‹ Le parfum de Rome (volume 3)Chapitre 222 sur 230 · LE CAMP DES PRETORIENS · texte numérisé non relu

LE CAMP DES PRETORIENS

tous les jours combien Coquelet a raison de dire qu'il faut être de son temps. Du reste, cette ca- .^erne s'élève dans des conditions inaccoutumées. H ne faudra qu'un peu de soin pour qu'elle soit une belle chose, et, avec la grâce de Dieu, elle pourra devenir une chose inutile. En fait de caserne, on ne peut souhaiter mieux.

Les vieux murs de Rome ferment le camp des Prétoriens. Par-dessus les murs, on y voit Sainte- Marie-Majeure, Saint-Iean de Latran et les montagnes-, on voit ces arbres de la ville éternelle, ces pins et ces cyprès qui sont toujours si bien placés.

Un seul décor suffisait à la scène. Dans l'angle formé par le mur antique, sur le mur même, on avait assis une copie colossale de la statue de saint Pierre au Vatican. Hautede six mètres, elle dominait cet espace. Le piédestal disait deux paroles : la parole éternelle : Tu es Petnis; la parole du moment, très-auguste en ce moment : Pro Pétri sede. C'est la devise de la médaille de Castelfidardo, Elle entoure la croix de Saint- Pierre, renversée, mais debout comme une épée tirée pour la justice. Epée des princes selon le cœur de Dieu, toute autre que Tépée des conquérants.

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Je ne sais si, dans les fastes des armées, on rencontre beaucoup d'exemples d'un mémorial de défaite distribué aux soldats vaincus comme gage d un éternel honneur et d'une victoire éternelle. En tous cas, cela est de mise dans Tempire de la Croix.

L'armée pontiricale était là : sept à huit mille hommes. Le peuple de Rome y était aussi, et un grand et beau reste des foules de la canonisation, fidèles de toute langue, citoyens de Rome par le baptême et par le cœur. Le peuple se tenait en bon ordre, comme l'armée. A Rome, il n'y a point de turbulence*, la multitude se contient elle-même par un sentiment qui domine la curiosité. Le concours était spontané. On a su que le Pape serait à la cérémonie, chacun a voulu venir. Cette ardeur de voir le Pape ne s'épuise pas et ne diminue pas. Pie IX apparut; armée et peuple tombèrent à genoux.

C'est Mgr CuUen, archevêque de Dublin, primat d'Irlande, qui othciaif, homme plein de science, de force et de bénignité, vraie tigure de sa chère patrie, dont il porte en lui toute la constance et toutes les douleurs. Il était escorté d'une vingtaine de jeunes soldats, reste de la brigade irlandaise. On chanta les litanies des Saints; l-i multitude répondait. Nous avion.s là une image

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de CCS temps où le peuple tout entier s'associait d'un cœur intelligent anx fonctions sacrées du culte, chantant les prières comme un chant du berceau et de la patrie.

Aux côtés du Pape, il y avait, à droite, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, le fils du grand philosophe chrétien. Comme Joseph de .Maistre, Bonald a laissé des tils, et la vénération s'est accrue devant son nom glorieux. A gauche, la Belgique était représentée par le majesteux et bon cardinal Sterkx, archevêque de Malines. Sur l'estrade pontificale, on voyait les autres cardinaux des nations. Cela s'était rencontré ainsi, comme pour bien montrer que cette caserne et ces soldats ne sont point des instruments de guerre. Point de cardinaux romains. Ils assistaient à une séance académique où Mgr Nardi, savant auditeur de la Sacrée Rote, devait parler sur les principes de 89-, et je suis sûr qu'il a dit des choses pleines de sens, plus sincèrement libérales que tout ce qui sortira jamais de la bouche et de Fencrier de nos libéraux. Pour achever de donner la note du temps, telle qu'on la trouve à Rome, il y avait encore là des proscrits. On voyait sur Testrade, la reine veuve de Naples et quelques-uns de ses jeunes enfants. U y a présentement en Europe deux grandes terres d'asile, l'Angleterre et Rome. La puissante Angleterre

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donne asile aux régicides, Rome aux princes détrônés. En général, c'est l'Angleterre que les princes admirent ! Je souhaite aux princes napolitains d'aimer, d'admirer, de vénérer toujours Rome, même s'il arrive qu'ils n'aient plus besoin de cet abri. Et s'ils recouvrent le trône, il sera prouvé que l'ombre de Pierre ressuscite encore les morts.

La cérémonie faite, on prévint le Saint-Père que l'armée allait exécuter le (( défilé. )> Il demanda au cardinal de Bonald ce que c'est que le défilé ? Il n'est pas bien au courant de ces jeux de la puissance humaine. Le défilé toutefois dut le satisfaire, car il lui fut une occasion de voir au vif le sentiment des Romains. A mesure que les petits corps de sa petite troupe passaient devant lui, des acclamations enthousiastes s'élevaient du sein des spectateurs -, le peuple applaudissait l'armée.

Les premiers qui essuyèrent ce feu de cris et de fieurs furent les palatins, milice purement civile. Il n"y a certes pas de pareille garde nationale dans le monde entier. Elle est tout en or. Elle marche et manœuvre admirablement sous les ordres de son colonel, prince -romain , trèsbel officier. Ensuite vinrent les régiments de ligne. Beaucoup de ces soldats portent la médaille

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