisphère occidental ; sa tête s"inclina de ce côté quand il mourut. Ce prêtre souverain, par l'oblation de son esprit et de son corps, par Teffusion de son sang sacré, consacra le monde, et en particulier la région de l'Occident. Et, en eiïet, dans cette région a fixé sa demeure le Pontife de Rome, celui à qui, par-dessus tous les évêques de la terre, le Christ a conféré par excellence le droit de lier et de délier dans toute la plénitude du pouvoir.

(( Cette dignité ineiiable, le démon Tavait soupçonnée lorsqu'il ambitionnait de mettre son trône dans les flancs de Faquilon. Il espérait devenir semblable à Dieu, pourvu qu'il lui fût donné d'exercer son cruel empire sur les hommes... Le prince du mal s'était donc installé dans Rome. De là, par ses cultes sacrilèges et son précepte mauvais, il tyrannisait l'univers. Notre-Seigneur Jésus-

Christ, monté sur la croix d'où il devait le vaincre, s'appropria la ville.

« Rome, quoique faisant partie de l'Occident, a son site dans une région brûlante : c'est l'emblème des attributions de la reine et mère de toutes les cités; embrasée de la flamme de la charité divine, elle réchauffe les glacés par les saints exemples et la bonne renommée, elle illumine les ignorants par la divine science. N'est-elle pas la 1 brillante Reine assise à la droite de Dieu, avec son manteau couvert de broderies ? Dans son sein habite celui qu'à cause des splendeurs de son trèsexcellent pouvoir, toutes les nations appartenant à Tordre du salut proclament avec amour le Pontife romain, le suprême Prince, le plus élevé des Prêtres.

(( Ville mystérieuse, elle est littéralement la cité du grand Roi, la cité de Dieu. Dans son enceinte, le Seigneur déploie spécialement sa puissance. C'est sur son sol que se lève la plus haute des souverainetés reconnues par les citoyens de la Foi. On l'appelle à bon droit la montagne du Testament, le mont Sacré. En effet, le Christ y fonda pour le Pontife romain un vaste héritage d'excellence, de dignité , de paix et de gloire ; il T}^ créa monarque constitué à jamais au-dessus de tous les princes du sacerdoce.

PAROLES DE l'ÉVKQUE DE TULLE. — ROME. 459

(( Afin de consolider cette ville très-sacrée et de la purifier des souillures des idoles , après avoir lui-même versé son divin sang, le Seigneur convoqua l'innombrable multitude des Saints. Il voulut que chaque patrie eût à Rome un représentant qui lui apportât de pieux tributs. La Judée donna Pierre, chef de l'apostolat ; la Cilicie, Paul, docteur des Gentils; les Espagnes donnèrent le très-saint lévite Laurent; leur sang empourpra la cité, leurs os la décorèrent. Des autres régions de l'univers furent députés et des mart^Ts difficiles à compter et de nobles confesseurs offrant à l'envi leur sang et leur foi. Ils voulurent y prendre le repos de la tombe, et ainsi lui donnèrent un sceau de grande majesté.

« Elle est si sainte, cette ville, que quiconque chemine vers elle dans un esprit catholique, résolu à se corriger des crimes qu'il a commis , quels qu'ils soient, il est assuré d'en obtenir la rémission et de recevoir la grâce par le ministère du Pontife, Vicaire très-intime du Christ, héritier et successeur de Pierre.

(( Dans les temps reculés, le Prince des esprits pervers, voulant solenniser ses folies et son culte, avait rassemblé dans cette ville les meilleures dépouilles des peuples, les perles, l'or, Targent, les marbres. Le Fils de Dieu, plus fort que lui, est

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survenu et a livré ces trophées aux Apôtres et aux martyrs. Ce qui servait à l'idolâtrie tourne à l'honneur des églises saintes. Le trompeur a été pris dans son piège -, lui et les siens ont fait un long travail pour Pornement du trône du Fils de r Eternel. «

Anisi parlait ce docteur du treizième siècle, répondant par avance aux questions de nos jours.

PAR0T.es de L KVÊQLE de tulle. — PIERRE.

L'évêque nous disait ensuite la gloire de Pierre et sa longue durée :

c( Jésus-Christ demanda un jour aux Apôtres : Qe disent les hommes de moi ? Pierre répondit : Les uns disent que vous êtes Elle-, les autres, Jean- Baptiste ; quelques-uns, Tun des prophètes. — Et vous, reprit Jésus, qui croyez-vous que je suis ? Pierre, aussitôt : — Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant! Alors Jésus-Christ parla ainsi à

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