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et en promit d'autres, ne demandant que le temps nécessaire pour les préparer. L'allégresse des Romains retentit dans le monde entier. Un hosannah incomparable inaugura ce règne qui, sauf de courts intervalles, n'a été qu'une tempête. Le monde eut comme un éblouissement de tendresse. Il entrevit la conciliation possible de Tordre et de la liberté. Pie IX ne prétendait rien vendre, ne se faisait rien arracher. Il agissait largement, en homme d'Etat qui sait jusqu'où il peut aller, en honnête homme qui ne veut pas trop redouter la trahison, résolu même de Taifronter jusqu'aux extrêmes limites de la prudence, pourvu qu'il y gagne de mettre en lumière sa propre loyauté. Grande et saine politique, mais à l'usage seulement des justes, qui sont seuls les prudents et les forts-, politique des Papes, par laquelle ils ont conquis toujours, ou plus tôt ou plus tard, Tadhésion de la conscience humaine.
Il est vrai, en un sens, qu'aucune des concessions de Pie IX ne lui a réussi. Ses bienfaits sont tombés sur des traîtres- les politiques ont souri de sa candeur. Le monde est toujours cet ignorant qui, ne voyant rien lever sur les pas du semeur, le raille de sa semence et de son travail perdus. Pie IX a vu le bien possible, il Ta voulu faire; il a cru à la liberté, il lui a tendu les bras-, il a cru à l'honneur, et s'est con-
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né aux serments. Rien ne prouve encore que les habiles et les traîtres y aient autant gagné que lui. Par cette expérience, il s'est assuré Tadmiration et Tamour des cœurs droits. L'adhésion de la conscience publique est un fonds qui demeure. Elle ne se laisse pas en-iporter par l'opinion, et elle a son jour.
A l'abondance des bienfaits, les révolutionnaires répondirent par le luxe des trahisons. Les amnistiés renouèrent leurs complots. De l'enthousiasme populaire ils firent une émeute permanente. La sédition, portant des tleurs, s'agenouillait devant le Pontife et lui demandait en hurlant de la bénir. Elle comptait le séduire , elle ne fit qu'éveiller sa prudence; elle crut l'intimider, elle le trouva aussi ferme qu'il restait doux. Elle entreprit alors de le contraindre et lui montra le poignard : elle put déchirer son cœur, non le rendre moins miséricordieux.
Pie IX avait résolu de faire à la liberté une grande part; il ne voulait cesser ni d'être Pontife, ni d'être roi, ni d'être père. La Révolution exigeait qu'il sanctionnât ses doctrines, qu'il prît son drapeau. Il condamna ses doctrines et ses œuvres, maintint hautement les droits qu'elle prétendait lui faire abdiquer, refusa de déclarer la guerre à l'Autriche. Le Xoii possumiis , opposé
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depuis à d'autres adversaires, il en a premièrement frappé la sédition, qui lui parlait bouche à bouche. N'oit posso, non debbo, non voglio. Je ne puis, je ne dois, je ne veux ! Devant les thèses philosophiques, il s'écria : Hors TEglise, point de salut ! Les démagogues n'avaient plus que leurs poignards. Le ministre du Pape, Rossi, fut assassiné. Cet homme, jadis mêlé aux conspirations, aimait vraiment l'Italie. Comprenant enfin que la cause de la liberté italienne était la cause même de la Papauté, il eut le bonheur de perdre sa vie pour la vérité qu'il avait longtemps méconnue. L'assassin le frappa sur le seuil du sénat révolutionnaire , à la vue de deux cents misérables prétendus représentants du peuple romain, les uns complices, les autres terrifiés. Aucun de ces lâches ne se leva pour secouer le sang qui rejaillissait sur eux. Le Pape, prisonnier, dut fuir pour épargner aux Romains la responsabilité d'un de ces forfaits que Dieu ne punit pas seulement sur les coupables, mais sur ceux qui le laissent commettre et sur leurs enfants.
Le cœur du genre humain suivit Pie IX à Gaëte. A Rome, la République s'installa, présidée par des Triumvirs; un assassin et deux traî-
très obscurs. Ces sinistres faquins étalèrent aussitôt leur totale incapacité ; l'Europe , quoique devenue facile, poussa un cri de dégoût. La République française, mandataire des nations catholiques en proie aux révolutions, termina par la force les courts destins de la République romaine. Il n'y eut pas même d'étonnement. C'était l'impérieuse volonté, rimpérieuse nécessité du monde. Pie IX revit Rome agenouillée et pleine de joie.
Mais déjà la diplomatie conservatrice reprenait l'œuvre du Triumvirat. En rétablissant le Pape, elle prétendait lui imposer la déchéance. Elle ne lui avait rendu que la couronne d'épines. Elle ne l'empêcha pas de ceindre aussi la tiare et de lever la tête au-dessus de tous les fronts, à la hauteur où la tiare doit être vue. Malgré les difficultés de tout genre. Pie IX sut efficacement travailler à réparer les désastres de l'orgie républicaine. Il gouverna son peuple et l'Eglise, rétablit la hiérarchie en Hollande comme il ra\'ait rétablie en Angleterre, proclama le dogme de rimmaculée-Conception, embellit Rome et restaura la voie Appienne. Quelques années s'écoulèrent ainsi dans une sorte de tranquillité. Les gouvernements européens ne tourmentaient le Pape qu'en secret. La diplomatie leva le masque au Congrès de Paris. Cavour, ministre du Pié-
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mont, parla dé la nécessité d'intervenir pour le peuple romain opprimé par le gouvernement pontifical ! Les représentants des puissances ne protestèrent point contre ce coup de stylet-, ils prirent au contraire en grande considération la parole du Piémontais. L'opinion fut savamment animée contre le gouvernement de Pie IX. Bientôt éclata la guerre d'Italie, qui fut une guerre contre la Papauté. On vit l'envahissement des Romagnes , le guet-apens de Castelfidardo , l'armée du Saint-Père assassinée , ses provinces envahies, et le consentement de l'Europe à tous ces crimes.
Rien n'ébranla le ferme courage de Pie IX. Le conquérant osa lui présenter d'hypocrites excuses et lui proposer un accommodement. Il répondit que, quand même ses serments ne l'obligeraient pas à maintenir intact le patrimoine de l'Eglise, il refuserait encore de souiller sa conscience par aucune adhésion à des actes qui engendrent l'irréligion et l'immoralité. C'est là qu'en sont les choses. A l'iniquité triomphante. Pie IX oppose son droit désarmé, et l'iniquité et le monde s'aperçoivent avec stupeur qu'il n'est pas vaincu.
Les principales qualités que l'on croit néces-
saires aux maîtres de la politique humaine, la dissimulation, le dédain de la justice, Tambition ardente et impitoyable , le mépris des hommes enfin, manquent à Pie IX • la nature Ten éloigne autant que la foi. Mais il connaît ses devoirs et il les remplit. Il doit soutenir les droits de TEglise et Thonneur de Dieu*, il n'y manquera pas, quelque péril qu'il faille braver. Il n'est pas chargé de faire triompher la vérité méconnue, il est chargé de confesser cette vérité jusqu'à la mort. A toutes les suggestions, il a répondu : Non ! A toutes les menaces : Faites î Par ces deux seuls mots, il a lié aux portes de Rome les flots de la Révolution. Pourquoi ne passent-ils pas ? Pourquoi le ^"atican n'est-il pas submergé? Dieu le sait! Humainement, la constance de Pie IX, supérieure à tous les désastres, est Tunique raison du prodige. En refusant d'abdiquer son droit, le juste désarmé ne s'est pas seulement montré plus grand que ses agresseurs, il est devenu plus fort. Il a rallié autour de lui une force qui semblait n'exister plus ici-bas, Tamour. Il est aimé. Il donne au genre humain le spectacle salutaire d'un chef de peuple en qui la conscience peut se reposer parfaitement, qui ne dit rien que de vrai, qui ne veut rien que de juste, qui rend pleinement raison de ses actes, et qui, sans autre ressource, par la seule majesté de sa couronne et la seule magnanimité de son cœur, dompte toute violence et déjoue toute supercherie.
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Toutefois s'il dédaigne les menées de la politique, Pie IX n'est pas sans moyens personnels de défense et même d'attaque. Outre cette armure du droit, de la justice et de Thonneur, que ni contrainte ni feinte n'a pu lui faire déposer, il possède la perspicacité, la patience, la décision. Il ne hait point les hommes, il ne les méprise pas, mais il les connaît. Lorsque son œil pénétrant et calme a saisi la fraude, il est en garde pour toujours. Les conspirateurs ne l'ont pas trompé longtemps. Il a saisi leurs combinaisons les plus enveloppées, et, sauf peut-être certains coups de scélératesse qu'un homme de bien ne saurait prévoir, rien ne l'a surpris.
Il n'a craint ni de se taire, ni de parler; sa miséricorde sait attendre, sa vigilance sait se hâter^ il élève à propos sa voix loyale qui éclaire la bonne foi , démasque la fourbe , condamne Terreur. Il a une éloquence soudaine, forte, toujours simple. Quand Tennemi semble sur le point de faire un dernier et victorieux effort. Pie IX trouve aussitôt une occasion de parler. Il pornonce un mot qui retentit par toute la terre. Un jour, à Saint-Jean de Latran, il étendit la main du côté du Colisée , voisin de l'auguste basilique : « Cet amphithéâtre, dit-il, ce Colisée qui est « près d'ici fut, dans les premiers siècles de TE- « glise, un calice qui reçut le sang des héros
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« chrétiens. Il est aujourd'hui la coupe qui reçoit « nos larmes. Ce sang et ces larmes crient vers (( le ciel ; ils toucheront le cœur de Dieu en (( faveur de son "Eglise. Assurez- vous, comme je « le suis moi-même, que les desseins des enne- (( mis de la sainte Eglise ne prévaudront pas. C'est (( en la dépouillant de son autorité temporelle (( qu'ils ont espéré la détruire. Et moi, j'ai la (( certitude que cette autorité même lui sera (( rendue et que le Saint-Siège rentrera dans (( toutes ses possessions. Il se peut que je cesse « de vivre avant que de voir cette justice, mais K qu'importe? Simon, fils de Jean, est sujet à la (( mort^ Pierre ne meurt pas. »
La foi et la bonté sont les traits dominants de cette physionomie où se réunissent toutes les splendeurs morales. La foi est sans limite; la bonté ne feçoit de bornes que des nécessités de la justice. Ces deux soleils, la foi et la bonté, se meuvent daîls une intelligence vaste comme le ciel. La présence et la conversation de Pie IX procurent à rame cette sorte de bien-être dont on jouit devant un paysage d'une immense étendue, plein de magnificence, sous un ciel parfaitement pur. C'est une sensation presque identique d'être auprès de Pie IX, ou, par exemple, de considé-
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rer Rome des hauteurs de Monte-Mario : même majesté douce, même sereine allégresse de lumière; et toute rhistoire est là , ramassée en un seul point. Le monde entier a reçu cette impression et en rend témoignage*, car Pie IX est de tous les hommes vivants celui que le monde a vu de plus près. 11 a accueilli une foule innombrable d'individus de tout pays, de tout âge, de toute condition, s'esjt entretenu avec eux et les a laissés ravis et embaumés de sa douceur. Cette patience qui écoute tout, cette intelligence qui entend tout sont servies par une mémoire qui n^oublie ni un incident ni un visage. Il s'est souvenu du pauvre, du mendiant, de Tesclave, et il les a onsolés. Sa gravité est aisément souriante, ai-^ sèment attendrie. Il parle des hommes sans amertume, évitant de nommer ceux qu'il devrait blâmer. Lorsqu'il se défend contre eux, il y a de a compassion dans son langage. En caractérisant 'acte mauvais, sa foi voit la terrible responsabilité du pécheur; l'on sent que son cœur voudrait absoudre. i
Cette mansuétude peut faire place à la sévérité iu prince, du docteur et du juge. Les petits Ti- ^norent, quelques grands Tont appris. On a vu les hommes constitués en dignité sortir terrifiés Tauprès de ce roi débonnaire. Mais ces rigueurs -ont rares , il faut que la nécessité les impose.
La bonté déborde. Envers les humbles, elle va jusqu'à la prévenance. Pater pauperum, c'est un des noms de Jésus. Tous les hôpitaux de la ville ont vu maintes fois le Souverain Pontife au lit des infirmes, faisant les fonctions d'un simple prêtre. A l'époque du choléra, il reçut la confession et le dernier soupir d'un pauvre que personne n'assistait, tant les malades étaient nombreux. Mais qu'est-il besoin de dire que le souverain Prêtre ne se dispense d'aucune des obligations du fidèle-, qu'il est humble, doux, patient, charitable, résigné: que sa vie est une perpétuelle pénitence et un perpétuel labeur ?
La vie du Pape est réglée pour le travail comme celle d\m religieux. Un jour de chaque semaine est assigné pour une classe déterminée d'affaires qui réclament Tattention continuelle du Pontife ou du Prince. Dans le courant du mois, même de la semaine, tous les services généraux de l'Eglise, tous les services particuliers de l'Etat sont inspectés et dirigés. Le Saint-Père voit en outre quotidiennement le secrétaire d'Etat ou son substitut. Il est, de plus, informé par ses camériers intimes, divers de caractère, d'aptitudes et de nation , en relations par leur origine avec tout ce qu'il y a d'élevé en Europe, tous prêtres occupés d'œuvres importantes, véritables aides de
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camp de charité. Si Ton ajoute cette multitude de visiteurs, Prélats, simples prêtres, particuliers de tous pays et de toutes conditions, hommes d'Etat, hommes du monde, pauvres pèlerins venus à pied, on avouera que nul souverain n'est aussi occupé que Pie IX, et que nul homme n'a sujet de se croire plus instruit des besoins, des vœux, des sentiments et des erreurs du temps.
Dans une intelligence si ferme , une pareille expérience , unie aux lumières supérieures de la foi, devait produire ce que le monde contemple avec un accroissement continuel d'amour : je veux dire cette assurance, cette sérénité d'une force invincible au milieu de toutes les réalités de la faiblesse matérielle. Pie IX n'ignore point ce que peuvent ses ennemis, mais il n'ignore pas non plus la place qu'il tient et ce qu'il peut par lui-même. Il a posé la main sur le cœur de l'humanité, il en a discerné les battements, et il sait, si Ton ose ainsi parler, que Dieu n'est pas tout seul avec lui. Plaçant en Dieu son espérance, il fait néanmoins cet honneur à la conscience et à la raison humaines d'attendre aussi quelque chose de leur côté. Après avoir bu jus qu'aux dernières lies de l'aveuglement, de Tingratitude et du mensonge , et quand la coupe vingt fois vidée est toujours pleine , il n'a pas
désespéré , il n'a voulu douter ni de la foi , ni de l'amour, ni de Thonneur, ni même du bon sens. Il a frappé à ces portes obstruées et gardées* il a demandé des bras, il a demandé des aumônes, et il a obtenu ce qu'il demandait. Tant que ses besoins dureront, il demandera, il obtiendra. Il a seul les paroles auxquelles répondent encore les cœurs; la vénération était morte sur la terre, il Ta ressuscitée.
Il en fait aujourd'hui même une expérience suprême , dont le succès, espéré de lui seul , est aussi honorable pour la société moderne que glorieux pour le ferme esprit qui l'avait prévu. Voilà terminé ce grand acte de la canonisation des martyrs japonais. Après la définition de rimmaculée-Conception, rien ne pouvait davantage s'éloigner des préoccupations du siècle; mais rien non plus ne pouvait mieux attester l'inébranlable foi de l'Eglise et sa persévérance auguste dans les traditions que l'orgueil rationaliste déclare épuisées. La philosophie et la politique prétendent que le monde ne croit plus aux Saints ni au Pape. Pour prouver que le monde y croit encore , le Pape conçut la pensée d'inviter le monde entier à la fête et d'appeler autour de lui, pour ce jour -là, tous les évêques de la catholicité.
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Un pareil dessein, il faut Tavouer, épouvanta les conseillers à qui le Pape s'en ouvrit. Ils craignirent les gouvernements, ils craignirent Tavenir. La célébration était fixée à six mois. Dans six mois, le Pape serait-il encore à Rome? Pie IX écouta tout, et ne redouta rien. Il avait considéré que, si les évêques étaient empêchés, le monde alors saurait clairement où en est la liberté de l'Eglise.
L'événement fait voir avec quelle justesse Pie IX avait deviné les cœurs et apprécié les situations. Les évêques sont arrivés de tous les lointains. Quel spectacle, quel coup de politique inspirée ! Trois cents évêques et tant d'autres témoins rassemblés de tous les peuples, pour dire à Rome ce que le Pape est dans Rome -, pour attester à l'univers ce qu'il en est de la vie déclinante de la Papauté et des vices prétendus de ce gouvernement temporel du souverain Prêtre que l'on veut remplacer par Tarrogance ignorante du sabre et par l'insulte du bâton !
Malgré l'angoisse de ces temps lugubres et petits, nous sommes bien heureux, nous tous qui nous trouvons là ! Nous regardons faire une grande chose, une chose voulue, déclarée, préparée, et qui se fait noblement dans la forme annoncée, en
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toute lumière. Le mortel qui est ici-bas par excellence le Fils de l'homme et le Fils de Dieu, celui par qui le ciel et la terre se réconcilient, pose, de ses mains pacifiques, sur le sol déblayé, un de ces blocs où s'affermit le pied du genre humain. Nous contemplons de nos yeux, nous pouvons en quelque sorte toucher de nos doigts la grâce de la protection divine. L'acte de foi n'est plus que le cri de révidence, l'aveu même de la raison ; avec Tadmiration, avec Tamour, dans ce centre du monde menacé par la folie du monde, nous goijtons la sécurité.
Parcourant notre Rome et Tembrassant d'un cœur filial, si nous venons à penser qu'on veut nous la ravir, nous éprouvons plutôt un mouvement de sainte colère qu'une impression d'effroi. Nous comprenons le crime immense, mais aussi l'immense sottise des médiocres larrons qui se targuent d'emporter pareil butin. Dans le livre du Fils d'Amos, le roi des Assyriens, vainqueur de Samarie par le courroux de Dieu, demande qui l'empêchera d'aller à Jérusalem et de piller le Temple ? — « Tout à l'heure, dit Dieu, je visiterai l'insolence du cœur d'Assur, et sous sa victoire j'allumerai un feu qui le consumera. » Nous nous rendons d'un sanctuaire à un autre, et nous entretenant de l'histoire d'Assur. nous nous informons des lieux où passera Pie IX. pour nous prosterner devant le fort de Sion.
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Les fêtes succèdent aux fêtes; fêtes des yeux et du cœur, fêtes de Tâme et de l'esprit, fêtes du temps et de réternité. Ces joyeuses et saintes merveilles contiennent la démonstration de toutes les vérités contestées par l'erreur. Le roi de la Paix y préside, entouré d'hommes venus de toutes les parties de la terre, et ces hommes sont les pasteurs du genre humain, les cœurs qui ne tremblent pas, les voix qui ne se taisent ipas, les pensées qui ne meurent pas. On les voit prosternés dans ces poussières fécondes du Colisée, du cirque de Néron, de la voie d"Ostie, des prisons Mamertines, des Catacombes, aspirant la vie inépuisable qui jaillit de ces grands tombeaux, recevant une nouvelle force du baiser de Pierre vivant et ravonnant au milieu d'eux.
Pendant que le peuple, libre et content, multipliant les témoignages d'amour pour son roi, se repose du travail en contemplant la splendeur des pompes sacrées; pendant que les esprits plus cultivés visitent les trésors de TArt, de la Science, de l'Histoire, une intelligence tranquille pourvoit sans eflbrt à cette première nécessité du genre humain que l'on appelle le gouvernement de TEglise. Malgré les fureurs de la tempête, le sublime pilote, assis à la barre, Tœil
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sur les cieux, d'une main aussi hardie que douce, d'un cœur aussi ferme que clément, prend dans la voile tout ce vent d'orage et lui livje le vaisseau.
Tel nous apparaît Pie IX. La postérité le connaîtra mieux , parce qu'elle connaîtra l'ensemble et la suite de ses œuvres. Elle le verra victorieux; elle vénérera en lui Tun des plus majestueux Pontifes que la miséricorde divine ait voulu accorder à TEglise. Nous, ses contemporains, qui le contemplons si élevé au-dessus de la stature commune, nous avons de plus près le rayonnement de sa douceur, la douceur de Moïse et de David. Les yeux filialement attachés sur lui, nous nous réjouissons de voir comme Dieu Ta bien fait pour soutenir les regards de toute la terre. Ses ennemis auront en vain dérobé de criminelles victoires *, déjà leur destinée est visible : ils périront étouffés de rapines et criblés de sifflets. Pendant que ces victorieux d'un jour plongent dans une boue sanglante, la nobls figure du Pontife-Roi domine, de plus en plus forte, loyale, sereine, humble, ornée de toutes les saintes splendeurs , et le temps est proche où plus d'une voix, parmi celles qui Font nié, s'élèvera pour confesser qu'il est le' pilier du monde.