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Il porte un nom incommunicable ; il est le Pape, le Père. Toute langue, même rebelle, le nomme ainsi et ne nomme ainsi nul autre. Sa royauté paternelle, la plus ancienne qui soit au monde, est tout ensemble la plus contestée du temps, la plus assurée de l'avenir. La haine de ses ennemis en convient avec l'amour de ses enfants. Ses enfants couvrent la terre, mais disséminés, défaillants, réduits comme force active à une poignée *, ses ennemis, au contraire, sont puissants, ardents, coalisés, munis d'armes souveraines. Ils désirent et ils prophétisent la chute de la Papauté. D'où vient qu'ils désespèrent ? D'où vient que la Papauté, environnée de pièges, pressée de soldats, meurtrie de coups et de dérisions, ne voit nulle terre ennemie qu'elle n'espère conquérir? C'est le miracle, c'est le problème ; c'est le triomphe permanent et toujours incompréhensible de l'homme de douleur. Nous avons sous les yeux ce scandale de la raison humaine.
Et comme la raison humaine ne fut jamais plus révoltée contre le Dieu de la Croix et ne nia jamais avec plus d'obstination ses droits sur le monde, jamais son scandale ne fut plus grand. Elle peut se dire qu'elle a tout vaincu. Ce qui n'est pas détruit, elle l'a changé à sa guise. Elle a renversé les institutions, façonné les esprits, paralysé les cœurs. En rompant avec l'ordre surnaturel, ses lois ont pro-
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clamé la déchéance du Dieu Christ, dont sa science a nié la divinité et jusqu'à l'existence historique. Elle a imposé à la terre un droit de sa fabrique, le droit de l'homme, appelé plus tard le a droit nouveau )), et qui est simplement le droit de son caprice. Armée de ce droit, elle a nié et méprisé tout droit antérieur, tout droit de la terre et tout droit du ciel. Elle a violemm.ent dépouillé les rois de leur couronne, les peuples de leur nationalité, les individus de leur propriété, les autels de leur liberté. Ses sophismes corrompent par la peur les âmes où ils n'ont pas éteint la lumière : toute résistance est vaine. Jamais despote plus insolent n'a dit à la conscience : Tais-toi 1 ou ne l'a livrée avec plus de dédain aux huées des sicaires. Qui donc arrête encore la raison humaine, et pourquoi, ayant tout vaincu, n'a-t-elle pas tout emporté? Un seul hommp se dresse devant elle sur les débris de la civilisation chrétienne, l'empêche d'en disperser la poussière, et maintient parmi ces ruines Tesprit qui peut tout renouveler suivant les traditions éternelles, sous les ailes de la Croix. Cet homme pacifique dit Xoii à la raison humaine séparée de la raison divine ; Xoji à son droit nouveau ; Xon à ses entreprises forcenées contre les droits des peuples et contre les droits de Dieu, que l'on annule en les séparant, et dont il est la véritable et complète expression. Dans sa faiblesse, invaincu jusqu'à présent, il garde ce qui ne pourrait périr sans que
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le genre humain se vît aussitôt replacé sous la dent envenimée du despotisme antique.
Rome appartiendra-t-elle à Pierre, prêtre du Christ ou à Néron, prêtre de sa propre divinité ? Le problème se pose aujourd'hui comme il y a dix-huit siècles, plus résolument accepté par Tapostasie qu'il ne le fut par Tincrédulité. « Nous ne \oulons pas qu'il règne sur nous ! » Ce cri de la Synagogue est poussé par des hommes qui ont reçu le baptême. Et comme aux premiers jours, la terre tremble, les ténèbres s'étendent, les morts sortent des sépulcres. Quels fantômes n'épouvantent pas les regards des vivants? Oui, le sépulcre de Néron peut se rouvrir î
Mais Pierre ne meurt pas.
Pierre! Rangée derrière lui, réveillée à sa voix, émue d'admiration et d'amour, et le saluant des titres magnifiques que lui donnent les docteurs, la Catholicité le nomme encore Moïse, le Patriarche universel, le Père des Pères, VHéritier des Apôtres, la Bouche et le Chef de l'Apostolat, le Refuge des Evêques , le Pasteur de tous les Pasteurs, le Lieu de l'Unité. Un homme donc porte aujourd'hui tous ces noms, est toutes ces choses; et lorsque Dieu l'eut soudain appelé de la foule, cet homme a entendu encore ces paro-
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les suprêmes qui ne peuvent être adressées qu'à lui : (c Reçois la tiare aux trois couronnes. Tu es le Père des Princes et des Rois, le Pasteur de l'univers, le Vicaire ici -bas de Notre-Seigneur Jésus-Christ, w
Une partie de l'humanité méconnaît la personne et le pouvoir de Pierre, veut écarter cet homme, veut abolir cette institution-, une partie de rhumanité a perdu le sens de la grandeur, a perdu la lumière, veut abolir la dignité humaine et décapiter le genre humain.
Dieu a conduit la vie de Pie IX pour laisser sans excuse les frénésies qui se révoltent contre son Eglise. Cette marche laborieuse satisfait même aux conditions que la jalousie moderne réclame des hautes fortunes. Il a passé par les petits emplois, sa piété l'a tenu longtemps au service des pauvres, il a vu de près toutes les misères, pansé de ses mains toutes les plaies; il a donné sa jeunesse aux orphelins, ses veilles à l'étude, son patrimoine aux indigents-, il a été toujours plein de générosité^ de zèle et de miséricorde. Son premier acte royal fut d^amnistier tous les condamnés ou inculpés politiques, sous le seul engagement d'honneur de se conduire dorénavant en loyaux sujets. Il proclama des libertés désirées